mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301187 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 juin et 19 juillet 2023, Mme C A B, représentée par Me Presle, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2023 par laquelle la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que,
la décision de refus de titre de séjour attaquée :
- est entachée d'un défaut de motivation ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors que l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose pas que l'étranger qui ne dispose pas de visa ne puisse obtenir de régularisation en France métropolitaine ;
- est entachée d'erreur de droit dès lors que la demande de titre de séjour parent d'enfant français n'exige pas que l'entrée en France soit régulière ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.
Une ordonnance en date du 5 avril 2024 a fixé la clôture d'instruction au 29 avril 2024.
La demande de Mme A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 3 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Jurie.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 31 janvier 2023, la préfète de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A B, ressortissante comorienne, et l'a obligée à quitter le territoire français. La requérante demande l'annulation de ces décisions.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. La décision attaquée est signée par M. Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 6 janvier 2023 de la préfète de l'Allier, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au droit au séjour des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour attaqué doit être écarté.
3. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A B comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
4. Aux termes de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'Etat à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des Etats membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat, par le représentant de l'Etat à Mayotte après avis du représentant de l'Etat du département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou de Saint-Pierre-et-Miquelon où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. / L'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article est délivré de plein droit à l'étranger qui demande l'asile lorsqu'il est convoqué par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides pour être entendu. / Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, descendants directs âgés de moins de vingt et un ans ou à charge et ascendants directs à charge des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article ".
5. La requérante soutient que l'autorité préfectorale a " ajouté à la loi " dans la mesure où l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " ne mentionne () pas que l'étranger qui ne dispose pas de visa ne puisse obtenir de régularisation en France métropolitaine ". Toutefois, par la décision attaquée, la préfète de l'Allier s'est bornée, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à relever que Mme A B avait conclu un pacte civil de solidarité sur le territoire de Mayotte avec un ressortissant français mais qu'en l'absence de vie commune entre eux, l'intéressée n'était pas fondée à s'installer en France métropolitaine sans demander au préalable un visa aux autorités compétentes à Mayotte. Ainsi, contrairement à ce qu'allègue la requérante, l'autorité préfectorale n'a pas retenu que " l'étranger qui ne dispose pas de visa ne puisse obtenir de régularisation en France métropolitaine ". Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. Sous la qualification de " visa ", les dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'État à Mayotte, que doit obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois.
7. Contrairement à ce que soutient la requérante, d'une part, la préfète de l'Allier n'a pas mentionné qu'une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français exige une entrée régulière sur le territoire français. Il ressort seulement des motifs de la décision attaquée, rappelés au point 5 du présent jugement, que la préfète de l'Allier a relevé que Mme A B ne disposait pas de l'autorisation spéciale mentionnée aux dispositions précitées de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, les dispositions précitées de l'article L. 441-8 font obstacle à ce qu'un étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu l'autorisation qu'elles instaurent, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et en particulier à la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire telle que prévue à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, l'erreur de droit invoquée par la requérante, tenant à ce qu'une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français n'exige pas la régularité de l'entrée en France, ne peut qu'être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
9. La requérante fait valoir qu'il ne saurait être contesté qu'elle est mère d'un enfant français à l'entretien et à l'éducation duquel elle contribue depuis sa naissance dans la mesure où elle vit avec lui depuis lors. Toutefois, Mme A B ne conteste pas les mentions de la décision attaquée selon lesquelles elle ne justifie pas, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le père de son enfant français contribue à son éducation et à son entretien depuis sa naissance ou au moins deux ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
11. La requérante fait valoir que, contrairement à ce qu'a relevé l'autorité préfectorale, sa famille réside en France ; qu'elle n'a plus aucune attache dans son pays ; qu'" aucun des enfants n'a été élevé par les parents dont ils n'ont plus de nouvelles " et qu'elle a gagné la métropole pour rejoindre ses frères et sœurs qui vivent sur le bassin vichyssois. Toutefois, l'entrée de Mme A B sur le territoire métropolitain revêtait un caractère récent à la date de la décision attaquée. En outre, l'intéressée ne conteste pas sérieusement les motifs du refus de titre de séjour en litige ainsi que les observations en défense de la préfète de l'Allier selon lesquels si elle est a conclu un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français, elle n'entretient pas de communauté de vie avec celui-ci dans la mesure où, alors qu'elle habite chez sa sœur à Saint-Germain-des-Fossés, son partenaire réside à Vichy. En outre, il ressort des propres déclarations de la requérante présentées à l'appui de sa demande de titre de séjour, que son père réside aux Comores et que sur ses huit frères et sœurs, seulement trois résident sur le territoire métropolitain. Enfin, l'intéressée ne conteste pas les observations en défense de la préfète de l'Allier selon lesquelles le père de son fils réside à Mayotte. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le refus de titre de séjour édicté à l'encontre de Mme A B ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
13. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A B n'a pas pour objet ou pour effet de la contraindre à regagner son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, Mme A B n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A B doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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