mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301808 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023, Mme A E B, représentée par Me Pignaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 avril 2023 par laquelle la préfète de l'Allier a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète de l'Allier n'a pas préalablement saisi la commission départementale du titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Un mémoire en défense présenté pour la préfète de l'Allier, non communiqué, a été enregistré le 2 septembre 2024, après la clôture de l'instruction intervenue trois jours francs avant la date indiquée sur l'avis d'audience, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bader-Koza, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E B, ressortissante gabonaise, est entrée en France le 24 janvier 2022 sous couvert d'un visa de type C, valable du 21 janvier 2022 au 20 avril 2022. A l'expiration de son visa, l'intéressée a sollicité un titre de séjour, mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 17 avril 2023, la préfète de l'Allier a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Mme B expose qu'elle a vécu en concubinage avec un ressortissant français avec qui elle projetait de s'installer en France avant le décès prématuré de celui-ci en 2021 des suites d'une infection à la covid-19. De leur union sont nés deux enfants majeurs qui, à la date de la décision attaquée, poursuivaient une scolarité sur le territoire français. Enfin, Mme B fait valoir qu'elle dispose d'attaches avec la famille de M. C et qu'elle en est, a contrario, dépourvue sur le territoire gabonais. Toutefois, il est constant qu'à la date de la décision attaquée, l'entrée en France de Mme B était particulièrement récente, en date du 24 janvier 2022 et qu'elle a vécue dans son pays d'origine, le Gabon, jusqu'à l'âge de 49 ans. Si l'intéressée indique à ce titre qu'elle était amenée à revenir régulièrement en France dans le cadre de sa relation, elle ne l'établit pas. Par ailleurs et alors que ses deux enfants majeurs sont installés en France, la requérante ne démontre pas non plus la nécessité de sa présence auprès d'eux. Enfin, si Mme B produit au dossier une attestation rédigée par sa tante, ce seul élément ne saurait être de nature à démontrer, par lui-même, que l'intéressée est dépourvue d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine. Par suite, en édictant l'arrêté attaqué, la préfète de l'Allier n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Il s'en suit que les moyens soulevés en ce sens ne peuvent qu'être écartés.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les dispositions visées par ce texte.
6. Au regard de ce qui a été énoncé au point 4, et compte tenu de sa situation, Mme B ne rentre pas dans l'une des hypothèses visées par l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De ce fait, le préfet n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige en date du 17 avril 2023. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E B et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Brun, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
S. BADER-KOZA
L'assesseure la plus ancienne,
M. JAFFRÉ
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
zr
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