mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2300989 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 mai, 2 juillet et 4 septembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 28 février 2023 par lesquelles la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement et de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que,
la décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
l'obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la décision fixant le pays d'éloignement :
- est entachée d'incompétence ;
-est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Une ordonnance du 6 juillet 2023 a fixé la clôture d'instruction au 4 septembre 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien du 17 juin 1988 en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- et les observations de Me Gauché, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par des décisions en date du 28 février 2023, la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, ressortissant tunisien, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office Le requérant demande l'annulation de cette décision.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, la préfète de l'Allier a relevé que l'intéressé ne remplissait pas les critères de l'accord franco-tunisien. Ainsi, d'une part, la préfète de l'allier s'est abstenue de mentionner les stipulations de ce traité en vertu desquelles il a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité. D'autre part, si l'arrêté en litige mentionne que l'intéressé est entré en France sans visa, qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France durant 7 ans, qu'il n'a effectué aucune démarche de régularisation au titre du travail et qu'il a obtenu un avis favorable de la plateforme de main d'œuvre étrangère, la rédaction de la décision attaquée ne permet pas de déterminer si ces motifs ont fondé l'appréciation de l'autorité préfectorale selon laquelle l'intéressé ne remplissait pas les critères de l'accord franco-tunisien. Dès lors, la décision attaquée ne saurait être regardée comme ayant permis à M. B, à sa seule lecture, de déterminer les motifs de la mesure dont il a fait l'objet. Il suit de là que le refus de titre de séjour en litige ne comporte pas l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays d'éloignement :
4. Eu égard à ce qui a été énoncé au point 3 du présent jugement, M. B est fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé à l'encontre de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français ainsi que de l'illégalité de cette dernière à l'encontre de la décision fixant son pays d'éloignement.
5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions du 28 février 2023 par lesquelles la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, eu égard au motif d'annulation, les autres moyens de la requête ne pouvant prospérer, qu'un titre de séjour soit délivré à M. B mais seulement qu'une nouvelle décision soit prise sur son droit au séjour au vu de la situation de droit et de fait existant à la date de ce réexamen. En conséquence, les conclusions présentées par le requérant tendant à ce qu'il soit fait injonction à la préfète de l'Allier de lui délivrer un titre de séjour ne peuvent qu'être rejetées. Il y a lieu, en revanche, d'enjoindre à la préfète de l'Allier de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Gauché, avocat de M. B, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Gauché renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 28 février 2023 par lesquelles la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Allier de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Gauché la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300989
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