vendredi 21 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301140 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juin 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 août 2024, M. C B, représenté par Me Demars, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre au préfet de l'Allier de communiquer l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que les éléments relatifs à la possibilité de bénéficier au Mali des consultations, des examens et du traitement prescrits par son état de santé et, en cas d'indisponibilité de ces actes et de ce traitement, aux conditions financières d'accès à ces actes et à ce traitement au regard du système de santé malien, le cas échéant, après avoir consulté les services consulaires français au Mali ou les services consulaires maliens en France ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le secrétaire général de la préfecture de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Allier, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de statuer, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Allier de procéder sans délai à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il ne résulte ni des termes de la décision contestée ni des éléments produits que la procédure prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 27 décembre 2016 a été respectée alors que l'avis du 30 janvier 2023 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été produit ; il n'est pas établi qu'un rapport médical a été établi préalablement à l'édiction de la décision de refus de séjour ni que ce rapport a été établi conformément à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; il n'est justifié ni du nom, du prénom, de la spécialité du médecin instructeur qui a rédigé le rapport médical ni de sa date de transmission au collège de médecins, ni du fait que ce médecin instructeur n'aurait pas siégé au sein du collège de médecins ; l'administration ne justifie pas des noms, prénoms et qualités des médecins composant le collège ; il n'est pas établi que l'avis mentionne les éléments de la procédure, à savoir s'il a été convoqué par le médecin ou le collège, si des examens complémentaires ont été demandés et s'il a été conduit à justifier de son identité ; il n'est pas non plus établi que les médecins composant le collège étaient compétents ;
- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne mentionne pas qu'il pourra ou non bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ni ne précise s'il a été convoqué ou non par un examen médical, si des examens complémentaires ont été demandée et si l'intéressé a été conduit à justifier de son identité ;
- il n'est pas établi que M. B a été informé de l'intention du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'émettre un avis défavorable et mis à même de formuler ses observations quant à cette éventualité ;
- l'autorité préfectorale s'est crue à tort lié par le sens de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et s'est mépris sur l'étendue de son pouvoir d'appréciation ;
- le secrétaire général de la préfecture de l'Allier ne s'est pas livré à un examen réel, sérieux et complet de sa situation ;
- la décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- l'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour entraînera, par voie de conséquence, celle de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'est pas établi qu'il a été informé de l'intention de l'administration de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et qu'il aurait été mis à même de formuler des observations ;
- l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen réel, sérieux et complet de sa situation ;
- la décision méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :
- la décision sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieure à trente jours :
- la décision sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- il n'est pas établi que qu'il a été informé de l'intention de l'administration de prendre à son encontre une décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire supérieure à trente jours et qu'il aurait été mis à même de formuler des observations ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
La procédure a été communiquée à la préfète de l'Allier qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées les 7 juin 2023 et 19 septembre 2024.
Par une ordonnance du 20 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 octobre 2024.
Par une lettre du 29 janvier 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023 en tant que la préfète de l'Allier aurait procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables faute pour l'arrêté en litige de comporter une telle mesure.
M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Caraës.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant malien né le 31 décembre 1995, est entré irrégulièrement en France le 12 décembre 2020 selon ses déclarations. Le 26 février 2021, il a sollicité le bénéfice de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par une décision du 28 février 2022 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 18 juillet 2022. Le 29 août 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 2 mars 2023, dont M. B demande l'annulation, le secrétaire général de la préfecture de l'Allier a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
2. Les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023 en tant que le secrétaire général de la préfecture de l'Allier aurait procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables faute pour l'arrêté en litige de comporter une telle mesure.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
3. Aux termes de l'article 45 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " I. - En cas d'absence ou d'empêchement du préfet, sans que ce dernier ait désigné par arrêté un des sous-préfets en fonction dans le département pour assurer sa suppléance, celle-ci est exercée de droit par le secrétaire général de la préfecture. / En cas de vacance momentanée du poste de préfet, l'intérim est assuré par le secrétaire général de la préfecture () ".
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle M. Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, a signé l'arrêté en litige, le poste de préfet était momentanément vacant dès lors que, par un décret du 8 février 2023, il avait été mis fin aux fonctions de Mme A, et que Mme D, nommée préfète de l'Allier par un décret du 15 février 2023, publié le 16 février 2023 et accessible tant au juge qu'aux parties, n'avait pris ses fonctions qu'à compter du 6 mars 2023. Dans ces conditions, et en application des dispositions précitées de l'article 45 du décret du 29 avril 2004, le secrétaire général de la préfecture de l'Allier était compétent pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
5. Les décisions en litige comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que le secrétaire général de la préfecture de l'Allier n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
7. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
8. Une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.
9. S'agissant du refus de délivrance d'un titre de séjour, les principes généraux du droit de l'Union européenne, parmi lesquels figure le droit de toute personne d'être entendue préalablement à toute décision affectant sensiblement et défavorablement ses intérêts, ne trouvent à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par le droit de l'Union européenne. Les règles nationales relatives au séjour des étrangers n'ayant pas été harmonisées, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu est inopérant à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour contestée et, en tout état de cause, à l'encontre de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
10. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été, à un moment de la procédure, informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement avec un délai de départ volontaire de trente jours ou mise à même de présenter des observations avant l'édiction de l'arrêté contesté. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier conformément à ce qui sera énoncé au point 19 du jugement que le défaut de prise en charge médicale de l'intéressé entraînait, à la date de la décision en litige, des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'en cas d'audition de l'intéressé, le secrétaire général de la préfecture de l'Allier aurait été conduit à prendre une décision aboutissant à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison de la méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens relatifs au refus de titre de séjour :
11. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 n'est pas délivré. Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès la réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa. / Le collège peut demander au médecin qui suit habituellement le demandeur, au médecin praticien hospitalier ou au médecin qui a rédigé le rapport de lui communiquer, dans un délai de quinze jours, tout complément d'information. Le demandeur en est simultanément informé. Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () ". Selon l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
12. Le recours pour excès de pouvoir a pour objet, non de sommer le défendeur de justifier a priori de la légalité de la décision en litige, mais de soumettre au débat des moyens sur lesquels le juge puisse statuer. Le défendeur n'est, en conséquence, tenu de verser des éléments de procédure au débat que si les moyens invoqués sont appuyés d'arguments ou de commencements de démonstration appelant une réfutation par la production d'éléments propres à l'espèce.
