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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301831

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301831

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSHVEDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2023, M. B D, représenté par Me Shveda, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 13 juillet 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que,

la décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- n'a pas été précédée d'un examen réel et complet de sa situation dès lors que l'autorité préfectorale s'est contentée de reprendre les termes de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

l'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

la décision fixant le pays d'éloignement :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.

Une ordonnance du 8 septembre 2023 a fixé la clôture d'instruction au 29 septembre 2023.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Jurie.

Considérant ce qui suit :

1. Par des décisions en date du 13 juillet 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à M. D, ressortissant géorgien, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant à son admission à cette aide à titre provisoire.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

3. La décision attaquée est signée par M. C, sous-préfet de l'arrondissement d'Issoire, qui bénéficiait d'une délégation de signature selon un arrêté du 27 décembre 2022 du préfet du Puy-de-Dôme, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de cette préfecture, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Puy-de-Dôme à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives au droit au séjour et à l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, et alors que le requérant ne conteste pas l'empêchement du secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit, ainsi, être écarté.

4. La circonstance que le préfet du Puy-de-Dôme ait repris à son compte les termes de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), par elle-même et à elle seule, ne tend pas à établir que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

6. Par un avis du 22 novembre 2022, le collège de médecins de l'OFII, saisi dans le cadre de la demande de titre de séjour présentée par M. D, a estimé que son état de santé nécessitait des soins dont le défaut n'était pas susceptible d'entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine.

7. Le requérant fait valoir qu'il est atteint d'un handicap moteur, qu'il est présent sur le territoire français depuis quatre ans et qu'il y bénéficie d'une prise en charge médicale. Toutefois, s'il ressort des certificats médicaux produits par M. D qu'il est atteint d'une paraparésie, aucun des éléments dont il se prévaut devant le tribunal concernant son état de santé et notamment l'attestation établie par le docteur A le 28 avril 2021 qui se borne à indiquer que " l'absence de soins aurait des conséquences sérieuses pour le patient ", ne tend à démentir l'avis du 22 novembre 2022 du collège de médecins de l'OFII, selon lequel le défaut de soins ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, selon l'avis du 22 novembre 2022, son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ne peut utilement se prévaloir de ce que l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé de la Géorgie ne permettent pas sa prise en charge effective. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3 du présent jugement.

10. L'obligation de quitter le territoire français dont la motivation se confond avec celle du refus de titre de séjour qui la fonde comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, par suite, est suffisamment motivée.

11. L'autorité préfectorale n'avait pas l'obligation de mettre M. D en mesure de présenter d'autres observations préalablement à la mesure d'éloignement qu'elle envisageait. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait été dans l'impossibilité de faire valoir ses observations à l'occasion de l'instruction de sa demande de titre de séjour dans le cadre du réexamen de sa situation par le préfet du Puy-de-Dôme à la suite du jugement susmentionné du 2 juillet 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 du présent jugement, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions, en vigueur à la date de l'édiction de cette dernière, du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision fixant le pays d'éloignement d'office :

13. La décision par laquelle l'autorité préfectorale a fixé le pays à destination duquel M. D pourra être éloigné d'office comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Le requérant expose qu'il a fait valoir devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le risque d'être la cible d'une atteinte grave à sa vie en raison de persécutions et qu'il craint dès lors de subir des atteintes graves constitutives de traitements inhumains et dégradants. Toutefois, aucun des éléments produits devant le tribunal ne tend à corroborer ces allégations. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D encourrait personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en déterminant son pays d'éloignement, l'autorité préfectorale aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. D.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2301831

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