mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301049 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mai 2023, M. A B, représenté par Me Arif, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 avril 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision de refus de titre de séjour :
- méconnaît les dispositions de l'article R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est illégale dès lors que l'appréciation portée par le préfet du Puy-de-Dôme en application des dispositions de l'article R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " contrevient directement à l'intention du législateur européen " telle que précisée par l'arrêt C-754/18 de la Cour de justice de l'Union européenne du 18 juin 2020 ;
- est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors qu'il était dispensé de l'obligation de visa et qu'une autorisation de travail lui a été accordée.
Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.
Une ordonnance en date du 23 janvier 2024 a fixé la clôture d'instruction au 11 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Jurie.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 7 avril 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, ressortissant marocain. Le requérant demande l'annulation de cette décision.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne () ". Aux termes de l'article R. 221-2 du même code : " Les documents permettant aux ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 200-4 d'être admis sur le territoire français sont leur passeport en cours de validité et un visa ou, s'ils en sont dispensés, un document établissant leur lien familial. / La possession du titre de séjour délivré par un Etat membre de l'Union européenne portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " en cours de validité dispense les membres de la famille concernés de l'obligation d'obtenir un visa () ". Aux termes de l'article L. 235-1 dudit code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre qui ne peuvent justifier d'un droit au séjour en application du présent titre peuvent faire l'objet, selon le cas, d'une décision de refus de séjour, d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour ou d'un retrait de celle-ci ainsi que d'une décision d'éloignement, conformément au titre IV () ".
3. Le requérant soutient que l'autorité préfectorale a fait une application erronée des dispositions de l'article R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, sur le fondement de celles-ci, elle a reconnu le lien marital dont il se prévalait et a, dans le même temps, relevé qu'il ne disposait pas d'un visa. Toutefois, la seule circonstance que le préfet du Puy-de-Dôme a concomitamment relevé que M. B bénéficiait de la qualité de conjoint d'une ressortissante néerlandaise et qu'il ne disposait pas d'un visa n'est, par elle-même, pas de nature à caractériser la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
4. M. B fait valoir que l'appréciation portée par le préfet du Puy-de-Dôme en application des dispositions de l'article R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " contrevient directement à l'intention du législateur européen " telle que précisée par l'arrêt C-754/18 de la Cour de justice de l'Union européenne du 18 juin 2020. Par cet arrêt, la Cour a notamment jugé que la possession de la carte de séjour permanent, visée à l'article 20 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004, dispense une personne qui n'a pas la nationalité d'un État membre, mais qui est membre de la famille d'un citoyen de l'Union et qui est titulaire d'une telle carte, de l'obligation d'obtenir un visa pour entrer sur le territoire des États membres. Le requérant ajoute que s'il ne ressort pas de son titre de séjour qu'il est membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne, il est bien titulaire d'une carte de résident permanent en cours de validité, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté par l'autorité préfectorale.
5. Toutefois, il ressort des informations figurant sur le titre de séjour néerlandais de M. B qu'il a été délivré le 29 décembre 2020 et que sa validité expire le 30 décembre 2025. En outre, la carte de séjour de l'intéressé ne comporte aucune mention indiquant qu'elle aurait été délivrée à titre permanent. Dès lors, ce titre de séjour ne peut être regardé comme une carte de séjour permanent au sens et pour l'application de des dispositions de l'article 20 de la directive 2004/38/CE selon lesquelles : " La carte de séjour permanent est renouvelable de plein droit tous les dix ans ". Dès lors, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance de ces dernières dispositions telles qu'interprétées par l'arrêt C-754/18 de la Cour de justice de l'Union européenne du 18 juin 2020.
6. Enfin, selon les mentions non contredites de la décision attaquée, le préfet du Puy-de-Dôme a retenu que le titre de séjour néerlandais en cours de validité dont M. B se prévalait ne portait pas la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " et qu'ainsi, l'intéressé n'était pas dispensé, conformément aux dispositions de l'article R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'obligation de disposer d'un visa. En outre, si le requérant fait valoir que l'autorité préfectorale n'a pas contesté son état de conjoint d'une ressortissante des Pays-Bas, il n'en demeure pas moins que les indications figurant sur son titre de séjour en néerlandais ne permettent pas de corroborer que ce dernier porterait la mention " carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union ". Dans ces conditions et contrairement à ce qu'il allègue, M. B était, en application des dispositions précitées de l'article R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soumis à l'obligation de visa. Ainsi, l'intéressé ne justifiait pas d'un droit au séjour sur le territoire français et pouvait, pour ce seul motif, faire l'objet d'un refus de titre de séjour en vertu des dispositions précitées de l'article L. 235-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " dès lors qu'il était dispensé de l'obligation de visa et qu'une autorisation de travail lui a été accordée.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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