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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301795

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301795

jeudi 7 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Bourg, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer le dossier sur la base duquel la décision contestée a été prise ;

3°) d'annuler la décision du 29 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, et l'a astreint, pendant le délai de départ volontaire, à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand et à se présenter auprès des services de police les jeudis à 11 heures ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision du 29 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français ;

5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

6°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

7°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il a contesté la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que sa femme n'est pas dans la même situation administrative que lui ;

- ces erreurs de fait révèlent un défaut d'examen de sa situation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par le rejet de sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entaché d'erreur de droit dès lors que le préfet s'estime tenu de prononcer systématiquement une telle mesure ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les éléments motivant la décision du préfet ne justifient pas la nécessité d'édicter une telle mesure ;

En ce qui concerne l'assignation à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet l'a édicté de façon automatique, quand bien même prononcer une telle assignation est une faculté ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il a contesté la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la Cour nationale du droit d'asile est saisie d'un recours.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit, le 7 août 2023, le dossier sur la base duquel la décision contestée a été prise.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 21 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 septembre 2023 :

- le rapport de Mme D,

- Me Bourg, avocate de M. B, présent et assisté de Mme C, interprète en arménien.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant arménien, est entré en France le 12 janvier 2022, accompagné de son épouse et de leur enfant mineur. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 avril 2023. Par une décision du

29 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'un an et l'a astreint, pendant le délai de départ volontaire, à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand et à se présenter auprès des services de police les jeudis à 11 heures. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'acte attaqué, dans l'ensemble des décisions qui le composent, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. B soutient que la décision en litige est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle mentionne qu'il n'a pas contesté la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et que sa femme est dans la même situation administrative que lui. Toutefois, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. B fait également l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée par le préfet du Puy-de-Dôme le 29 juin suite au rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 avril 2023. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si M. B a introduit un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, cette circonstance est postérieure à la décision en litige et n'a en tout état de cause aucune incidence sur son droit au maintien. Par suite, ce moyen doit être écarté. Par ailleurs, pour les mêmes raisons, M. B n'est pas fondé à soutenir que ces erreurs révèlent un défaut d'examen de sa situation.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré récemment en France, le 12 janvier 2023. Si son épouse et leur enfant mineur sont également présents en France, il ressort des pièces du dossier que son épouse, de même nationalité, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et M. B n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Arménie. Dans ces conditions, le requérant n'apporte aucun élément démontrant qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et alors que la mesure en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer le requérant de son enfant, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît

l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du

Puy-de-Dôme se serait estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile pour fixer le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, M. B fait valoir qu'il est exposé à des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine, liées à son opposition à sa participation à l'activité militaire de son pays, et que son épouse a, de ce fait, été agressée. Il se borne toutefois à produire la copie de son entretien devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et n'apporte aucune précision ni aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité de ses craintes en cas de retour en Arménie alors, au demeurant, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.

10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision contestée que le préfet du Puy-de-Dôme s'est, pour prendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée et en fixer la durée, fondé sur les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a tenu compte des critères cités à l'article L. 612-10 précité dès lors qu'il précise que si M. B n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il est toutefois entré récemment en France où il n'a pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables. Par suite, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet a édicté cette mesure de manière systématique et non motivée, de sorte que le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de M. B, ni d'erreur d'appréciation en édictant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

12. En dernier lieu, le préfet du Puy-de-Dôme a contraint M. B à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pendant le délai de départ volontaire qui lui a été accordé. Cette mesure a été prise en application des dispositions de l'article L. 721-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne saurait être regardée comme constituant une assignation à résidence au sens de l'article L. 752-1 du même code. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

13. Le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, fait valoir qu'il craint un retour en Arménie en raison de son opposition à participer à l'activité militaire de son pays. Toutefois, il ne produit dans la présente instance aucun élément, ni ne donne plus de détails sur les craintes dont il se prévaut, permettant d'établir qu'il existerait un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de refus d'asile opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il n'est par suite pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation ou, à tout le moins, la suspension de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet

du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 septembre 2023.

La présidente,

S. DLe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No2301795

JC

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