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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301809

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301809

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3
Avocat requérantREMEDEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juillet 2023, M. B D A, représenté par Me Remedem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des articles L. 581-2 et L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- l'administration n'a pas fait usage de ses pouvoirs d'instruction pour l'examen de sa demande en s'abstenant de lui demander de la compléter ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que sa date et son lieu de naissance mentionnés dans la décision attaquée sont erronés ;

- elle méconnaît les articles L. 581-2 et L. 581-3 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en effet, il est marié avec une ressortissante Ukrainienne bénéficiaire de la protection ukrainienne et justifie de la réalité de leur union ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision n'est pas justifiée par un besoin social impérieux et que ses conséquences seraient disproportionnées par rapport à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, qui ont été enregistrées le 8 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2001/155CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaffré a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen, qui déclare être entré en France le 5 avril 2023 après avoir quitté l'Ukraine, a présenté le 11 avril 2023 une demande d'autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 29 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation () ".

3. Si M. A a présenté dans sa requête introductive d'instance des conclusions tendant à ce qu'il soit admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'a toutefois pas déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté :

4. L'arrêté attaqué a été signé par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 27 décembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, et accessible tant aux parties qu'au juge. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, il appartient au ressortissant étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour de faire valoir l'ensemble des considérations à l'appui de sa demande et d'apporter l'ensemble des éléments qui justifient, selon lui, que lui soit délivré le titre de séjour sollicité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu l'étendue de ses prérogatives en ne le sollicitant pas afin d'obtenir des éléments complémentaires quant au bien-fondé de sa demande de titre de séjour.

6. En deuxième lieu, l'incohérence relative à la date et au lieu de naissance du requérant mentionnés dans la décision litigieuse doit être regardée comme le produit d'une simple erreur matérielle sans incidence sur la légalité de cette décision.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice du régime de la protection temporaire est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire, fixant la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur et contenant notamment les informations communiquées par les Etats membres de l'Union européenne concernant leurs capacités d'accueil. " Aux termes de l'article L. 581-3 du même code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. ".

8. D'autre part, la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil de l'Union européenne du 4 mars 2022 a constaté l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE visée ci-dessus, et introduit une protection temporaire au bénéfice des catégories de personnes énumérées en son article 2, selon lequel : " 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 ; () / et, c) les membres de la famille des personnes visées aux points a) et b). / 2. Les États membres appliquent la présente décision ou une protection adéquate en vertu de leur droit national à l'égard des apatrides, et des ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui peuvent établir qu'ils étaient en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables. / () 4. Aux fins du paragraphe 1, point c), les personnes suivantes sont considérées comme membres de la famille, dans la mesure où la famille était déjà présente et résidait en Ukraine avant le 24 février 2022 : a) le conjoint d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b), ou le partenaire non marié engagé dans une relation stable, lorsque la législation ou la pratique en vigueur dans l'État membre concerné traite les couples non mariés de manière comparable aux couples mariés dans le cadre de son droit national sur les étrangers; () ".

9. Pour refuser à M. A le titre de séjour sollicité, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas avoir été titulaire d'un titre de séjour permanent ukrainien à la date du 24 février 2022 et n'établissait pas le caractère stable de la relation de concubinage dont il se prévaut avec une ressortissante ukrainienne. Le préfet a estimé que le requérant ne pouvait pas se prévaloir d'un droit à la reconnaissance d'une protection temporaire ni au titre de l'article 2-1 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022, ni au titre de l'article 2-2 de cette décision.

10. Si le requérant soutient que le préfet n'a pas porté d'appréciation relative à la possibilité pour lui de rentrer dans son pays dans des conditions sûres et durables, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, comme il vient d'être dit, l'existence d'une telle possibilité n'est pas le fondement du refus de titre de séjour litigieux. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer l'absence d'examen de la possibilité de rentrer dans des conditions sûres et durables dans son pays d'origine.

11. Le requérant fait valoir qu'il est marié à une ressortissante ukrainienne avec qui il entretenait une relation stable et durable depuis le 7 août 2020. Toutefois, le requérant ne produit, au soutien de ses allégations, qu'un document administratif ukrainien non traduit, quelques photos et quelques échanges de messages capturés sur un écran de téléphone. Ces éléments ne sauraient démontrer le caractère stable et durable de la relation qu'entretient M. A avec sa compagne de nationalité ukrainienne.

12. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne démontre pas qu'il est en situation de se voir délivrer de plein droit une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 581-2 et L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

14. Le requérant invoque la relation qui le lie avec une ressortissante ukrainienne bénéficiaire de la protection subsidiaire. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

15. En dernier lieu, le requérant n'établit aucunement, ni même n'allègue, qu'il aurait sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il ne peut utilement soutenir que le préfet aurait dû examiner sa demande à ce titre.

En ce qui concerne le moyen propre à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, en se bornant à soutenir qu'il n'apparaît pas que la décision soit justifiée par un besoin social impérieux et que ses conséquences ne seraient pas disproportionnées par rapport à son droit de suivre des soins, le requérant n'apporte aucune précision en fait et en droit permettant de contester utilement la légalité de la décision en litige.

17. En second lieu, il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas fait un examen particulier de la situation du requérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

18. En se bornant à indiquer que le préfet ne s'est nullement attaché à s'assurer de sa sécurité personnelle et de sa santé future en cas de retour dans son pays d'origine et en faisant état, de manière générale, du contexte sécuritaire en Guinée et plus largement dans les régions environnantes, le requérant n'établit pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé dans son pays d'origine à un risque réel, direct, et sérieux pour sa vie ou sa liberté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du 29 juin 2023 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bader-Koza, présidente du tribunal,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Brun, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

S BADER-KOZA La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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