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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301884

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301884

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantALLIES AVOCATS - COTTIER DAFFY SABATINI TRESPEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 août 2023, le 5 octobre 2023, le 31 décembre 2023 et un mémoire récapitulatif enregistré le 7 mars 2024, produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, Mme B A, représentée par la SELAS Alliés avocats, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le président du conseil départemental de l'Allier a procédé au retrait de son agrément d'assistante maternelle .

Elle soutient, aux termes de son mémoire récapitulatif, que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'un vice de procédure, dès lors que la commission consultative paritaire départementale d'assistants maternels et familiaux était irrégulièrement composée ;

- est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il a en réalité été pris sur le seul fondement de son activité syndicale ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- est entaché d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2023, le département de l'Allier, représenté par la SCP Teillot et associés, avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 15 février 2024 a fixé la clôture d'instruction au même jour en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Marion, représentant le département de l'Allier.

Considérant ce qui suit :

1. Par des arrêtés successifs, dont le dernier est daté du 23 janvier 2023, le président du conseil départemental de l'Allier a accordé à Mme A un agrément en qualité d'assistante maternelle. Par un arrêté en date du 13 juin 2023, la même autorité a procédé au retrait de cet agrément. Par un courrier du 16 juin 2023, Mme A a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par une décision en date du 11 juillet 2023, l'autorité départementale a expressément rejeté ce recours. La requérante demande l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2023 retirant son agrément d'assistante maternelle.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne la composition de la commission paritaire consultative départementale :

2. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles : " () / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / () / La composition, les attributions et les modalités de fonctionnement de la commission présidée par le président du conseil départemental ou son représentant, mentionnée au troisième alinéa, sont définies par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 421-27 du même code : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département. / Le président du conseil départemental fixe par arrêté le nombre des membres de la commission qui peut être de six, huit ou dix en fonction des effectifs des assistants maternels et des assistants familiaux agréés résidant dans le département ". Aux termes de l'article R. 421-29 dudit code : " Les représentants du département, outre le président du conseil départemental ou son représentant, sont des conseillers départementaux ou des agents des services du département désignés par le président du conseil départemental. Chacun d'eux dispose d'un suppléant désigné dans les mêmes conditions ". Aux termes de l'article R. 421-34 de ce code : " La commission se réunit sur convocation de son président et au moins une fois par an. / Elle émet ses avis à la majorité des membres présents ; en cas de partage égal des voix, la voix du président est prépondérante () ".

3. La requérante soutient que la commission consultative paritaire départementale saisie préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ne siégeait pas paritairement dès lors que deux représentants des assistants maternels et familiaux et cinq représentants du département de l'Allier ont participé aux débats et que deux représentants des mêmes assistants et trois représentants du département ont pris part au délibéré. Selon le procès-verbal de la séance du 8 juin 2023, au cours de laquelle a été évoqué le retrait d'agrément de Mme A, la commission consultative paritaire départementale était composée de trois représentants du département ainsi que de trois représentants des assistants maternels et familiaux. En outre, s'il ne ressort pas dudit procès-verbal que la cheffe du service protection maternelle et infantile ainsi que la secrétaire de séance aient pris part au vote concernant l'avis rendu sur le retrait de l'agrément de Mme A, il n'en demeure pas moins qu'aux termes de ce même procès-verbal trois représentants du département et seulement deux représentants des assistants maternels et familiaux ont pris part à ce vote. Toutefois, s'il résulte des dispositions citées au point 2 du présent jugement que la règle de la parité s'impose pour la composition de la commission consultative paritaire départementale, en revanche, la présence effective en séance d'un nombre égal de représentants du département et de représentants des assistants maternels et familiaux agréés résidant dans le département ne conditionne pas la régularité de la consultation de cette commission, dès lors que ni les dispositions précitées, ni aucune autre règle, ni enfin aucun principe ne subordonnent la régularité des délibérations de la commission consultative paritaire départementale à la présence en nombre égal de représentants du département et de représentants des assistants maternels et familiaux agréés. Dans ces conditions, le moyen tiré de la composition irrégulière de la commission consultative paritaire départementale ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la matérialité des faits imputés à Mme A :

