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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301548

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301548

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023, M. A B, représenté par Me Demars, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence du préfet du Puy-de-Dôme sur sa demande enregistrée le 13 octobre 2022 tendant au renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a introduit une requête au fond contre la décision en litige ;

- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie dès lors que la décision en litige consiste en un refus de renouvellement de son titre de séjour ; l'exécution de la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle ainsi qu'à l'intérêt supérieur de son enfant ; il sera licencié faute de régularisation de sa situation ; en cas de licenciement, il ne pourra plus s'acquitter de la contribution financière due au titre de l'entretien et l'éducation de son enfant ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées en ce que :

- la décision en litige a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son enfant a été reconnu conjointement par ses deux parents qui étaient à l'époque mariés ; il exerce un droit de visite et d'hébergement pour son fils et s'acquitte chaque mois d'une somme au titre de la contribution financière à l'éducation et l'entretien de son fils ; il justifie contribuer à proportion de ses ressources, à l'entretien et à l'éducation de son fils ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est présent en France depuis 2012, qu'il a eu un enfant avec une ressortissante française dont il est séparé depuis 2019, qu'il exerce conjointement l'autorité parentale avec la mère de son fils dont il assure l'entretien et l'éducation, qu'il est en concubinage avec une ressortissante française depuis 2020, et qu'il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée.

Le préfet du Puy-de-Dôme a produit des pièces enregistrées le 3 juillet 2023 relatives à la délivrance à M. B d'un récépissé de carte de séjour valable du 17 juin 2023 au 16 septembre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier

- la requête enregistrée le 28 juin 2023 sous le n° 2301547 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision en litige ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Courret, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2023 à 11h00 tenue en présence de M. Morelière, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Courret, juge des référés,

- les observations de Me Demars représentant M. B qui reprend les faits de l'espèce, notamment que le requérant est père d'un enfant français, s'en rapporte à ses écritures et soulève un nouveau moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que l'absence de titre de séjour prive le requérant de ressources financières pour contribuer à l'entretien financier de son enfant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite née de rejet du silence du préfet du Puy-de-Dôme sur sa demande, enregistrée le 13 octobre 2022, tendant au renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale ".

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Le premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code précise que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. / A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. B était titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 16 décembre 2022 et il n'est pas contesté qu'il a présenté sa dernière demande de renouvellement dans le délai requis, avant l'expiration de son dernier titre de séjour. La seule circonstance que le préfet du

Puy-de-Dôme a produit des pièces enregistrées le 3 juillet 2023 relatives à la délivrance à M. B d'un récépissé de demande de titre de séjour valable du 17 juin 2023 au 16 septembre 2023 n'est pas de nature à faire échec à la présomption citée au point précédent. La condition d'urgence doit, par conséquent, être regardée comme remplie.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

6. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence du préfet du Puy-de-Dôme sur la demande de M. B, enregistrée le

13 octobre 2022, tendant au renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale ", et ce, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de M. B dans un délai d'un mois et dans un délai de huit jours, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de rejet née du silence du préfet du Puy-de-Dôme sur la demande de M. B, enregistrée le 13 octobre 2022, tendant au renouvellement de titre de séjour mention " vie privée et familiale " est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, de réexaminer la demande de M. B et, dans un délai de huit jours, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 800 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet

du Puy-de-Dôme.

Fait à Clermont-Ferrand, le 13 juillet 2023.

La juge des référés,

C. COURRET

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2301548JC

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