jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301296 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SELARL SOLER-COUTEAUX LLORENS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. A J, M. et Mme I O, Mme C F, Mme R G, M. et Mme S K, M. Q E, Mme N M, Mme P H et M. et Mme T L, représentés par la SCP Teillot et Associés, Mme D, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le maire de la commune de Clermont-Ferrand a délivré un permis de construire à la société European Homes 257 pour la construction d'une résidence étudiante de 114 chambres sur un terrain situé 83 rue Etienne Dolet, ainsi que la décision explicite de rejet de leur recours gracieux du 18 avril 2023 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Clermont-Ferrand la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt pour agir suffisant à l'encontre de l'arrêté en litige ;
- l'arrêté a été délivré sur la base d'un dossier de permis de construire incomplet qui n'a pas permis aux services instructeurs de s'assurer de l'insertion du projet dans son environnement ;
- il a été délivré sur la base de dossiers ne permettant pas de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées et avec les règles de sécurité incendie ;
- il est incompatible avec les orientations d'aménagement et de programmation qui obligent à respecter une continuité de trame verte sur l'espace public ;
- il méconnaît les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux voies et accès ;
- il méconnaît les dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme relatives au stockage des déchets ;
- il méconnaît l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ;
- il méconnaît l'article UG 3 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur des constructions principales et des annexes ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UG 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à la préservation de la végétation existante ;
- il méconnaît les dispositions UG 5.2 relatives au stationnement des cycles ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UG 6.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à l'intégration architecturale et paysagère des projets de construction ;
- il méconnaît l'article 68 et 77 du règlement sanitaire départementale du Puy-de-Dôme ;
- il méconnaît l'article PE 11 du règlement de sécurité contre les risques incendie et de panique ;
- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, la société European Homes 257, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- M. et Mme S K, M. Q E, Mme N M, Mme P H et M. et Mme T L n'ont produit aucune pièce permettant d'établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de leur bien ;
- les moyens tirés de la méconnaissance de l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme et de la méconnaissance des dispositions du règlement sanitaire départemental sont inopérants ;
- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 avril 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
Un mémoire produit par la commune de Clermont-Ferrand a été enregistré le 12 juin 2024.
Par un courrier du 13 septembre 2024, les parties ont été invitées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser les vices susceptibles d'entacher le permis de construire attaqué.
Par un courrier, enregistré le 17 septembre 2024, la société European Homes 257 a présenté des observations sur cette possibilité de régularisation.
Par un courrier, enregistré le 18 septembre 2024, la commune de Clermont-Ferrand a présenté des observations sur cette possibilité de régularisation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Nathalie Luyckx, rapporteure publique,
- et les observations de Me D, représentant les requérants, Me Lambert, représentant la commune de Clermont-Ferrand et Me Vilchez, représentant la société European Homes 257.
Une note en délibéré, présentée par la commune de Clermont-Ferrand, a été enregistrée le 19 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 9 novembre 2022, le maire de la commune de Clermont-Ferrand a délivré un permis de construire à la société European Homes 257 pour la construction d'une résidence étudiante de 114 chambres sur un terrain situé 83 rue Etienne Dolet. Par lettre notifiée le 11 janvier 2023, les requérants ont formé un recours gracieux à l'encontre de ce permis de construire. Ce recours a été rejeté par lettre du maire de Clermont-Ferrand du 18 avril 2023. Par la présente requête, les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2022 ainsi que l'annulation de la décision explicite de rejet de leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme : " Les requêtes dirigées contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code doivent, à peine d'irrecevabilité, être accompagnées du titre de propriété, de la promesse de vente, du bail, du contrat préliminaire mentionné à l' article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation , du contrat de bail, ou de tout autre acte de nature à établir le caractère régulier de l'occupation ou de la détention de son bien par le requérant. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. J, M. et Mme O et Mme G justifient du caractère régulier de la détention de leurs biens. Ainsi, dès lors que la requête émane d'au moins quatre requérants dont l'action est recevable, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. () ".
