vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301672 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 14 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter aux services de police les jeudis et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision du 14 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile:
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile renouvelable jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1300 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations sur la mesure d'éloignement auprès de l'autorité préfectorale ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle ne fait pas mention de son recours contre la décision devant la Cour nationale du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à ce qu'elle puisse présenter des observations lors de l'audience devant la Cour nationale du droit d'asile ;
Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée en l'absence de considérations de droit et de fait ;
- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ce refus fait obstacle à ce qu'elle puisse assister physiquement à l'audience devant la Cour nationale du droit d'asile ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;
Sur la décision portant assignation avec l'obligation de représentation :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'autorité préfectorale a omis de prendre en considération qu'elle a présenté une demande d'aide juridictionnelle auprès de la CNDA ;
Sur la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est nécessaire pour que la Cour nationale du droit d'asile examine son recours.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces le 8 août 2023, conformément à la demande du tribunal du 24 juillet 2023.
Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 6 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 août 2023 à 9h30, en présence de M. Morelière, greffier d'audience :
- le rapport de Mme C ;
- Me Drobniak, avocate de Mme A qui soulève un nouveau moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante albanaise, est entrée le 12 février 2023 sur le territoire français et s'est vue refuser le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 avril 2023. Par une décision du 14 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée d'office, l'a astreinte à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter aux services de police les jeudis et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision en litige comporte, pour l'ensemble des décisions qu'elle édicte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'en vertu du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que ces dispositions s'adressent non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. S'il résulte toutefois également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. Mme A a pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. En outre, si elle fait valoir qu'elle n'a pu avertir l'autorité préfectorale de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, elle n'indique pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchée de présenter des observations ou de fournir des documents avant que soit prise la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA a rejeté, par une décision du 17 avril 2023 notifiée le 19 avril 2023, la demande d'asile de la requérante en statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, Mme A, ressortissante d'un pays sûr, ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait ainsi faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du même code, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale auprès de la Cour nationale du droit d'asile. Au demeurant, l'exercice d'un recours à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides devant la Cour nationale du droit d'asile ne présente pas de caractère suspensif et n'induit aucun droit au maintien sur le territoire français pour l'intéressée. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, l'intéressée ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions n'ont pas pour objet de lui accorder un droit de se maintenir sur le territoire français. Au demeurant, Mme A, qui est représentée par une avocate devant la Cour nationale du droit d'asile, est mise à même par ses écritures et les observations de son conseil, de porter à la connaissance de cette juridiction l'ensemble des éléments utiles à son office. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 532-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions portant assignation à résidence avec obligation de pointage, fixation du pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français ne peuvent qu'être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
10. Si la requérante soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour en Albanie, elle n'apporte pas, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, d'éléments concrets de nature à établir la réalité et l'actualité des risques auxquels elle prétend être exposé. En outre, si elle fait valoir qu'elle a subi des pressions et des violences de la part de la directrice de l'établissement dans lequel elle travaillait en qualité d'infirmière, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle se trouve dans l'impossibilité d'obtenir la protection des autorités albanaises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Au regard de tout ce qui précède, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision en litige. Il ne ressort pas non plus des termes de celle-ci, que ce dernier se serait estimé en situation de compétence liée.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :
12. La requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, fait valoir qu'elle craint un retour en Albanie en raison des menaces et pressions dont elle a fait l'objet par sa directrice alors qu'elle travaillait en qualité d'infirmière. Toutefois, et au regard de ce qui a été dit au point 10, elle ne produit dans la présente instance aucun élément permettant d'établir qu'il existerait un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de refus d'asile opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de nature à justifier la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation ou, à tout le moins, la suspension de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation et de suspension entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
14. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.
15. Il résulte des points précédents que les conclusions de la requête de Mme A ne sont assorties que de moyens stéréotypés et dépourvus de tout élément circonstancié et sont donc manifestement dénuées de fondement. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet
du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.
La présidente,
S. C Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
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