mercredi 23 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301650 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 14 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, à fixer le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et l'a interdite de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre à titre principal au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à défaut d'enjoindre à la même autorité de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard de l'utilisation de formulations vagues et stéréotypées et de la présence d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne dispose plus d'attaches en Ukraine hormis sa sœur qui réside dans une région touchée par le conflit russo-ukrainien ; qu'elle encourt des risques en cas de retour en Ukraine ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle tente de se reconstruire en France auprès de sa fille et de son gendre qui l'hébergent ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard de l'utilisation de formulations vagues et stéréotypées et de la présence d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son impossibilité de retourner dans son pays d'origine, en particulier dans sa région d'origine, en raison du conflit russo-ukrainien ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle tente de se reconstruire en France auprès de sa fille et de son gendre qui l'hébergent ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne tient pas compte de sa situation personnelle et familiale dans la mesure où elle entretient des liens stables, intenses et anciens sur le territoire français où réside son seul enfant et qu'elle ne dispose plus d'attaches familiales en Ukraine hormis sa sœur ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de la présence en France de la grande majorité des membres de sa famille et au regard des risques qu'elle encourt en cas de retour en Ukraine.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces le 7 août 2023.
Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 6 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
L'audience publique s'est tenue le 17 août 2023 à 9h30, en présence de M. Morelière, greffier d'audience, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ukrainienne, est entrée sur le territoire français le 13 juin 2021 et s'est vue refuser le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 novembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 31 mai 2023. Par une décision du 14 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision du 14 juin 2023 a été signée par
M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme en vertu d'une délégation accordée le 27 décembre 2022, régulièrement publié le même jour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte, pour toutes les décisions édictées, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, si Mme A fait valoir que la décision du 14 juin 2023 ne fait pas mention de la présence de sa fille majeure sur le territoire français, cette circonstance n'est pas de nature à entrainer l'illégalité de la décision attaquée. Par suite, et alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen approfondi et particulier de sa situation personnelle, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation personnelle doivent être écartés.
4. En troisième lieu, il résulte des termes même de la décision attaquée que l'autorité préfectorale s'est fondée, pour obliger Mme A à quitter le territoire français, sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la demande d'asile de cette dernière a été rejetée définitivement par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 31 mai 2023. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme se serait estimé en situation de compétence liée en obligeant l'intéressée à quitter le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée récemment en France le 13 juin 2021. Si elle soutient qu'elle n'a qu'une fille qui réside en situation régulière en France, cette dernière, majeure, a vocation à faire sa vie indépendamment de sa mère. Au surplus, il ressort du formulaire de demande d'asile que la requérante a également un fils qui ne réside pas sur le territoire français. En outre, la requérante ne se prévaut d'aucune insertion particulière et n'établit pas avoir fixé l'ensemble de ses intérêts en France tandis qu'elle n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où réside sa sœur, et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 60 ans. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect à la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En cinquième lieu, si Mme A fait valoir qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer un pays de destination. Si le préfet a également indiqué que la mesure d'éloignement pourra être mise en exécution à destination du pays dont l'intéressée à la nationalité, Mme A se borne à faire état, en termes généraux, du conflit armé actuel. En s'abstenant de toute autre précision, et notamment quant à la région dont elle est originaire en Ukraine, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle encourt personnellement des risques en cas de retour en Ukraine.
7. En sixième lieu, au regard de tout ce qui précède, le moyen tiré de " l'erreur manifeste d'appréciation " doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 14 juin 2023. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
9. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.
10. Il résulte des points précédents que les demandes de Mme A, qui n'étaient ni présente ni représentée à l'audience, sont manifestement dénuées de fondement. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au
préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2023.
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
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