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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301228

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301228

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHABANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2023, M. A C, représenté par Me Chabane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2023 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'une incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé en l'absence de moyen de fait et de droit.

- sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

- il lui est impossible de retourner en Turquie au regard des risques qu'il encourt dès lors que son arrestation a été demandée par la Haute Cour Pénale d'Izmir et qu'il est recherché par les services de police de la ville de Pendik.

L'ensemble de la procédure a été communiquée à la préfète de l'Allier qui n'a pas produit d'observation en défense.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 28 juin 2023 :

- le rapport de Mme D,

- Me Chabane, avocate de M. C, assistée de Mme B, interprète, qui fait valoir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que ce dernier aurait dû être entendu et mis en mesure d'apporter des observations en amont du retrait de sa demande d'asile. Elle fait valoir qu'il dispose de pièces récentes susceptibles d'exercer une influence sur la décision attaquée qu'il n'a pu porter à la connaissance de la Cour nationale du droit d'asile dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant turque, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 novembre 2021 et s'est vu refuser le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 13 septembre 2022 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 mars 2023. Par un arrêté du 31 mai 2023, la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, l'arrêté du 31 mai 2023 a été signé par M. Alexandre Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier en vertu d'une délégation accordée le

6 mars 2023, régulièrement publiée le même jour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte, pour toutes les décisions édictées, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection internationale, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire.

5. En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français attaquée a été prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet de la demande d'asile des requérants, de sorte que l'administration n'avait pas à les mettre à même de présenter spécifiquement des observations sur cette mesure. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été privé de la possibilité de présenter les pièces dont il se prévaut ou tout autre élément pertinent susceptible d'avoir une influence sur le contenu de la décision en litige. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. Si M. C fait valoir qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer un pays de destination. Au surplus, si ce moyen devait être regardé comme dirigé contre la décision fixant le pays de destination, il ressort des pièces du dossier, que le requérant fait l'objet d'un mandat d'arrêt établi par la huitième Haute Cour pénale d'Izmir au motif que ce dernier aurait " aidé l'organisation terroriste en faisant de la propagande pour l'organisation terroriste armée illégale PKK " et qu'une perquisition à son domicile en Turquie a été réalisée le 9 février 2023. Toutefois, ces éléments, qui n'ont certes pas été portés à la connaissance de l'OFPRA ou de la CNDA, n'établissent pas à eux seuls l'existence des risques allégués. En effet, aucune pièce du dossier ne permet de démontrer que les poursuites judiciaires dont fait l'objet M. C aurait nécessairement pour effet de lui faire courir le risque d'être soumis à des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mai 2023. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en litige doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La présidente,

S. D Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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