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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301638

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301638

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSHVEDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Shveda, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- en se référant à l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le préfet a commis une erreur de droit ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet s'est fondé sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle disposait d'un récépissé valable jusqu'en août 2023 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- l'administration peut lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bollon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 8 janvier 1992, est entrée sur le territoire français le 29 août 2016 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Le 28 juillet 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 7 juin 2023, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de la requérante avant de prendre la décision en litige.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement du 16 avril 2019 qu'elle n'a pas exécutée. Si la requérante se prévaut de sa relation amoureuse avec un ressortissant français depuis février 2020, elle ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, la réalité de leur vie commune depuis cette date. En tout état de cause, cette relation est récente à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, et alors qu'elle ne conteste pas avoir déclaré être mariée avec un ressortissant allemand depuis le 14 septembre 2018, elle n'apporte aucune explication sur son exacte situation maritale. Si elle se prévaut également de la présence de son frère en France, elle ne justifie pas entretenir des liens particulièrement intenses avec lui. Dans ces conditions, et alors même que Mme A, qui n'établit pas ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans, a obtenu un " master of science commerce international et marketing digital " à l'ESC Clermont business school à la session de 2021 et effectue des activités bénévoles au sein du secours populaire, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Le préfet n'a ainsi méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée.

5. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les dispositions visées par ce texte. Mme A n'étant pas, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, au nombre des étrangers pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à Mme A doit être écarté.

7. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux développés au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

8. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire français étant fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. Or, la décision relative au séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Il ressort par ailleurs des termes de la décision attaquée que le préfet s'est livré à un examen suffisant de la situation personnelle et familiale de la requérante. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français [] ".

10. Mme A soutient que le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur de droit en se fondant sur l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter la décision attaquée dès lors qu'elle n'a pas demandé l'asile et que cet article " est complètement étranger à [s]a situation ". Toutefois, il ressort des écritures de Mme A que celle-ci a entendu faire référence aux dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur avant le 1er mai 2021 qui a été abrogé par l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020 alors que le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur les dispositions en vigueur à la date de la décision attaquée citées au point précédent et relatives à la décision fixant le pays de renvoi. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. En cinquième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet du Puy-de-Dôme ait entendu fonder la décision portant obligation de quitter le territoire français sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée et, en tout état de cause, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

14. La requérante fait valoir, qu'eu égard à sa situation personnelle, la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours prises à son encontre méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait également valoir qu'il n'existe aucun risque qu'elle se soustraie à ses obligations et qu'elle souhaite mener sa vie privée et familiale et avoir des projets. Toutefois, il ne ressort pas des pièces des dossiers que Mme A aurait fait état devant le préfet du Puy-de-Dôme avant l'édiction de la décision attaquée, de circonstances particulières, propres à justifier une prolongation du délai de départ volontaire au-delà de trente jours. En tout état de cause, il ne résulte pas de tout ce qui précède que l'intéressée justifierait de telles circonstances. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, la décision attaquée comporte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

16. En second lieu, pour soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme A soutient qu'elle justifie encourir des risques dans son pays d'origine. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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