vendredi 18 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301882 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | REMEDEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 août 2023, M. A E D, représenté par la SCP Blanc-Barbier - Vert - Remedem, Me Remedem, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 juillet 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui permettre de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides d'une demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il n'est pas justifié d'une délégation en faveur des agents ayant procédé à l'examen de sa demande d'asile pour solliciter les autorités espagnoles ;
- il a été édicté en méconnaissance des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il n'a pas été informé de ses droits dans le cadre de la procédure engagée à son encontre ; l'autorité préfectorale n'établit pas que l'entretien a bien eu lieu ou qu'il a été réalisé par un agent compétent ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié de la délégation accordée à l'agent instructeur, et que la préfète n'a pas examiné la possibilité de l'admettre au séjour ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 août 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Luyckx, magistrate désignée,
- les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant kenyan, est entré en France, selon ses déclarations, le 14 février 2023, pour intégrer la Légion étrangère. Son contrat ayant été dénoncé en raison d'une incompatibilité médicale, il a effectué une demande d'asile auprès de la préfecture du
Puy-de-Dôme le 23 juin 2023. La consultation du fichier européen Vis et de son passeport a mis en évidence que M. D est entré en UE le 8 février 2023 via l'Espagne au moyen d'un visa espagnol valable jusqu'au 19 avril 2023. Les autorités espagnoles ont été saisies le 4 juillet 2023 d'une demande de prise en charge en application des dispositions de l'article 12 du règlement européen susvisé du 26 juin 2013 et ont expressément accepté, le 10 juillet 2023, de reprendre en charge l'intéressé, en application de l'article 22 du règlement européen (UE) n° 604/2013. Par un arrêté du 24 juillet 2023, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône a décidé de son transfert vers l'Espagne.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté du 31 mai 2023, régulièrement publié le 1er juin 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Rhône, la préfète du Rhône a donné délégation à Mme B, adjointe à la chef du pôle régional Dublin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les " mesures afférentes au transfert des demandeurs d'asile placés sous procédure Dublin ". Par ailleurs, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'incompétence des agents ayant procédé à l'examen de sa demande d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'incompétence des agents ayant procédé à l'examen de sa demande d'asile doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et a été pris au terme de la procédure prévue par le règlement susvisé incluant l'audition de la personne. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté, de même que celui tiré du défaut d'examen particulier de sa situation.
4. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé que : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite () dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () ", notamment en lui communiquant des brochures standardisées d'information relatives à l'application de ce règlement, aux critères de détermination de l'Etat responsable, à l'entretien individuel, à la possibilité de contester la décision de transfert, et aux règles concernant la collecte et l'accès aux données informatisées. Ces informations sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Aux termes de l'article 5 du règlement UE n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D s'est vu délivrer, à l'occasion de l'enregistrement de sa demande, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, qui ont été délivrées en anglais, langue officielle du Kenya, que l'intéressé a déclaré savoir lire, constituent les documents mentionnés à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et contiennent l'intégralité des informations prévues par cet article. Enfin, elles ont été remises à M. D le 23 juin 2023, comme en atteste sa signature sur ces documents, soit en temps utile avant que n'intervienne la décision en litige. D'autre part, M. D a signé le résumé d'entretien dont il a bénéficié le même jour en application de l'article 5 du règlement susvisé, par lequel il a attesté avoir reçu tous les renseignements utiles et n'avoir aucune observation supplémentaire à faire. Aucun élément du dossier ne permet par ailleurs d'établir que cet entretien individuel n'aurait pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité, ni qu'il aurait été mené par un agent non qualifié en vertu du droit national, le résumé de cet entretien mentionnant au contraire que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture du Puy-de-Dôme ". Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune disposition applicable que la préfète du Rhône aurait eu l'obligation d'examiner la possibilité d'admettre M. D au séjour, de sorte que celui-ci ne saurait sérieusement faire grief à cette autorité de s'être abstenue de procéder à un tel examen. Comme il a été dit, aucune disposition ne prévoit de donner une délégation de compétence particulière à l'agent instructeur de la procédure en litige. Le moyen tiré du vice de procédure doit en tout état de cause être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. La décision attaquée est fondée sur les dispositions de l'article 12 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013, disposant que : " Si le demandeur est seulement titulaire () d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres ", lesquels paragraphes impliquent que l'Etat ayant délivré le visa est responsable de l'examen de la demande de protection internationale.
8. L'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, a pour objet de définir les modalités et délais de transfert du demandeur vers l'Etat membre compétent, en indiquant que ce transfert doit être réalisé au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par cet État, ou de la décision définitive sur le recours du demandeur. Il s'ensuit que le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ce délai, en soutenant que l'Espagne ne serait plus responsable, alors que ledit délai n'est en tout état de cause pas expiré à la date de la décision attaquée ni même du présent jugement.
9. Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".
10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. En dernier lieu, si M. D produit le compte-rendu d'un scanner abdomino-pelvien faisant apparaitre un syndrome de jonction pyélo-urétérale, d'une part, il ne démontre part suivre un traitement médical concernant cette pathologie et, d'autre part, cette seule circonstance ne saurait suffire à établir que la préfète du Rhône, en décidant de son transfert vers l'Espagne, aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les stipulations de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Il n'est en effet pas établi qu'un éventuel suivi médical de M. D ne pourrait pas être poursuivi en Espagne, et il ne ressort d'aucune disposition que l'état de santé du requérant aurait rendu obligatoire l'examen de sa demande d'asile par la France. Il n'est pas davantage établi par les seules allégations du requérant que l'Espagne ne serait pas en mesure d'apporter toutes les garanties requises à l'examen de sa demande d'asile.
12. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de transfert du 24 juillet 2023. Par suite, la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
14. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.
15. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne se prévaut d'aucun motif justifiant sa demande d'asile mais a seulement déclaré être venu en France pour intégrer la Légion étrangère, dans l'espoir probable d'une admission au séjour, et que c'est à la suite de sa réformation qu'il a présenté une demande d'asile. Il résulte également des motifs du présent jugement que la requête de M. D ne comporte à l'encontre de la décision attaquée que des moyens de légalité externe manifestement infondés et péremptoires, ainsi que des moyens de légalité interne inopérants ou manifestement infondés. Dans ces conditions, son action doit dès lors être regardée comme manifestement infondée en application des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, de sorte qu'il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2023.
La magistrate désignée,
N. LUYCKX
Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°230188fre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026