mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mai 2023, M. C D A, représenté par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 avril 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " visiteur " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours suivant la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge du préfet du Puy-de-Dôme la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'incompétence ;
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il bénéficie de ressources lui permettant pleinement de subvenir à ses besoins dans le cadre d'un contrat de travail valable jusqu'au 12 septembre 2026 au sein du groupe de la banque mondiale ; il justifie avoir transmis par courriels ses relevés de comptes bancaires aux services de la préfecture du Puy-de-Dôme ;
- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors que la décision fait état de ce qu'il est célibataire alors qu'il est marié depuis le 11 mai 2023 ; le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de fait en considérant qu'il n'a pas donné suite à la demande qui lui a été faite par courriel du 25 janvier 2022 dès lors qu'il justifie avoir produit ses relevés de comptes pour les mois de septembre, octobre, novembre et décembre 2021, traduits et accompagnés du certificat de traduction ; le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de fait quant aux montants des ressources qu'il a perçues ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale au sens des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside de façon régulière en France depuis le 19 octobre 2012 ; son parcours universitaire et le versement annuel de ses impôts témoignent de son intégration dans la société française ; ses ressources lui permettent de vivre confortablement sur le territoire français ; son épouse bénéficie d'une carte de séjour temporaire mention " étudiant " valable du 15 décembre 2022 au 14 décembre 2023 et a vocation à demeurer en France durant ses études ; il a présenté une demande de naturalisation au mois de février 2022 qui est en cours d'instruction ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est marié et non célibataire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside de façon régulière en France depuis le 19 octobre 2012 ; son parcours universitaire et le versement annuel de ses impôts témoignent de son intégration dans la société française ; ses ressources lui permettent de vivre confortablement sur le territoire français ; son épouse bénéficie d'une carte de séjour temporaire mention " étudiant " valable du 15 décembre 2022 au 14 décembre 2023 et a vocation à demeurer en France durant ses études ; il a présenté une demande de naturalisation au mois de février 2022 qui est en cours d'instruction ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a quitté son pays d'origine depuis plus de dix années ; le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouvent en France où il a toujours résidé de façon régulière, où il a étudié et où réside son épouse sous couvert d'une carte de séjour mention " étudiant ".
La requête a été communiqué au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2023 à 12 heures.
Vu l'ensemble des pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente,
- les observations de Me Vaz-de-Azevedo, substituant à Me Drobniak, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant burkinabé, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " visiteur " auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme le 16 décembre 2021. Par une décision du 26 avril 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. /Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".
3. Pour refuser de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire mention " visiteur ", le préfet du Puy-de-Dôme a relevé que l'intéressé ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision attaquée précise que les documents produits par M. A ne permettent pas d'apprécier l'état de ses ressources propres.
4. Il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour, les services de la préfecture du Puy-de-Dôme ont invité M. A, par courriel du 25 janvier 2022, à produire ses derniers relevés bancaires, traduits et certifiés par un traducteur habilité, faisant apparaître ses ressources. A cet égard, il ressort des échanges de courriels entre les services de la préfecture du Puy-de-Dôme et M. A, et n'est pas contesté en défense, que ce dernier a communiqué lesdits documents par un courriel du 2 février 2022. Par ailleurs, il ressort de ces relevés bancaires, édités au nom de M. A, que ce dernier a perçu respectivement les sommes de 31 559,93 dollars pour le mois de septembre 2021, 4393,20 dollars et 4 451,20 dollars pour le mois d'octobre 2021, 44 451,20 dollars et 4 451,20 dollars pour le mois de novembre 2021 et 8 364,36 dollars et 44 451,20 dollars pour le mois de décembre 2021 au titre des ressources perçues dans le cadre de son emploi au sein de la Banque mondiale. Dans ces conditions, au regard des montants des ressources perçues qu'il justifie avoir portés à la connaissance des services de la préfecture du Puy-de-Dôme, M. A dispose de ressources suffisantes au sens des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A, qui doit être regardé comme remplissant les conditions posées par l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est fondé à soutenir que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour mention " visiteur " est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 avril 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " visiteur ". Par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour, il y a lieu d'annuler la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que la décision fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance du titre de séjour mention " visiteur ". Il y a lieu, par suite, et sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à M. A un titre de séjour mention " visiteur " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 26 avril 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour mention " visiteur " à M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à M. A un titre de séjour mention " visiteur ", sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente ;
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Brun, conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA
L'assesseur le plus ancien,
M. JAFFRÉ
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
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