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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301770

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301770

jeudi 7 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301770
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2023, Mme B D A, représentée par Me Gauché, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer le dossier sur la base duquel la décision contestée a été prise ;

3°) d'annuler la décision du 29 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, l'a astreinte, pendant le délai de départ volontaire, à résider dans l'arrondissement de Riom et à se présenter auprès des services de la gendarmerie d'Aigueperse les lundis à 9h30 et l'a obligée à remettre ses documents d'identité et de voyages à l'administration ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été édictée en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait au regard du 9° de l'article

L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par le rejet de sa demande d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les critères pris en compte par le préfet sont seulement relatifs à la fixation de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

En ce qui concerne l'obligation de remise de ses documents d'identité :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour édicter une telle obligation ;

En ce qui concerne les mesures de surveillance :

- elles sont illégales par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour édicter de telles mesures.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit, le 7 août 2023, les pièces sur le fondement desquelles l'arrêté en litige a été édicté.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 septembre 2023 :

- le rapport de Mme C,

- Me Bourg, substituant Me Gauché, avocat de Mme A, et qui s'en rapporte à ses écritures.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, est entrée en France le 13 janvier 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 janvier 2023 et par la Cour nationale du droit d'asile le 25 mai 2023. Par une décision du 29 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'un an, l'a astreinte, pendant le délai de départ volontaire, à résider dans l'arrondissement de Riom et à se présenter auprès des services de la gendarmerie d'Aigueperse les lundis à 9h30, et l'a obligée à remettre ses documents d'identité et de voyages à l'administration. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par l'intéressée ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, Mme A a pu présenter les observations sur sa situation qu'elle estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Elle n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêchée de présenter des observations ou de fournir des documents avant que soit prise la décision attaquée. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire.

4. En deuxième lieu, si Mme A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit par suite être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français, l'astreignant à résider dans l'arrondissement de Riom et à se présenter les lundis à 9h30 aux services de gendarmerie pendant le délai de départ volontaire, et l'obligeant à remettre ses documents d'identité aux autorités administratives.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du

Puy-de-Dôme se serait estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile pour fixer le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. Contrairement à ce que fait valoir la requérante, il résulte des dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet examine la situation de l'étranger à l'aune des quatre critères prévus par ces dispositions pour fonder tant le principe de l'interdiction de retour sur le territoire français que sa durée. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.

9. En dernier lieu, les décisions portant obligation de résidence dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand, de pointage et de remise des documents d'identité en litige comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée pour édicter de telles mesures de sorte que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 septembre 2023.

La présidente,

S. CLe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2301770

JC

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