vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301143 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er juin et 11 août 2023, Mme A B, représentée par Me Yermia, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 7 mars 2023 par lesquelles le préfet du Cantal a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Cantal, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et, durant cet examen, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que,
la décision de refus de titre de séjour :
- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
l'obligation de quitter le territoire français :
- est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Une ordonnance en date du 6 juillet 2023 a fixé la clôture d'instruction au 4 septembre 2023.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- et les observations de Me Sertillange, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Par des décisions en date du 7 mars 2023, le préfet du Cantal a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, ressortissante albanaise, et l'a obligée à quitter le territoire français. La requérante demande l'annulation de ces décisions.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. La requérante fait valoir que, dans le cadre de l'instruction de son dossier, aucun courrier ne lui a été adressé pour l'inviter à se présenter aux services préfectoraux et à formuler ses observations. Toutefois, il ressort des motifs de la décision attaquée que le refus de titre de séjour en litige est intervenu consécutivement à une demande d'admission au séjour présentée par l'intéressée. Dans ces conditions, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de solliciter les observations de Mme B préalablement à l'édiction de ce refus de titre de séjour. En outre, la circonstance que Mme B n'a pas été invitée à se présenter aux services préfectoraux n'est, par elle-même, pas de nature à caractériser un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande.
3. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
4. Aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
5. La requérante expose qu'elle a intégré la communauté d'Emmaüs le 1er septembre 2018 ; que la communauté d'Emmaüs a établi un rapport démontrant ses capacités, ses compétences et son dynamisme ; qu'elle dispose du statut de compagnon d'Emmaüs et bénéficie en cette qualité d'un logement et d'un soutien financier sous forme d'une allocation communautaire ; qu'elle participe activement aux activités solidaires de la communauté ; qu'elle dispose d'une promesse d'embauche établie par l'établissement " Contact hôtel Aurillac Le Relax " et que son projet professionnel est pertinent. Toutefois, ces circonstances et notamment celle tenant à ce qu'une promesse d'embauche a été remise à la requérante ne suffisent pas, par elles-mêmes et à elles seules à caractériser des perspectives d'intégration au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que l'autorité préfectorale n'a pas entaché le refus de titre de séjour attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dernières dispositions.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. La requérante fait valoir qu'au regard de sa situation familiale particulière sur le territoire français, le refus de séjour qui lui a été opposé méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant atteinte de façon disproportionnée à sa vie privée et familiale. Toutefois, l'intéressée ne conteste pas les mentions de la décision en litige selon lesquelles son époux est également soumis à une mesure d'éloignement et selon lesquelles rien ne fait obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale dans son pays d'origine où elle a vécu 36 ans. En outre, il ressort des mêmes mentions, qui ne sont pas davantage contestées, que Mme B n'est pas dépourvue de famille dans son pays d'origine où résident une de ses sœurs ainsi que sa mère et que le plus jeune des fils de la requérante séjourne irrégulièrement sur le territoire français alors que son fils aîné réside en Italie. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le refus de titre de séjour édicté à l'encontre de Mme B ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en refusant de lui délivrer un titre de séjour aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
8. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour soulevé contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. L'obligation de quitter le territoire français dont la motivation se confond avec le refus de titre de séjour qui la fonde est suffisamment motivée.
10. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
11. Il ressort des pièces du dossier, que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse est intervenue consécutivement au rejet de la demande de titre de séjour présentée par la requérante. En outre et en tout état de cause, alors qu'elle se borne à soutenir qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales et qu'elle aurait pu produire la promesse d'embauche qu'elle a obtenue, il ne ressort pas des pièces du dossier, que Mme B aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle autres que celles présentées à l'appui de sa demande de titre de séjour et qu'elle aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement en litige et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, au motif qu'elle aurait été privée du droit d'être entendue en méconnaissance de l'article 41 précité de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.
13. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a obligé Mme B à quitter le territoire français n'a pas pour objet ou pour effet de la contraindre à regagner son pays d'origine, où elle allègue encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Cantal.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301143
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