jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301694 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juillet 2023 et le 22 mars 2024, les associations France Nature Environnement Puy-de-Dôme, France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes, One Voice, Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes, Agir pour le vivant et les espèces sauvages et Animal Cross demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a autorisé l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau du 7 juillet 2023 au 15 janvier 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérantes soutiennent que :
- leur requête est recevable dès lors qu'elles ont un intérêt pour agir suffisant pour demander l'annulation de l'arrêté en litige ;
- l'arrêté contesté a été pris au terme d'une procédure irrégulière en raison de l'insuffisance des informations communiquées à la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage préalablement à l'émission de son avis ;
- il a méconnu les dispositions de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement relatif à la participation du public aux décisions ayant une incidence sur l'environnement ;
- il est illégal dès lors qu'aucune atteinte à l'équilibre agro-sylvo-cynégétique n'est établie ;
- il méconnaît les principes de prélèvement raisonnable et d'équilibre agro-sylvo-cynégétique ;
- il est illégal en raison de l'absence de recherche de solutions alternatives de nature à limiter les dégâts susceptibles d'être occasionnés par le blaireau sur le territoire ;
- il méconnaît l'interdiction de détruire les petits des mammifères chassables prévue à l'article L. 424-10 du code de l'environnement ;
- il est illégal en raison de l'illégalité de l'article R. 424-5 du code de l'environnement qui en constitue la base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les associations requérantes ne sont pas fondés.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 24 avril 2024, la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme, représentée par le cabinet Bastille Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de qualité du signataire de la requête pour représenter l'association France Nature Environnement Puy-de-Dôme, du défaut d'intérêt pour agir et de l'absence de qualité du signataire de la requête pour l'association France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes, du défaut d'intérêt pour agir des associations Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes, One Voice et Aves et du défaut d'intérêt pour agir et de l'absence de qualité du signataire de la requête pour l'association Animal Cross ;
- les moyens soulevés par les associations requérantes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, et notamment son préambule ;
- la convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe, signée à Berne le 19 septembre 1979 ;
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Nathalie Luyckx, rapporteure publique,
- les observations de Mme B, représentant l'association France Nature Environnement Puy-de-Dôme et l'association Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes et M. C pour le préfet du Puy-de-Dôme.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 30 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a autorisé l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau, pour une période complémentaire, du 7 juillet 2023 au 15 janvier 2024. Par la présente requête, les associations requérantes demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur l'intervention :
2. Au regard de l'objet de la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme, elle justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Il s'ensuit que son intervention doit être admise.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 141-1 du code de l'environnement : " Lorsqu'elles exercent leurs activités depuis au moins trois ans, les associations régulièrement déclarées et exerçant leurs activités statutaires dans le domaine de la protection de la nature et de la gestion de la faune sauvage, de l'amélioration du cadre de vie, de la protection de l'eau, de l'air, des sols, des sites et paysages, de l'urbanisme, ou ayant pour objet la lutte contre les pollutions et les nuisances et, d'une manière générale, œuvrant principalement pour la protection de l'environnement, peuvent faire l'objet d'un agrément motivé de l'autorité administrative ". Aux termes de l'article L. 142-1 du même code : " () / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 ainsi que les fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique et les associations agréées de pêcheurs professionnels justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les associations requérantes, à l'exception de l'association Animal Cross, bénéficient d'un agrément délivré au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement et qu'elles ont pour objet de s'assurer de la préservation de l'environnement naturel, de la biodiversité et des espèces animales. Il s'ensuit qu'elles justifient d'un intérêt pour agir suffisant à l'encontre de l'arrêté en litige. La requête est, dès lors, recevable.
5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que l'association France Nature Environnement du Puy-de-Dôme produit une délibération du 30 juin 2023 par laquelle le conseil d'administration a autorisé sa présidente à la représenter en justice, que l'association France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes produit une délibération en date du 25 mai 2023 par laquelle le conseil d'administration de ladite association a autorisé son président à exercer une action en justice et que, par délibération du 1er juin 2023, le conseil d'administration de l'association Animal Cross a donné mandat à son président pour former un recours en annulation devant le tribunal administratif. Les circonstances, à les supposer établies, que les statuts ou le fonctionnement des associations soient affectés d'irrégularités, comme le soutient la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme, ne peuvent être utilement invoquées pour contester la qualité pour agir en justice des représentants des associations requérantes.
6. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. / Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s'impose aux activités d'usage et d'exploitation de ces ressources. () ". Selon les dispositions de l'article L. 425-4 du même code : " L'équilibre agro-sylvo-cynégétique consiste à rendre compatibles, d'une part, la présence durable d'une faune sauvage riche et variée et, d'autre part, la pérennité et la rentabilité économique des activités agricoles et sylvicoles. / Il est assuré, conformément aux principes définis à l'article L. 420-1, par la gestion concertée et raisonnée des espèces de faune sauvage et de leurs habitats agricoles et forestiers. / L'équilibre agro-sylvo-cynégétique est recherché par la combinaison des moyens suivants : la chasse, la régulation, la prévention des dégâts de gibier par la mise en place de dispositifs de protection et de dispositifs de dissuasion ainsi que, le cas échéant, par des procédés de destruction autorisés () ". Aux termes de l'article R. 424-5 de ce code : " La clôture de la vénerie sous terre intervient le 15 janvier. / Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. ".
8. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 424-5 du code de l'environnement, si elles permettent au préfet d'autoriser une période de chasse complémentaire par vénerie sous terre du blaireau à compter du 15 mai, n'ont pas par elles-mêmes pour effet d'autoriser la destruction de petits blaireaux ou de nuire au maintien de l'espèce dans un état de conservation favorable, le préfet étant notamment tenu, pour autoriser cette période de chasse complémentaire, de s'assurer, en considération des avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et des circonstances locales, qu'une telle prolongation n'est pas de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux ni à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux.
9. Il ressort des pièces du dossier que, pour décider de l'ouverture d'une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau à compter du 7 juillet 2023 jusqu'au 15 janvier 2024, le préfet du Puy-de-Dôme, s'est fondé sur les circonstances que le département du Puy-de-Dôme est un département à fort enjeu agricole, que la population de blaireau peut générer des dégâts importants aux activités agricoles, que le blaireau est peu prélevé par la chasse à tir et que, au regard des bilans des actions de chasse des années précédentes, l'état de conservation de l'espèce n'apparaît pas menacé. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'atlas communal et de la carte de présence 2023 de l'espèce, produits par le préfet, que le blaireau est réparti de manière homogène sur le territoire départemental et que le nombre d'individus relevés s'établit à un niveau faible, les données ayant permis la réalisation de cette carte ayant été collectées en 2021, 2022 et 2023. Pour justifier son arrêté et établir la présence importante du blaireau sur le département, le préfet ne peut se prévaloir d'une étude de l'office national de la chasse et de la faune sauvage qui date de 2016 et dont les conclusions sont contradictoires à la précédente. De même, les relevés d'observations de blaireaux effectués par la fédération de chasseurs sur 32 communes de l'Artense ne peuvent suffire à estimer la population totale sur l'ensemble du département. Enfin, le fait que les données relatives au nombre de prélèvements réalisés sont stables depuis 2015, à l'exception de la période d'épidémie de Covid-19, permet seulement d'affirmer que les blaireaux sont toujours présents sur le territoire sans attester de l'état de conservation et la dynamique de reproduction de l'espèce. Par suite, l'arrêté en litige est de nature à porter atteinte au bon état de conservation de l'espèce et méconnaît les dispositions de l'article L. 420-1 du code de l'environnement.
10. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les associations requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a autorisé l'exercice de la vénerie sous terre du blaireau du 7 juillet 2023 au 15 janvier 2024.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés par les associations requérantes et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme est admise.
Article 2 : L'arrêté du 30 juin 2023 du préfet du Puy-de-Dôme est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association France Nature Environnement du Puy-de-Dôme, représentante désignée pour l'ensemble des associations requérantes, à la fédération départementale des chasseurs du Puy-de-Dôme et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caroline Bentéjac, présidente,
M. Jean-Michel Debrion, premier conseiller,
M. Christophe Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
C. A
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2301694
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026