vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SALEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 juin 2023, 15 décembre 2023 et 3 janvier 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A Astor demande au tribunal :
1°) d'annuler les délibérations du 3 avril 2023 par lesquelles le conseil municipal de la commune de Retournac a approuvé la totalité des budgets de la commune au titre de l'année 2023 ainsi que, par voie de conséquence, tous les actes qui en découleraient, à savoir les décisions modificatives et les comptes administratifs si le jugement intervient après le vote de ces derniers.
2°) d'annuler les délibérations par lesquelles le conseil municipal de la commune de Retournac a approuvé les budgets primitifs au titre des années 2020, 2021 et 2022 ainsi que, par voie de conséquence, tous les actes qui en découlent dont les comptes administratifs 2020, 2021 et 2022.
Il soutient que :
- il a intérêt à agir ;
- l'avocat de la commune de Retournac ne produit pas le mandat qui lui aurait été donné pour représenter et défendre la commune de Retournac ;
En ce qui concernes les délibérations approuvant les budgets primitifs de la commune au titre des années 2020, 2021 et 2022 :
- le droit à l'information des élus a été méconnu dès lors qu'il peut être constaté une insuffisance des notes de synthèse ;
En ce qui concerne les délibérations du 3 avril 2023 approuvant les budgets de la commune et les actes qui en découlent :
- le droit à l'information des élus a été méconnu en l'absence d'envoi de documents préparatoires avant la séance du conseil municipal notamment pour les élus non membres de la commission des finances ; il n'a pas été possible, malgré des demandes en ce sens, d'avoir accès à certains documents ; l'information fournie a été de nature à induire les conseillers municipaux en erreur ; il peut être constaté une insuffisance des notes de synthèse ;
- le budget primitif et le budget annexe " alimentation en eau potable " ne sont pas sincères ; l'examen du compte administratif 2022 démontre l'insincérité du budget primitif ;
En ce qui concerne la délibération approuvant le budget prévisionnel au titre de l'année 2022 :
- l'examen du compte administratif 2022 démontre l'insincérité du budget prévisionnel 2022 ;
En ce qui concerne les délibérations approuvant les budgets primitifs et les comptes administratifs pour les exercices 2020, 2021 et 2022 :
- le droit à l'information des élus a été méconnu dès lors que des documents ont été vainement demandés à l'exécutif antérieurement aux séances du conseil municipal approuvant ces délibérations ;
En ce qui concerne la délibération approuvant le compte administratif pour l'exercice 2022 :
- le droit à l'information des élus a été méconnu en l'absence d'envoi de document préparatoires avant la séance du conseil municipal ;
- le compte administratif au titre de l'année 2022 n'est pas sincère.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juin et 22 décembre 2023, la commune de Retournac, représentée par Me Salen, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. Astor au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'en méconnaissance de l'article R. 412-1 du code de justice administrative aucune des décisions attaquées par le requérant ne sont produites ; que les conclusions dirigées contre les décisions modificatives éventuelles et les délibérations approuvant les comptes administratifs découlant des budgets votés au titre de l'exercice 2023 sont irrecevables dès lors que ces décisions sont inexistantes ;
- le moyen de légalité interne soulevé pour la première fois dans le mémoire du 15 décembre 2023 et relatif à l'insincérité du budget est irrecevable ;
- les autres moyens soulevés par M. Astor ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 janvier 2024.
Après la clôture d'instruction, M. Astor a présenté un mémoire qui a été enregistré le 26 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,
- et les observations de Me Salen, représentant la commune de Retournac.
Considérant ce qui suit :
1. Par le présent recours, M. Astor, conseiller municipal de la commune de Retournac, demande d'une part, l'annulation des délibérations du 3 avril 2023 par lesquelles le conseil municipal de la commune de Retournac a approuvé la totalité des budgets de la commune au titre de l'année 2023 ainsi que, par voie de conséquence, tous les actes qui en découleraient, à savoir les décisions modificatives et les comptes administratifs si le jugement intervient après le vote de ces derniers et d'autre part, l'annulation des délibérations par lesquelles le conseil municipal de la commune de Retournac a approuvé les budgets primitifs au titre des années 2020, 2021 et 2022 ainsi, que par voie de conséquence, tous les actes qui en découlent dont les comptes administratifs pour les exercices 2020, 2021 et 2022.
