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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301833

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301833

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Khanifar demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2023 en tant que le préfet du Cantal lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cantal, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement sous astreinte de trente euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision contestée est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet du Cantal a estimé qu'elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours :

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire supérieure à trente jours est insuffisamment motivée en fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2023, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bollon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante albanaise née le 1er mars 1955, est entrée en dernier lieu le 11 janvier 2020 sur le territoire français. Le 3 août 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 16 mai 2023, le préfet du Cantal a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée fait état de la situation personnelle de Mme A depuis son entrée sur le territoire français avant de considérer que la requérante " ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel ". La décision contestée comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée et le moyen doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet a pleinement examiné le droit au séjour de la requérante sur ce fondement. Par suite, et quand bien même le préfet du Cantal aurait qualifié la demande de demande " d'admission exceptionnelle au séjour ", le moyen tiré de " l'erreur manifeste d'appréciation " doit être écarté.

4. En dernier lieu, Mme A soutient que le centre de ses intérêts se situe désormais sur le territoire français auprès de sa fille et de son gendre qui l'hébergent. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle était présente en France depuis seulement un peu plus de trois ans à la date de l'arrêté en litige et que son époux fait également l'objet d'une mesure d'éloignement du même jour. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas d'une insertion tant personnelle que professionnelle particulièrement notable en France. Par suite, Mme A, qui a vécu jusqu'à l'âge de soixante-quatre dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée le préfet du Cantal a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./ L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

6. Le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de droit commun prévu par les dispositions précitées. Ainsi, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou justifie d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire une telle prolongation, ce que Mme A n'établit pas, ni même n'allègue. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel le préfet du Cantal lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Cantal.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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