vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301538 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juin 2023 et le 11 août 2023, M. D B, représenté par Me Gauché, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer le dossier sur la base duquel la décision contestée a été prise ;
3°) d'annuler la décision du 7 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, l'a astreint, pendant le délai de départ volontaire, à résider dans l'arrondissement de
Clermont-Ferrand et à se présenter auprès des services de police les mercredis à 13 heures, et l'a obligé à remettre ses documents d'identité et de voyage à l'administration ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet s'est estimé à tort lié par le rejet de sa demande d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est prononcée de manière systématique, inconsidérée et non motivée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne les mesures de surveillance :
- elles sont illégales par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour édicter de telles mesures ;
En ce qui concerne l'obligation de remise de ses documents d'identité :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour édicter une telle obligation.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées le 8 août 2023, conformément à la demande du requérant et à celle du tribunal en date du 24 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 août 2023 :
- le rapport de Mme C,
- Mme A, élève avocat, pour Me Gauché, avocat de M. B.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien, est entré en France le 5 février 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le
8 juin 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile le 25 octobre 2022. Par une décision du 7 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'un an, l'a astreint, pendant le délai de départ volontaire, à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand et à se présenter auprès des services de de police les mercredis à 13 heures et l'a obligé à remettre ses documents d'identité et de voyages à l'administration. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B n'a pas régulièrement déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par l'intéressé ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, et accessible tant aux parties qu'au juge. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. B fait valoir qu'il vit avec sa compagne et qu'ils viennent d'avoir un enfant, il ressort des pièces du dossier qu'il s'était déclaré célibataire, qu'il n'établit pas l'existence d'une vie commune avec sa conjointe et que la naissance de son enfant est postérieure à la décision en litige. Dans ces conditions, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2021. S'il se prévaut de ce qu'il participe à l'entretien de son enfant ainsi que de sa vie commune avec sa conjointe, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la naissance de son enfant est postérieure à la décision attaquée, et qu'il ne produit aucune pièce relative à l'existence d'une vie commune avec sa conjointe, qui, au demeurant, est de même nationalité que lui. Dans ces conditions, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français, l'astreignant à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand et à se présenter les mercredis à 13 heures aux services de police pendant le délai de départ volontaire, et l'obligeant à remettre ses documents d'identité aux autorités administratives.
7. En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier que le préfet du
Puy-de-Dôme se serait estimé lié par la décision de rejet de la demande d'asile de M. B pour fixer le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit ne saurait être accueilli.
8. En sixième lieu, si M. B soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il se borne à soutenir qu'il existe des risques sérieux de considérer qu'il soit soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire, sans apporter de précisions ou d'éléments au soutien de cette allégation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
10. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme s'est, pour prendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée et en fixer la durée, fondé sur les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a tenu compte des critères cités à l'article L. 612-10 précité dès lors qu'il précise que si M. B n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il est toutefois entrée récemment en France où il n'a pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables. Par suite, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet a édicté cette mesure de manière " systématique, inconsidérée et non motivée ", de sorte que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
11. En huitième lieu, si M. B soutient qu'il n'existe aucun motif justifiant qu'il lui soit interdit de retour sur le territoire français ou de circuler dans l'ensemble de l'espace Schengen, de sorte que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît sa liberté d'aller et venir, il n'assortit ce moyen d'aucune circonstance propre exigeant son retour en France. Par ailleurs, le signalement aux fins de non-admission qui accompagne l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet n'a ni pour objet ni pour effet de le priver de séjour dans l'Union européenne, les parties contractantes à la convention Schengen n'étant pas en situation de compétence liée pour ordonner l'éloignement d'un étranger ayant fait l'objet d'une mesure de signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Le requérant conserve en outre la possibilité, le cas échéant, de se prévaloir de motifs humanitaires. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.
12. En dernier lieu, les décisions portant obligation de résidence dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand, de pointage et de remise des documents d'identité en litige ont été prises sur le fondement des articles L. 721-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si ces décisions ont le caractère de décisions distinctes de l'obligation de quitter le territoire français, ces décisions, qui tendent à assurer que l'étranger accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui est imparti, concourent à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, si l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration impose que ces décisions soient motivées au titre des mesures de police, cette motivation peut, outre la référence aux articles L. 721-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se confondre avec celle de l'obligation de quitter le territoire français. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet se soit estimé en situation de compétence liée pour édicter de telles mesures, si bien que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.
La présidente,
S. CLe greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No2301538
JC
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