13. Il résulte des dispositions précitées que l'exigence de certaines formalités complémentaires, facultatives pour le médecin rapporteur comme pour le collège des médecins, doit être mentionnée dans l'avis médical, lorsque cette faculté est exercée. Dans ce cas, l'avis doit préciser l'objet de la ou des formalités concernées parmi celles figurant sur le formulaire, ainsi que leur réalisation éventuelle, en cochant les cases correspondantes.
14. Il ressort des pièces du dossier et notamment du bordereau de transmission du 30 janvier 2023 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à la préfecture de l'Allier justifiant de l'identité du médecin rapporteur sans que la mention de sa spécialité soit requise par des dispositions légales ou réglementaires, que le rapport médical a été transmis le 10 janvier 2023 au collège de médecins. Par son avis du 30 janvier 2023, comportant non seulement l'identité du médecin rapporteur mais également celle des signataires, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, en cochant les cases conformément au modèle annexé à l'arrêté du 27 décembre 2016 précédemment mentionné, que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier, l'état de santé de l'intéressé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Dès lors que le collège de médecins a estimé que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de M. B ne devait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le collège n'avait pas à examiner la disponibilité des soins dans le pays d'origine de l'intéressé et leur durée et, par suite, n'avait pas à prendre position sur cette question. Par ailleurs, en ne cochant pas toutes les cases, le collège de médecins a entendu indiquer qu'aucun autre acte de procédure n'avait été mis en œuvre au stade de l'élaboration du rapport et de l'avis. Il s'ensuit que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été émis conformément aux mentions obligatoires prévues par l'arrêté du 27 décembre 2016 et est conforme au modèle de l'annexe C prévu par les dispositions précitées.
15. Par ailleurs, M. B ne fait état d'aucun élément sérieux tendant à démontrer que l'avis du 30 janvier 2023 n'aurait pas été émis collégialement par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration désignés à cette fin par le directeur général de cet établissement, ni que l'avis en cause aurait été émis sur la base du rapport du médecin rapporteur ayant ensuite participé à rendre cet avis.
16. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure doivent être écartés.
17. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le secrétaire général de la préfecture de l'Allier se serait estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation de M. B.
18. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. / La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".
19. Pour refuser d'admettre M. B au séjour en qualité d'étranger malade, le secrétaire général de la préfecture de l'Allier s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 janvier 2023, indiquant que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cette analyse, M. B fait valoir qu'il souffre d'un trouble psychiatrique chronique évolutif nécessitant un traitement médicamenteux et un suivi psychiatrique régulier dont le défaut aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, les certificats médicaux produits, peu circonstanciés, se bornent à indiquer sans autre précision la nécessité d'un traitement régulier. M. B ne peut pas davantage utilement se prévaloir au soutien de son moyen d'une thèse datant de 1991 sur " Les dangers de l'arrêt brutal d'un traitement médicamenteux ". Si M. B a été hospitalisé d'office à compter du 17 octobre 2024 sur le fondement d'un arrêté de la préfète de l'Allier du 12 octobre 2024 faisant état de " la détresse émotionnelle majeure chez un patient suivi depuis plusieurs années pour des troubles psychiatriques avec risque de passage à l'acte auto-agressif ", il n'est pas établi que cet état psychiatrique au 12 octobre 2024 préexistait à la date de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de la décision en litige prise plus d'un an avant cette hospitalisation et ne saurait, par suite, démontrer qu'à la date de l'arrêté en litige, le défaut d'un traitement approprié à l'état de santé de M. B pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il s'ensuit, et sans que M. B puisse utilement faire valoir que le traitement approprié à son état de santé n'est pas disponible au Mali qui ne constitue pas le motif de la décision en litige, que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens relatifs à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
20. Il résulte de l'examen de la légalité du refus de titre de séjour que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ce refus à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
21. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général de la préfecture de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation de M. B.
22. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
23. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 19 du jugement, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
24. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne les moyens relatifs à la légalité de la décision prononçant un délai de départ volontaire de trente jours :
25. Il résulte de l'examen de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision prononçant un délai de départ volontaire de trente jours.
26. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".
27. Le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français correspond au délai de droit commun susceptible d'être accordé en application de l'article L. 612-1 du code précité, visé par l'arrêté contesté. Dans ces conditions, la fixation à trente jours du délai de départ volontaire accordé à M. B n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, distincte de celle du principe même de ladite obligation, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou ait justifié d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire une telle prolongation.
28. En l'absence de toute demande ou d'éléments justifiant la nécessité d'une prolongation du délai de trente jours compte tenu de ce qui a été énoncé précédemment, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne le moyen relatif à la décision fixant le pays de destination :
29. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
30. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'enjoindre la communication de l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et des éléments y afférents, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2023 par lequel le secrétaire général de la préfecture de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celle présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 7 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2025.
La présidente-rapporteure,
R. CARAËS
L'assesseur le plus ancien,
G. JURIE La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet de l'Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026