vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 août 2023, Mme B A, représentée par Me Khanifar, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme sous astreinte de trente euros par jour de retard à compter d'un délai de deux mois suivant la notification du jugement, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les voies de recours portées à sa connaissance sont erronées ;
- le préfet ne s'est pas interrogé sur sa situation entre le 7 juin 2021 et la date de la décision attaquée ;
- il appartenait au préfet de s'interroger sur le fait de savoir si elle pouvait se voir délivrer un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;
- il appartenait au préfet de l'interroger sur le point de savoir si elle justifiait de circonstance justifiant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 8 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2024.
Le préfet a produit des pièces le 17 septembre 2024 qui n'ont pas été examinées.
Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bollon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 1er septembre 1999 est entrée sur le territoire français le 23 août 2015. Le 7 juin 2021, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par une décision du 11 juillet 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le certificat sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, si la requérante soutient que les mentions portées sur la décision attaquée quant aux voies de recours sont erronées, une telle circonstance n'a, en tout état de cause, pour seul effet que de rendre inopposable le délai de recours contentieux. Ce moyen doit dès lors être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, si la requérante soutient que le préfet ne s'est pas interrogé sur sa situation entre le 7 juin 2021, date de sa demande de titre de séjour, et le 11 juillet 2023, date de la décision en litige, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait produit entre ces deux dates auprès des services de la préfecture des éléments qui auraient dû être pris en compte par le préfet à l'occasion de l'examen de sa demande de titre de séjour.
4. En troisième lieu, les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent obtenir en France un titre de séjour sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il s'ensuit que si un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire français, l'accord franco-algérien ne prévoyant pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. D'une part, il résulte de ce qui précède que Mme A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, et à supposer que la requérante ait entendu soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, il ressort des mentions non contestées de la décision attaquée que Mme A est célibataire sans enfant à charge et que ses parents et sa sœur se maintiennent irrégulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, elle ne justifie pas, par les éléments qu'elle produit, d'une intégration professionnelle et personnelle particulière notable en France. Ainsi le préfet n'a pas entaché la décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation.
6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à Mme A doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun prévu par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, distincte de celle du principe même de ladite obligation, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou ait justifié d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire une telle prolongation.
8. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il n'appartient pas au préfet, en l'absence de toute demande ou d'éléments justifiant la nécessité d'une prolongation du délai de trente jours apportés par la requérante, de s'" interroger sur le point de savoir si [Mme A] justifiait de circonstance justifiant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ". Par suite, le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 11 juillet 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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