4. Pour retirer l'agrément d'assistante maternelle de Mme A, l'autorité départementale lui a reproché une posture professionnelle inappropriée vis-à-vis des enfants accueillis, une absence de remise en question, un manquement à l'obligation de discrétion professionnelle ainsi que le dénigrement récurent de parents, de collègues et de professionnels du relais petite enfance et de la protection maternelle et infantile.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'entre le mois de mars 2015 et le mois de mars 2023, Mme A a fait l'objet d'un signalement adressé au centre de protection maternelle et infantile de Montluçon, d'une " note d'information " et de quatre rapports d'évaluation de ses pratiques diligentés par les services du département de l'Allier et qu'entre le 10 février 2023 et le 17 mars 2023, deux " fiches individuelles enfant " en forme de signalement ont été établies concernant son activité d'assistante maternelle. Dans ce cadre, plusieurs parents reçus en entretien par les services de la protection maternelle et infantile de l'Allier, identifiés nommément ou dont les propos ont été retranscrits sous couvert de l'anonymat, ont témoigné de manière convergente du ton parfois déplacé que Mme A pouvait adopter à leur égard, du dénigrement en leur présence par l'intéressée du physique ou du comportement de certains enfants qui lui étaient confiés et, à l'unanimité des parents ayant témoigné, des lacunes dans la prise en charge de leurs enfants caractérisées notamment par sa défaillance à assurer correctement leur hygiène corporelle ainsi que la propreté de leurs effets et par la vulgarité avec laquelle elle s'adressait à ces enfants en certaines occasions. En outre, il ressort des notes et rapports d'évaluation susmentionnés que de manière constante sur toute la période concernée, Mme A n'a fait preuve d'aucune capacité de remise en cause et d'aucune souplesse dans ses relations professionnelles, sa rigidité la conduisant à poser des exigences à l'égard de tous ses partenaires de travail, tant envers les parents qui l'employaient qu'elle jugeait en permanence, que vis-à-vis des services de la protection maternelle et infantile ou du relais petite enfance dont elle remettait régulièrement en cause l'utilité et avec lesquels elle collaborait peu et entretenait des relations ainsi que des échanges pouvant être tendus. Par ailleurs, aux termes des mêmes rapports d'évaluation, l'intéressée éprouvait des difficultés récurrentes à s'adapter aux problématiques propres à certains enfants ce qui la conduisait à agir de manière inappropriée à leur égard, voire à opérer une sélection des parents susceptibles de l'employer en fonction de la conduite de leurs enfants. Ainsi, le rapport d'évaluation établi au mois d'avril 2019 mentionne qu'à plusieurs reprises l'intéressée a été amenée, devant les agents de la protection maternelle et infantile, à imputer les comportements des enfants qu'elle estimait anormaux aux faiblesses éducatives de leurs parents en précisant que, selon les circonstances, soit elle arrivait à réprimer ces comportements, soit elle " démissionnait " en mettant un terme à l'accueil de l'enfant concerné. Il ressort également de ces documents que les agents de la protection maternelle et infantile ont constaté, d'une part, que Mme A a été amenée à communiquer par erreur des photographies d'un enfant qu'elle accueillait à des parents qui n'étaient pas les siens ou à utiliser dans son projet d'accueil, bien que ce dernier puisse être consulté par des tiers, certaines des photographies des enfants qui lui avaient été confiés où ils étaient identifiables, mais que, d'autre part, tout en reconnaissant ces faits, l'intéressée en minorait les conséquences en se bornant à rétorquer qu'elle n'accueillait plus les enfants en cause. Enfin, si Mme A se prévaut de plusieurs attestations de parents témoignant de leur satisfaction à son égard et de son professionnalisme, ces déclarations qui ne concernent qu'une part superficielle de l'activité de l'intéressée, ne suffisent pas, par elles-mêmes et à elles seules, à remettre en cause la matérialité des faits relevés par l'autorité départementale quant à son attitude et ses agissements. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le retrait de son agrément d'assistante maternelle est entaché d'erreur de fait.