5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
6. Les requérants soutiennent que le permis est illégal en raison de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire qui n'a pas permis à l'autorité administrative de s'assurer de l'insertion du projet dans son environnement, de son impact sur les constructions avoisinantes et du traitement du terrain. Toutefois, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que celui-ci comporte notamment un plan de situation permettant d'identifier la localisation de la parcelle à l'intérieur de la commune, un plan de masse au 1/500ème avec une projection de la construction et une vue sur l'immeuble des requérants, quatre planches photographiques des clôtures existantes qui permettent d'identifier les constructions avoisinantes, des plans des façades du bâtiment, un document graphique permettant d'apprécier l'insertion architecturale du projet, des photographies permettant de situer le terrain dans son environnement proche et des vues satellitaires permettant de le situer dans son environnement lointain. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de permis de construire n'est pas incomplet et l'autorité administrative disposait de l'ensemble des informations lui permettant d'apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire au regard des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur un établissement recevant du public, le permis de construire tient lieu de l'autorisation prévue par l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité administrative compétente qui peut imposer des prescriptions relatives à l'exploitation des bâtiments en application de l'article L. 143-2 du code de la construction et de l'habitation. () ". Selon les dispositions de l'article R. 431-30 du même code : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code ". Aux termes des dispositions de l'article D. 122-12 du code de la construction et de l'habitation, qui a repris les dispositions de l'ancien article R. 111-19-19 du même code : " Le dossier () comprend les pièces suivantes : / () / 2° Un plan coté en trois dimensions précisant les circulations intérieures horizontales et verticales, les aires de stationnement (). / 3° Une notice expliquant comment le projet prend en compte l'accessibilité aux personnes handicapées, en ce qui concerne : / a) Les dimensions des locaux et les caractéristiques des équipements techniques et des dispositifs de commande utilisables par le public () ; / b) La nature et la couleur des matériaux et revêtements de sols, murs et plafonds ; / c) Le traitement acoustique des espaces ; / d) Le dispositif d'éclairage des parties communes ". Selon les dispositions de l'article R. 143-22 du code de la construction et de l'habitation, qui a repris les dispositions de l'ancien article R. 123-22 du même code : " Le dossier permettant de vérifier la conformité d'un établissement recevant le public avec les règles de sécurité, prévu par le b de l'article R. 122-11, comprend les pièces suivantes : / () / 2° Un ou plusieurs plans indiquant les largeurs des passages affectés à la circulation du public, tels que dégagements, escaliers, sorties, la ou les solutions retenues pour l'évacuation de chaque niveau de la construction en tenant compte des différents types et situations de handicap ainsi que les caractéristiques des éventuels espaces d'attente sécurisés ; () ".
8. Les requérants soutiennent que les dossiers exigés par les dispositions de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme sont incomplets en raison, d'une part, de l'absence du nombre de places de stationnement et de la notice descriptive expliquant comment le projet prend en compte l'accessibilité et, d'autre part, au titre de la vérification du respect des règles de sécurité, de l'absence du plan des surfaces du 4ème étage du bâtiment.Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire comporte un dossier spécifique permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées. Ce dossier comprend un plan côté en trois dimensions sur lequel figure notamment les aires de stationnements dédiés aux personnes à mobilité réduite ainsi qu'une notice détaillée expliquant comment le projet prend en compte l'accessibilité à ces personnes. Par ailleurs, le dossier spécifique permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité comporte des plans indiquant les caractéristiques des passages affectés à la circulation du public. La circonstance que le plan du 4ème étage soit identique au plan du 3ème étage alors que, selon les requérants, il devrait être différent en raison de la présence d'une canopée, est sans incidence sur la complétude des informations transmises dès lors que les caractéristiques des passages affectés à la circulation du public de l'ensemble du bâtiment figurent dans d'autres pièces du dossier. Ces informations figurent notamment au sein des plans des autres niveaux, des plans en coupe ou encore de la notice relative à l'accessibilité des personnes à mobilité réduite. En outre, ce point a fait l'objet d'une régularisation au sein du dossier de demande de permis de construire modificatif qui a fait l'objet d'un arrêté du 1er décembre 2023 et qui comportait un plan actualisé du 4ème étage du bâtiment. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté a été délivré sur la base de dossiers incomplets concernant la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées et avec les règles de sécurité incendie doit être écarté en toutes ses branches.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'urbanisme : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions () sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Selon les dispositions de l'article L. 151-6 du même code : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. () ". Aux termes de l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au présent litige : " I.- Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; () / 7° Définir les actions et opérations nécessaires pour protéger les franges urbaines et rurales. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs.
10. Les dispositions de la partie 1.1 des orientations d'aménagement et de programmation relatives à la nature en ville et à la biodiversité prévoient : " L'Orientation Nature en Ville et Biodiversité concerne l'ensemble du territoire communal de Clermont-Ferrand. Elle s'organise autour de la définition d'un schéma de principe de la Trame Verte et Bleue et des actions relatives à sa mise en œuvre. / () / Les grands axes de diffusion et de connexion de la nature en ville () traversent ainsi des quartiers stratégiques pour l'entrée et la diffusion de la nature en ville, notamment au travers de la trame des jardins privés. Les projets de construction devront veiller à limiter les ruptures dans les continuités de nature avec les espaces verts privés ou publics limitrophes. Il s'agit d'y proposer des implantations et des aménagements favorables à la circulation de la biodiversité au regard de la végétation existante sur les parcelles voisines () ".
