vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301967 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 août 2023, Mme B A, représentée par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) d'ordonner au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer l'entier dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ;
2°) d'annuler la décision du 7 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet aurait dû faire application de son pouvoir de régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;
- elle méconnaît son droit à être entendue ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 8 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- et les observations de Me Vaz de Azevedo, substituant Me Drobniak, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante serbe née le 24 avril 1998, est entrée sur le territoire français le 3 mars 2014. Le 23 octobre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par une décision du 7 juin 2023, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.
Sur la demande de communication par le préfet de l'entier dossier du requérant :
2. Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de la requérante détenu par l'administration, l'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France en mars 2014, a été scolarisée à la rentrée 2014-2015 en troisième " français langue étrangère " au lycée professionnel Roger Claustres à Clermont-Ferrand et a, dès le 1er juin 2015, réussi l'examen du diplôme d'études en langue française de langue de niveau A2. Par la suite, la requérante a obtenu, le 12 septembre 2018, le diplôme du baccalauréat professionnel spécialité " Accueil relation clients et usagers " puis, le 8 juillet 2020, le brevet de technicien supérieur mention " tourisme ". Par ailleurs, à la date de la décision attaquée, Mme A suivait une formation en vue d'obtenir le titre certifié de secrétaire médicale, titre qu'elle a demeurant obtenu fin juin 2023. Il ressort des pièces du dossier et notamment des attestations produites que l'intéressée a fait preuve lors de sa scolarité d'un comportement exemplaire, d'assiduité, de motivation et d'investissement. Il ressort tout particulièrement de l'attestation de la direction des ressources humaines du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand auprès duquel Mme A a été en alternance au service hématologie et médecine interne sur le site Estaing pendant dix-mois entre octobre 2021 et mai 2023 qu' " au regard de son professionnalisme et de ses compétences un poste pourrait lui être proposé () ". Dans ces conditions et dans les circonstances exceptionnelles de l'espèce, le préfet du Puy-de-Dôme, a, en refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour, entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de modifications dans les circonstances de droit et de fait, que soit délivré à Mme A un titre de séjour. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à la requérante un tel titre dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
6. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Drobniak, avocate de l'intéressée. Conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la perception en tout ou partie de cette somme vaudra renonciation à percevoir, à due concurrence, la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 juin 2023 du préfet du Puy-de-Dôme refusant à Mme A la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi est annulée.
Article 2 : Sous réserve de modification dans les circonstances de droit ou de fait, il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à Mme A un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Drobniak, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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