Sur la recevabilité du mémoire en défense de la commune de Retournac :
2. Les mandataires mentionnés à l'article R. 431-2 du code de justice administrative ont qualité, devant les tribunaux administratifs, pour représenter les parties et signer en leur nom les requêtes et les mémoires sans avoir à justifier du mandat par lequel ils ont été saisis par leur client. Il s'ensuit que M. Astor n'est pas fondé à soutenir que le conseil de la commune de Retournac s'est abstenu de verser aux débats le mandat par lequel il a été habilité à représenter et défendre ladite commune.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / Cet acte ou cette pièce doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagné d'une copie. ".
4. M. Astor n'a pas accompagné sa requête d'une copie des délibérations approuvant les budgets primitifs au titre des années 2020, 2021 et 2022 ainsi que celles approuvant les comptes administratifs de la commune pour les exercices 2020 et 2021 qu'il conteste alors même que la commune de Retournac a expressément soulevé cette fin de non-recevoir. Dans ces conditions, alors que le requérant ne fait état d'aucun élément de nature à établir qu'il est dans l'impossibilité de produire ces délibérations, la fin de non-recevoir doit être accueillie en ce qui les concerne.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête à l'encontre de ces délibérations, que les conclusions de M. Astor dirigées contre les délibérations approuvant les budgets primitifs au titre des années 2020, 2021 et 2022 ainsi que celles approuvant les comptes administratifs de la commune pour les exercices 2020 et 2021 sont irrecevables et doivent être rejetées. Doivent également, et par voie de conséquence, être rejetées les conclusions de M. Astor tendant à ce que tous les actes qui découleraient de ces délibérations, à savoir les décisions modificatives et les comptes administratifs soient annulés.
Sur les conclusions à fin d'annulation des délibérations du 3 avril 2023 approuvant les budgets au titre de l'année 2023 et les comptes administratifs pour l'exercice 2022 :
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information des élus :
6. Selon l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / () ".
7. L'obligation d'adresser une note explicative de synthèse aux membres du conseil municipal ne s'applique pas à la commune de Retournac qui compte moins de 3 500 habitants.
8. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". En application de ces dispositions, le maire est tenu de communiquer aux membres du conseil municipal les documents nécessaires pour qu'ils puissent se prononcer utilement sur les affaires de la commune soumises à leur délibération.
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, préalablement à la séance du conseil municipal lors de laquelle ont été votées les délibérations litigieuses, un ou plusieurs membres du conseil municipal auraient fait valoir leur droit à être plus amplement informés sur les projets de délibérations en litige et auraient plus précisément demandé à être destinataires " de l'analyse du trésorier et du grand livre " ou se seraient vu refuser la communication d'éléments ou documents nécessaires à l'examen desdites délibérations alors qu'au demeurant il n'est pas contesté que les conseillers municipaux ont été destinataires en début de séance d'un rapport de présentation des délibérations. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que des informations indispensables au vote éclairé des conseillers municipaux leur auraient été dissimulées et auraient été de nature à les induire en erreur.
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le droit à l''information des élus aurait été méconnu doit être écarté.
En ce qui concerne l'insincérité des budgets prévisionnels au titre de l'année 2023 et des comptes administratifs pour l'exercice 2022 :
11. Après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours commence, en principe, à courir à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué. Toutefois, à défaut, il court, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un demandeur donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.
12. Dans sa requête initiale, M. Astor n'a présenté que des moyens de légalité externe. Or, il a soulevé pour la première fois un moyen de légalité interne tiré de l'insincérité des budgets au titre de l'année 2023 et des comptes administratifs pour l'exercice 2022 dans son mémoire complémentaire du 15 décembre 2023 soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux. Il s'ensuit que ce moyen, qui n'est pas d'ordre public, est irrecevable.
13. Il résulte de ce qui précède que M. Astor n'est pas fondé à demander l'annulation des délibérations du conseil municipal de la commune de Retournac du 3 avril 2023 approuvant pour l'année 2023 le budget primitif, le budget primitif du budget annexe " alimentation en eau potable ", le budget primitif du service annexe " assainissement " et le budget primitif du service annexe " maison de santé pluridisciplinaire " ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de tous les actes qui en découleraient et l'annulation de la délibération du conseil municipal approuvant les comptes administratifs pour l'exercice 2022.
Sur les frais liés au litige :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Retournac au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. Astor est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Retournac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A Astor et à la commune de Retournac.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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