11. Les requérants soutiennent que l'implantation et le volume de la construction ne permettent pas de préserver la continuité de nature existante et, qu'ainsi, le projet entre en contradiction avec l'orientation d'aménagement et de programmation considérée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet s'implante sur un terrain qui jouxte des espaces urbanisés au nord et à l'est et que l'implantation retenue pour la construction permet le maintien d'une continuité avec les jardins situés au sud et au nord-ouest de la parcelle. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet ne serait pas compatible avec les dispositions de l'orientation d'aménagement de programmation " Nature en ville et biodiversité ".
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme : " () Les voies et les accès à créer ou à aménager doivent être adaptés aux usages qu'ils supportent et aux opérations qu'ils doivent desservir. Dans tous les cas, elles doivent permettre l'accès et la bonne circulation des véhicules de secours et de lutte contre les incendies. / Les accès, y compris les portes de garage situées à l'alignement de l'espace public, doivent être aménagés de façon à répondre aux conditions de sécurité publique, notamment au regard de l'intensité de la circulation et des conditions de visibilité () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le projet est desservi par le chemin de la garde qui présente une longueur d'une centaine de mètres et une largeur d'environ 3,50 mètres. Les caractéristiques de cette voie permettent de supporter le trafic induit par la construction dès lors qu'il n'est pas prévu que les résidents accèdent au bâtiment au moyen de leur véhicule automobile et que seules cinq places de stationnement sont prévues sur le site. La circonstance que le projet a fait l'objet d'un avis défavorable de la direction de l'ingénierie, de l'aménagement et de la mobilité de la commune de Clermont-Ferrand est sans incidence sur cette appréciation dès lors que ce service s'est prononcé au regard d'un précédent projet " générant un apport de trafic minimal de 228 mouvements jour ". Par ailleurs, les requérants n'apportent aucun élément permettant d'établir que les caractéristiques de la voie seraient insuffisantes pour permettre l'accès des véhicules de secours et de lutte contre les incendies au bâtiment du projet. Au demeurant, la sous-commission départementale de sécurité a émis un avis favorable au projet le 29 août 2022. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme : " () Tout projet soumis à permis de construire doit comporter des locaux de stockage des déchets suffisamment grands, dimensionnés de manière à recevoir et permettre de manipuler sans difficulté tous les récipients nécessaires à la collecte sélective des déchets à partir de la voie publique () ".
15. Les requérants, qui se bornent à soutenir qu'un local de stockage de 10 m2 n'est pas adapté à une résidence de 114 personnes, n'assortissent leurs allégations d'aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen soulevé. Il s'ensuit qu'un tel moyen doit nécessairement être écarté.
16. En sixième lieu, aux termes de l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Sous réserve des dispositions particulières figurant sur les documents graphiques, les nouvelles constructions doivent s'implanter à l'alignement ou suivant un recul de 0 à 6 mètres par rapport à l'alignement, sur au moins 50 % du linéaire de façade sur rue. / () / La règle générale d'implantation ne concerne pas : / () / les parcelles dites en drapeau () ". Selon le lexique du règlement du plan local d'urbanisme : " Une parcelle dite en drapeau est une parcelle ayant un accès très étroit sur le domaine public et qui s'élargit en cœur d'îlot (cf. schéma ci-contre). Dans ce PLU, sont considérées comme parcelles en drapeau, les parcelles ayant cette configuration et dont la largeur de l'accès est inférieure ou égale à 5m ". Selon le même lexique : " Selon le lexique annexé au plan local d'urbanisme : " L'alignement est la limite entre le terrain d'assiette du projet et le domaine public () ou un emplacement réservé ".
17. En l'espèce, si la seule voie d'accès carrossable au domaine public se réalise par le chemin de la Garde qui présente une largeur inférieure à 5 mètres, la parcelle comporte également, à l'ouest, un accès piétonnier en limite de la rue Etienne Dolet. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent la commune et le pétitionnaire en défense, la parcelle ne peut pas être regardée comme étant " en drapeau ", au sens du règlement du plan local d'urbanisme. Le fait que l'accès par la rue Etienne Dolet prévu par le pétitionnaire ne soit pas carrossable est sans incidence sur l'appréciation de ces dispositions dès lors que cette circonstance relève d'un choix d'aménagement et que la parcelle présente un linéaire important de façade avec cette voie. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le bâtiment s'implante à un peu plus de six mètres de l'emplacement réservé situé côté ouest de la parcelle et sur plus de 50% du linéaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueilli.
