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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301076

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301076

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, Mme C D, représentée par l'AARPI Ad'vocare, Me Gauché, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 février 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai, en tout état de cause, de lui délivrer, dans l'attente et sans délai, un récépissé avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 2 du protocole n° 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a produit ni mémoire en défense, ni pièces dans cette instance.

Par une ordonnance du 6 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 août 2023.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- et les observations de Me Gauché, avocat de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante libanise née le 31 mars 2003, est entrée régulièrement en France le 26 septembre 2020, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour multi-entrées valable du 18 avril 2018 au 17 avril 2022, avec sa mère et ses quatre frères et sœurs. Le 14 mars 2022, elle a sollicité du préfet du Puy-de-Dôme la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 10 février 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme D, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de ces décisions du 10 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun dirigé contre l'ensemble des décisions du 10 février 2023 :

2. Les décisions en litige ont été signées par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté n° 20221918 du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. La portée de cette délégation est ainsi suffisamment précise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, Mme D soutient que le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de fait en mentionnant dans sa décision qu'elle avait obtenu son baccalauréat en septembre 2021 et poursuivait ses études universitaires en première année d'arts du spectacle. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante a obtenu son baccalauréat au titre de la session 2021 et que le diplôme relatif à cet examen lui a été délivré en septembre 2021. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites par Mme D elle-même, qu'après l'obtention de son baccalauréat, soit durant l'année universitaire 2021/2022, elle a poursuivi ses études universitaires en première année d'arts du spectacle. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait, qui révèlerait un défaut d'examen, ne peut être qu'écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5. Mme D se prévaut de son intégration remarquable dans la société française en invoquant sa scolarité au sein d'un établissement clermontois, sa volonté de reprendre des études et la présence de deux oncles de nationalité française. La requérante invoque également le fait que le Liban traverse une grave crise économique et politique qui impacte de manière particulièrement inquiétante l'ensemble des secteurs d'activité du pays et que l'enseignement supérieur libanais traverse lui-même une grave crise. Toutefois, aucun de ces éléments ne constitue un motif exceptionnel ou une circonstance humanitaire justifiant que la requérante soit admise à titre exceptionnel au séjour en France au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme D n'est pas fondée à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entaché le refus de titre de séjour.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Mme D ne justifie pas de liens familiaux intenses, anciens et stables en France, pays dans lequel elle était présente depuis moins de trois ans à la date de la décision en litige. La légalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi prises à l'encontre de sa mère, Mme A D, et de son frère, M. B D, le 10 février 2023, a été confirmée par des jugements n° 2301075 et n° 2301077 du 18 juillet 2024. La requérante n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales ou personnelles dans son pays d'origine, où réside son père qui y travaille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 2 du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction. L'État, dans l'exercice des fonctions qu'il assumera dans le domaine de l'éducation et de l'enseignement respectera le droit des parents d'assurer cette éducation et cet enseignement conformément à leurs convictions religieuses et philosophiques ".

10. La décision en litige n'a pas pour objet de refuser à la requérante le droit à l'instruction. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D ne pourrait pas poursuivre ses études à l'étranger et en particulier dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi :

11. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme D n'est pas fondée à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

13. Par voie de conséquence du rejet des conclusions en annulation, il convient de rejeter les conclusions à fin d'injonction de Mme D ainsi que celles qu'elle présente en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301076

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