jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301917 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | EKINCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 août 2023 et le 11 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Ekinci, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense :
- la délivrance d'un récépissé ne peut s'apparenter à une décision abrogative de l'arrêté en litige ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est père de deux enfants français et qu'il participe de manière effective à leur éducation et à leur entretien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ;
- elle méconnaît les stipulations relatives à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il contribue de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que l'arrêté en litige a été abrogé par la délivrance d'un récépissé valable du 12 janvier 2023 au 11 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Debrion a été entendu au cours de l'audience publique.
Le préfet de l'Isère n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc, est entré en France le 26 avril 2017 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " famille de français " valable du 20 avril 2017 au 20 avril 2018. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française entre le 28 septembre 2018 et le 23 octobre 2021. Le 20 octobre 2021, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 22 novembre 2022, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Postérieurement à l'édiction de l'arrêté en litige mais avant l'introduction de la présente requête, le préfet de l'Isère a délivré un récépissé à l'intéressé, valable du 12 janvier 2023 au 11 avril 2023. La délivrance d'un tel récépissé a eu nécessairement pour effet d'abroger la décision contestée du 22 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Dès lors, les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre sont sans objet et, par suite, irrecevables.
3. En revanche, la délivrance du récépissé précité n'a pas eu pour objet ou pour effet d'abroger la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, il y a lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signée par M. D A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté du préfet de l'Isère du 26 juillet 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ladite préfecture, à l'effet de signer toutes les correspondances et décisions relevant des attributions de sa direction, y compris les arrêtés portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de de titre de séjour en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".
6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet de l'Isère a notamment considéré qu'il ne contribuait pas à l'éducation et à l'entretien de ses enfants dans les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.
7. Il est constant que M. B est père de deux enfants, nés le 24 octobre 2017 et le 19 mai 2020, de nationalité française et qui vivent avec leur mère, dont il est séparé depuis le 31 décembre 2021. Pour contester l'appréciation portée par le préfet de l'Isère, M. B se prévaut notamment du versement régulier d'une pension au profit de son ex-épouse. Toutefois, d'une part, les divers retraits au distributeur automatique bancaire réalisés entre février et août 2022 ne permettent pas, par leur nature même, de déterminer si les sommes sont effectivement destinées à l'entretien de ses enfants, et, d'autre part, les virements effectués au profit de son ex-épouse en février 2022 pour un montant de 250 euros, en septembre 2022 pour un montant total de 400 euros ainsi qu'en octobre 2022 pour un montant total de 2 360 euros ne suffisent pas à démontrer la contribution effective du père de ces enfants à leur entretien depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, si le requérant produit deux tickets d'achats de vêtements et de produits divers destinés à des enfants du 2 et du 16 avril 2022, une attestation de son ex-épouse du 2 octobre 2022, au demeurant rédigée en termes généraux et non circonstanciés, et quelques photographies prises entre septembre 2022 et juin 2023, dont la majorité porte, en tout état de cause, sur une période postérieure à la date du refus de titre de séjour en litige, et qui ne démontrent pas que l'intéressé se conforme à ses droits de visite et d'hébergement accordés par l'ordonnance du 27 septembre 2022 précitée, ces éléments ne permettent pas non plus d'établir qu'à la date de la décision en litige, M. B participait de manière effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que par une ordonnance de mesures provisoires rendue le 27 septembre 2022, le tribunal judiciaire de Vienne a fixé le versement d'une contribution mensuelle à l'entretien et à l'éduction des enfants à hauteur de 340 euros, M. B n'établit ni même n'allègue s'acquitter du versement de cette somme. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. M. B est entré en France le 26 avril 2017, à l'âge de 25 ans, deux ans après son mariage en Turquie avec une ressortissante française. Si le requérant justifie avoir exercé des activités salariées régulières entre juillet 2017 et juillet 2021 ainsi qu'une activité d'auto-entrepreneur à compter de décembre 2021, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est séparé de sa compagne depuis décembre 2021 et, comme il a été dit au point 7 du présent jugement, il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dans les conditions prévues à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, M. B n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine vers lequel il effectue, selon son passeport, des voyages réguliers. Par suite, la décision de refus de titre de séjour en litige n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- M. Debrion, premier conseiller,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
Le rapporteur,
J-M. DEBRION
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No2301917
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026