18. En septième lieu, aux termes de l'article UG 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les hauteurs maximales de façade (le plénum) figurent au Plan des hauteurs et sont mesurées du terrain naturel à l'égout de toiture ou à l'acrotère. Lorsque le terrain est situé dans un secteur d'aléa du risque d'inondation les hauteurs seront mesurées à partir de la Côte de Mise Hors d'Eau (CPHE + 20cm). () ". Il ressort du plan des hauteurs figurant au sein de l'article UG3 du règlement du plan local d'urbanisme que la hauteur maximale de façade autorisée dans la zone concernée par le terrain d'assiette du projet est fixée à 13 mètres. Les dispositions du même article UG 3 prévoient : " Bonus lié à la formation d'une canopée habitée. / Les hauteurs de façade maximales pourront être dépassées dans le cas de la formation d'une canopée habitée (attique, émergence). / Ce bonus n'est autorisé que lorsque la toiture est traitée sur tout ou partie sous forme de toiture végétalisée ou comporte des terrasses accessibles bénéficiant de dispositifs, intégrés à la construction, permettant la plantation de végétaux. / Les surfaces de plancher supplémentaires autorisées, par application du bonus ne pourront dépasser 80 % de la surface de toiture du dernier niveau n'ayant pas dépassé le plénum. () ". Selon le lexique du règlement du plan local d'urbanisme, " la canopée habitée concerne les étages supérieurs de la ville directement influencés par le rayonnement solaire et offrant éventuellement des vues lointaines ou rasantes sur les toitures. () ".
19. Les requérants soutiennent que le bâtiment s'élève à une hauteur de 13,9 mètres, au-delà des 13 mètres autorisés, alors que le dernier niveau du bâtiment ne peut pas bénéficier du bonus lié à la formation d'une canopée habitée en raison de la circonstance qu'il n'est pas établi que ce niveau est inférieur à 80 % de la surface de toiture du niveau du dessous. Il ressort toutefois des pièces du dossier de permis de construire modificatif que la surface de plancher du troisième niveau est de 623,20 m2 et que la surface du quatrième et dernier niveau est de 466,10 m2. En conséquence, la surface du dernier niveau représente 75 % de la surface du troisième. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions relatives à la hauteur des constructions principales ont été méconnues.
20. En huitième lieu, selon les dispositions de l'article UG 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " () La hauteur maximale de façade des constructions annexes ne peut excéder 2,70 mètres (du TN à l'acrotère ou à l'égout de toiture). () ". Selon le lexique du règlement du plan local d'urbanisme : " () Sont notamment considérés comme une annexe : les abris de jardin, locaux piscine, locaux techniques, préaux, abris ou garages pour véhicules et vélos, carport, locaux poubelle, etc. ".
21. Il ressort des pièces du dossier que le local vélo du projet ainsi que les locaux techniques, présentent une hauteur de 2, 92 et 2, 95 mètres mesurée depuis le terrain naturel jusqu'à l'acrotère. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG 3 doit être accueilli.
22. En neuvième lieu, aux termes de l'article UG 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Si une végétation de qualité est présente sur la parcelle (arbres d'essence " noble ", roseraie, espèces protégées,), celle-ci devra être préservée au maximum. () ".
23. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit d'abattre neuf arbres, sur les onze recensés au sein de la parcelle, parmi lesquels figurent notamment un cèdre du Liban. Si les requérants soutiennent que le permis de construire méconnaît les dispositions précitées du fait de ces abattages, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces arbres constituent des espèces à préserver au sens du plan local d'urbanisme. En outre, les arbres abattus sont implantés sur les espaces dévolus aux futures constructions ou sur les voies internes. Les arbres implantés sur les espaces non concernés par les constructions ou les voies internes sont tous maintenus. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UG 4.1 du règlement du plan local d'urbanisme.
24. En dixième lieu, aux termes de l'article UG 5.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les espaces aménagés pour le stationnement des vélos () seront () intégrés au volume de la construction. / Sous réserve de justifications particulières liées à la configuration et à la taille des parcelles, à la prévention du risque d'inondation ou de toutes autres dispositions relatives à la mixité des fonctions et à l'animation des rez-de-chaussée, il pourra être admis de réaliser, pour tout ou partie, les emplacements pour cycles : / - au sein des espaces extérieurs des constructions, à condition d'être couverts et de disposer des équipements adaptés, () ".
