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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301496

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301496

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance en date du 21 juin 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a transmis la requête enregistrée au greffe dudit tribunal le 22 juin 2023, présentée par M. A B.

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2023, M. A B, représenté par Me Huard, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de 18 mois et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour la durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à l'effacement de son inscription au fichier dénommé système d'information Schengen ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation et dans l'attente, de lui délivrer, dans le délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le principe du contradictoire tel que consacré par le droit de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

s'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France ;

s'agissant de l'interdiction de retour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

s'agissant de l'assignation à résidence : elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que cette mesure porte atteinte à sa vie privée et familiale en France.

Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jurie, premier conseiller, pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Jurie, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 19 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. B, ressortissant pakistanais, à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de 18 mois et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Par un arrêté du même jour, l'autorité préfectorale a assigné M. B à résidence pour la durée de 45 jours. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Selon les dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans ses écritures M. B indique avoir présenté une demande tendant à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer en application des dispositions précitées de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

4. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a obligé M. B à quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

5. Le requérant se borne à soutenir qu'il n'a pas été entendu par l'administration avant l'édiction de la mesure d'éloignement qui lui a été opposée alors que son parcours migratoire et les motifs pour lesquels il a fui son pays d'origine sont importants pour apprécier sa situation. Toutefois, M. B n'expose pas avoir été empêché de présenter toute déclaration utile aux services de gendarmerie en charge de son audition lors de sa retenue administrative. En outre, si l'intéressé fait valoir qu'il aurait pu exposer son parcours migratoire ainsi que les raisons qui l'ont poussé à fuir le Pakistan, il n'indique pas dans ses écritures quelles circonstances précises tenant à ces motifs il aurait pu mentionner. Dès lors, les circonstances dont se prévaut l'intéressé ne sont pas identifiables et ne revêtent pas, en tout état de cause, le caractère d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle, que celui-ci aurait pu utilement porter à la connaissance de l'autorité préfectorale avant que ne soit prise la mesure d'éloignement en litige et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance du principe du contradictoire.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B soutient qu'il réside en France depuis 2020, que depuis lors il a noué sur le territoire français des attaches personnelles et amicales, qu'il dispose d'un domicile à Saint-Martin-d'Hères et d'attaches sociales à travers ses amis avec lesquels il voyageait. Toutefois, le requérant ne conteste pas les mentions de l'arrêté attaqué selon lesquelles il s'est marié religieusement au téléphone il y a cinq mois avec une compatriote qui réside au Pakistan. En outre, aucun des éléments produits devant le tribunal ne tend à établir de quelconques attaches familiales de M. B en France. Enfin, aucune des pièces soumises à l'appréciation du tribunal ne tend à corroborer que l'intéressé entretiendrait des liens intenses, anciens ou stables sur le territoire français. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de M. B ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale, en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant du refus de délai de départ volontaire :

9. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. B comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, le refus de délai de départ volontaire attaqué ne peut être regardé comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale, en prenant la décision susmentionnée, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

S'agissant de l'interdiction de retour :

11. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a interdit le retour de M. B sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

12. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé contre l'interdiction de retour doit être écarté.

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

14. M. B fait valoir qu'il présente des garanties de représentation dès lors qu'il dispose d'un domicile et que son identité est connue de l'Etat et a pu être vérifiée dans le cadre de sa demande d'asile. Toutefois, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que, si pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet du Puy-de-Dôme a relevé qu'il ne pouvait pas présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité, il a également constaté que l'intéressé s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Or, le requérant se borne à exposer que pour que la soustraction à une précédente mesure d'éloignement soit constituée, il faut s'assurer que cette décision ait bien été portée à sa connaissance. Toutefois, ce faisant, M. B ne conteste pas avoir reçu notification de la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre alors qu'il ressort des mentions de l'arrêté en litige qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français datée du 13 mars 2022 qui lui a été notifiée le 14 avril 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tel que soulevé par le requérant, ne peut qu'être écarté.

15. Le requérant soutient que l'interdiction de retour en litige est disproportionnée. Toutefois, il s'abstient, dans ses écritures, d'indiquer en quoi consisterait la disproportion qu'il invoque. Par suite, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

S'agissant de l'assignation à résidence :

16. Le requérant expose que, bien qu'il réside au 9 rue Franz Liszt à Saint-Martin-d'Hères dans le département de l'Isère, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence 63 place Antonin Chastel à Thiers, soit à 245 kilomètres de son domicile. Toutefois, le courrier de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Isère daté du 23 mai 2023 destiné à M. B " chez Cheema Umair 9 rue Franz Liszt 38400 Saint-Martin-d'Hères " ne suffit pas, par lui-même et à lui seul, à corroborer que l'intéressé aurait fixé son domicile à cette adresse. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'autorité préfectorale, en l'assignant à résidence sur l'arrondissement de Thiers, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 19 juin 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, y a interdit son retour pour la durée de 18 mois, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et l'a assigné à résidence pour la durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions du requérant à fin d'injonction ne peuvent être accueillies.

Sur les frais d'instance :

19. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 que le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées sur le fondement desdites dispositions doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

Le magistrat désigné,

G. JURIE

La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301496

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