mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juin 2023, M. B C, représenté par la SCP W. Hillairaud et A. Jauvat, Me Jauvat, demande au tribunal
1°) d'annuler la décision du 25 mai 2023 par laquelle la préfète de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète de l'Allier n'a pas préalablement saisi la commission départementale du titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée le 15 novembre 2023.
Un mémoire en défense présenté pour la préfète de l'Allier, non communiqué, a été enregistré le 2 septembre 2024, après la clôture de l'instruction intervenue le 15 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bader-Koza, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien, est entré en France de manière irrégulière le 23 août 2020. Le 3 avril 2023, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français. Par une décision du 25 mai 2023, la préfète de l'Allier a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la version applicable au litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Ces dispositions s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 2 et 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, des articles L. 423-2 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". A cet égard, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus ".
4. Pour refuser le titre de séjour sollicité par M. C, la préfète de l'Allier s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, compte tenu de sa situation personnelle et familiale, le requérant ne remplit pas les conditions prévues aux 2 et 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il ressort à cet égard des pièces du dossier que le requérant est entré en France de manière irrégulière le 23 août 2020, qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 3 décembre 2022, qu'il travaille en qualité d'ouvrier du bâtiment et travaux publics (BTP) depuis, au minimum, le 24 mai 2023, soit depuis la veille de la date de l'arrêté attaqué et qu'enfin, trois de ses oncles étaient, à la date de la décision attaquée, présents en France sous couvert d'un certificat de résidence algérien. Si l'intéressé fait valoir à ce titre qu'il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de sa vie, il ne l'établit pas. Par ailleurs, la seule circonstance que l'intéressé aurait épousé une ressortissante française ne permet pas, à elle seule, d'établir que la préfète de l'Allier, en édictant la décision en litige, porterait atteinte de manière disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale. Il en résulte que l'intéressé ne remplissait donc pas les conditions du 2° et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, de sorte que la préfète pouvait refuser son admission au séjour sans préalablement saisir la commission du titre de séjour de sa situation. Le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
5. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 et, compte tenu de la durée de présence en France de M. C et de ses conditions de séjour sur le territoire, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 6 de l'accord franco-algérien, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences que la décision portant refus de titre de séjour emporte sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés. Egalement les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dirigé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
7. Enfin, si M. C soutient que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ils doivent, en conséquence, être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 mai 2023 par laquelle la préfète de l'Allier lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par suite, la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Brun, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. BADER-KOZA
L'assesseure la plus ancienne,
M. JAFFRÉ
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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