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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301271

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301271

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP BORIE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, Mme A B, représentée par la SCP Borie et Associés, Me Kiganga, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 6 avril 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai, en tout état de cause, de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 600 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- Sur le refus de titre de séjour :

* il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Sur l'obligation de quitter le territoire français :

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a produit ni mémoire en défense, ni pièces dans cette instance.

Par une ordonnance du 27 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- et les observations de Me Kiganga, avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise (Brazzaville) née le 1er mai 1947, est entrée régulièrement en France le 20 novembre 2021, sous couvert d'un visa de court séjour valable du 9 novembre 2021 au 9 février 2022. Elle s'est vu délivrer, à titre humanitaire, une autorisation provisoire de séjour valable du 22 février 2022 au 21 août 2022 en vue de subir une intervention chirurgicale au genou droit et effectuer une période de convalescence par la suite. Le 8 août 2022, Mme B a sollicité auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet du Puy-de-Dôme a également examiné à titre gracieux son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par des décisions du 6 avril 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions du 6 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Mme B est entrée régulièrement en France à l'âge de 74 ans. Elle est la mère de quatre enfants âgés de 42 à 58 ans qui résident tous en France et qui, pour trois d'entre eux, à la date de la décision en litige, sont de nationalité française, le dernier enfant étant titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en octobre 2029. Il n'est pas contesté que l'un de ses enfants, ressortissant français, l'héberge et prend en charge un certain nombre de frais financiers la concernant. Il ressort également des pièces du dossier que les autres enfants de la requérante ont eu l'occasion de l'héberger depuis qu'elle est arrivée en France et/ou ont pu régler certains des frais médicaux concernant leur mère. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'elle entretient des liens avec ses frère et sœurs présents en France et titulaires de titres de séjour. Il est constant que Mme B est veuve depuis 1982 et que sa propre mère est décédée à Brazzaville en mai 2022. Enfin, il ne saurait être sérieusement reproché à Mme B une absence d'insertion sociale compte tenu de son âge. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, quand bien même elle ne résidait en France que depuis environ un an et cinq mois à la date du refus de titre de séjour en litige, Mme B est fondée à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 6 avril 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, doivent également être annulées la décision du 6 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision du même jour fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, le sens du présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la mettre, dans cette attente, en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour.

Sur les frais liés au litige :

6. L'Etat étant partie perdante à l'instance, il y a lieu de mettre à sa charge au profit de Me Kiganga, avocat de la requérante, une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Kiganga renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 6 avril 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi sont annulées.

Article 2 : Sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de la mettre, dans cette attente, en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Kiganga, avocat de la requérante, une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Kiganga renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301271

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