En ce qui concerne l'appréciation de la situation de Mme A :

6. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article R. 421-3 du même code : " Pour obtenir l'agrément d'assistant maternel ou d'assistant familial, le candidat doit : / 1° Présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif () ". Aux termes de l'article R. 421-5 dudit code : " Les entretiens avec un candidat à des fonctions d'assistant maternel ou avec un assistant maternel agréé et les visites à son lieu d'exercice doivent permettre d'apprécier, au regard des critères précisés dans le référentiel figurant à l'annexe 4-8 du présent code, si les conditions légales d'agrément sont remplies () ". Aux termes de l'annexe 4-8 dudit code : " () pour l'exercice de la profession d'assistant maternel () il convient de prendre en compte () / La capacité à appliquer les règles relatives à la sécurité de l'enfant accueilli (). / La capacité à appliquer les règles relatives à l'hygiène, notamment alimentaire, et à respecter les interdictions alimentaires signalées par les parents (). / L'aptitude à la communication et au dialogue nécessaire pour l'établissement de bonnes relations avec l'enfant, ses parents et les services départementaux de protection maternelle et infantile. / Les capacités d'écoute et d'observation. / Les capacités d'information des parents et d'échange avec eux au sujet de l'enfant, en particulier sur le déroulement de sa journée d'accueil (). / Les capacités et les qualités personnelles pour accueillir de jeunes enfants dans des conditions propres à assurer leur développement physique et intellectuel et les aptitudes éducatives. / La capacité à percevoir et prendre en compte les besoins de chaque enfant, selon son âge et ses rythmes propres, pour assurer son développement physique, intellectuel et affectif et à mettre en œuvre les moyens appropriés, notamment dans les domaines de l'alimentation, du sommeil, du jeu, des acquisitions psychomotrices, intellectuelles et sociales (). / La capacité à poser un cadre éducatif cohérent, permettant l'acquisition progressive de l'autonomie, respectueux de l'intérêt supérieur de l'enfant et des attentes et principes éducatifs des parents, favorisant la continuité des repères de l'enfant entre la vie familiale et le mode d'accueil () ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

8. Compte tenu des constatations de fait suffisamment nombreuses, circonstanciées et concordantes opérées par l'autorité départementale à l'encontre de Mme A, énoncées au point 5 du présent jugement, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le président du conseil départemental de l'Allier a pu relever que l'intéressée ne présentait plus les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à garantir leur sécurité, leur santé et leur épanouissement et qu'il a prononcé en conséquence le retrait de son agrément d'assistante maternelle.

En ce qui concerne la prise en compte de la position syndicale de Mme A :

9. La requérante fait valoir qu'à plusieurs reprises sa qualité de déléguée syndicale a été mise en avant par l'autorité départementale et qu'il lui a été reproché de présenter une assurance exacerbée en raison de son rôle de secrétaire au sein d'un syndicat et de jouer de l'influence que lui conférait cette position. Mme A en déduit que le retrait de son agrément d'assistante maternelle trouve en réalité son origine dans son engagement syndical. Toutefois, ainsi qu'il a été énoncé précédemment, le président du conseil départemental de l'Allier s'est borné, par la décision attaquée, à relever que l'intéressée ne remplissait plus les conditions propres à garantir la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs qui lui étaient confiés. Dès lors, la seule circonstance que plusieurs rapports concernant l'activité de Mme A ont constaté une posture consistant à s'affirmer par ses fonctions syndicales ne suffit pas, par elle-même et à elle seule, à corroborer qu'en lui retirant son agrément d'assistante maternelle l'autorité départementale aurait en réalité cherché à sanctionner son activité syndicale. Par suite, le détournement de pouvoir, tel que soulevé par la requérante, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions du département de l'Allier présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à l'encontre de la requérante doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département de l'Allier tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

S. BADER-KOZA

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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