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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301649

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301649

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2023, M. A C, représenté par Cap-avocats, Me Presle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et dans l'attente, de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler dans le délai de deux jours à compter de cette notification ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaffré a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bosnien, est entré en France le 21 avril 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 août 2017, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 février 2018. Il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour. Par un arrêté du 23 février 2023, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 23 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. Sanz, secrétaire général de la préfecture de l'Allier, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 6 janvier 2023 de la préfète de l'Allier, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au droit au séjour des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le refus de titre de séjour, qui vise l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la date d'entrée en France de l'intéressé, le rejet de sa demande d'asile et mentionne que le requérant a occupé une activité professionnelle et fondé une famille avec une compatriote en situation irrégulière. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige, qui comprend les considérations en droit et en fait qui la fondent, est insuffisamment motivée.

4. En troisième lieu, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Le requérant soutient qu'il est présent en France depuis 2017 avec sa compagne et que ses deux enfants sont scolarisées, l'une d'elles étant né en France. Toutefois, il ne produit que la copie de son passeport, des bulletins de paie édités en 2022 et 2023 et un avis d'imposition concernant les revenus de 2020. Ainsi, le requérant ne démontre pas que la décision de refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Si le requérant soutient qu'il réside en France depuis 6 ans avec son épouse et ses deux enfants, scolarisées, et qu'ils se sont intégrés au sein de la société française, il n'apporte aucune pièce justifiant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme étant inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. C doivent être rejetées et par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A C et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bader-Koza, présidente du tribunal,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Brun, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

S BADER-KOZA La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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