25. Il ressort de la pièce complémentaire " PC 40.3 " figurant au dossier de demande de permis de construire que les emplacements pour les cycles sont réalisés au sein de locaux couverts, dissociés de la construction principale. Cette solution a été retenue en raison de la configuration particulière de la parcelle et de la volonté d'intégrer à la construction plusieurs espaces partagées tels qu'une cuisine, une salle polyvalente ou une salle de fitness. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article UG 5.2 du règlement du plan local d'urbanisme sont méconnues et un tel moyen doit être écarté.
26. En onzième lieu, aux termes de l'article UG 6 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions, par leur situation, leur architecture, leur dimension ou leur aspect extérieur ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux environnants ainsi qu'aux sites et aux paysages naturels ou urbains ". Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ou de celles du règlement d'un plan local d'urbanisme ayant le même objet et dont les exigences ne sont pas moindres, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
27. Il ressort des pièces du dossier que le projet s'implante dans la zone urbanisée de l'agglomération clermontoise, dans un secteur composé d'un bâti disparate, sans homogénéité architecturale spécifique. L'environnement urbain est constitué d'habitations individuelles au sud de la parcelle et de bâtiments collectifs plus imposants au nord et à l'est du terrain. Le projet consiste en la réalisation d'un bâtiment de quatre étages comportant, pour les trois premiers niveaux, des façades réalisées en enduit clair et des menuiseries PVC de teinte bronze clair et, pour le dernier niveau, des façades de teinte plus sombre. Dans cet environnement urbain et paysager, un tel projet n'est pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux environnants ainsi qu'aux sites et aux paysages urbains. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG 6 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
28. En douzième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. () ".
29. Les dispositions des règlements sanitaires départementaux ne peuvent être utilement invoquées au soutien de la contestation de la légalité d'un permis de construire que lorsqu'elles concernent l'implantation des constructions, leur destination, leur nature, leur architecture, leurs dimensions, leur assainissement et l'aménagement de leurs abords au sens des dispositions précitées de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme. Par suite, et alors que les dispositions des articles 68 et 77 du règlement sanitaire départemental ne traitent que des installations sanitaires des locaux de sport et de l'aménagement des locaux destinés aux récipients à ordures ménagères, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions doivent être écartés comme inopérants.
30. En treizième lieu, par un avis du 29 août 2022, la sous-commission départementale pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public a émis un avis favorable au projet en formulant une prescription relative au respect de l'article PE 11 §3 du règlement de sécurité. Les dispositions de cet article prévoient des règles concernant les dégagements à réaliser en fonction du nombre de personnes à recevoir. L'article 3 de l'arrêté en litige a repris la prescription formulée par la sous-commission départementale. En conséquence, dès lors que la conformité d'une autorisation de construire s'apprécie en prenant en considération les prescriptions formulées par l'autorité administrative, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'autorisation est illégale en raison de la méconnaissance des dispositions de l'article PE 11 du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique.
31. En quatorzième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que le permis méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en raison de ses conditions d'accès et de desserte doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du présent jugement.
Sur les conséquences des vices relevés :
32. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ".
33. Ces dispositions permettent au juge de l'excès de pouvoir de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où l'illégalité affecte une partie identifiable du projet et peut être régularisée par un permis modificatif. L'application de ces dispositions n'est pas subordonnée à la condition que la partie du projet affectée par le vice soit matériellement détachable du reste du projet.
34. Il résulte de l'instruction que les vices mentionnés aux points 17 et 21 du présent jugement, tirés de ce que l'arrêté en litige méconnaît, d'une part, la règle d'implantation des constructions prévue à l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme et, d'autre part, la règle des hauteur des constructions annexes prévue à l'article UG 3 du même règlement, affectent une partie identifiable du projet et peuvent être régularisés par la délivrance d'un permis modificatif.
35. Ainsi, il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation du permis de construire en tant qu'il méconnait ces dispositions.
Sur les frais liés au litige :
36. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 9 novembre 2022 par lequel le maire de Clermont-Ferrand a délivré un permis de construire à la société European Homes 257 pour la construction d'une résidence étudiante de 114 chambres, ainsi que la décision du 18 avril 2023 de rejet du recours gracieux sont annulés en tant que le projet de construction méconnaît, d'une part, la règle d'implantation des constructions prévue à l'article UG 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme et, d'autre part, la règle des hauteur des constructions annexes prévue à l'article UG 3.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A J, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, à la société European Homes 257 et à la commune de Clermont-Ferrand.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caroline Bentéjac, présidente,
M. Jean-François Bordes, premier conseiller,
M. Christophe Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. B
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026