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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2301980

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2301980

mercredi 23 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2301980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 21 août 2023, M. B H C G, représenté par Me Drobniak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 août 2023 par laquelle le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler la décision du 15 août 2023, notifiée le même jour à 16h35, par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses garanties de représentation ainsi que des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie personnelle et familiale ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées le 18 août 2023, conformément à la demande du requérant et à celle du tribunal en date du même jour.

La requête a été communiquée au préfet de la Savoie qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées le 18 août 2023, conformément à la demande du requérant et à celle du tribunal en date du même jour.

M. C G a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 18 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 22 août 2023 à 10h00, Mme Bader-Koza, présidente, a présenté son rapport et entendu M. C G, assisté d'un interprète, ainsi que son avocate, Me Drobniak.

Le préfet du Puy-de-Dôme et le préfet de la Savoie n'étaient ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C F, ressortissant colombien, a été interpellé et placé en retenue administrative le 15 août 2023 par les services de la police aux frontières de Modane (Savoie) suite à un contrôle d'identité. Par une décision du 15 août 2023, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une seconde décision du même jour, le préfet du Puy-de-Dôme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. C G demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, et d'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français a été signée pour le préfet de la Savoie par Mme Laurence Tur, secrétaire générale de la préfecture de la Savoie, dont il est constant qu'elle disposait d'une délégation de signature à cet effet, en vertu de l'arrêté du 3 juillet 2023, publié le lendemain, pour l'ensemble du département pendant les périodes de permanence préfectorale. Il ressort également des pièces produites par le préfet de la Savoie que Mme A était de permanence le 15 août 2023, soit à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

3. D'autre part, la décision portant assignation à résidence a été signée pour le préfet du Puy-de-Dôme par Mme E D, sous-préfète de l'arrondissement de Thiers, dont il est constant qu'elle disposait d'une délégation de signature à cet effet, en vertu de l'arrêté visé du 21 juillet 2023, pour l'ensemble du département pendant les périodes de permanence préfectorale. Alors que cette décision a été signée le 15 août 2023, il ressort des pièces produites par le préfet du Puy-de-Dôme que Mme D était de permanence à cette date. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, M. C G se prévaut de ce qu'il est entré en France en juin 2020 et qu'il est en couple avec une ressortissante française depuis plus de trois ans. Toutefois, au soutien de ses allégations, M. C G produit notamment des photographies non datées et des attestations, dont certaines peu circonstanciées, et dont il ressort que si les parents de sa compagne déclarent l'héberger, ils précisent également que ce dernier est souvent en déplacement. De plus, il ressort de l'attestation de sa compagne, au demeurant non assortie de la pièce d'identité de cette dernière, ainsi que du procès-verbal de son audition du 15 août 2023 que ces derniers n'ont pas donné la même version quant aux circonstances de leur rencontre, ni quant à la date d'entrée en France de M. C G. Dès lors, M. C G n'établit ni la stabilité ni l'ancienneté de sa relation et de sa vie commune avec sa compagne. Enfin, si M. C G se prévaut de son intégration en France, ce dernier a néanmoins sollicité l'assistance d'un interprète lors de l'audience au cours de laquelle il a également que ses activités professionnelles de trader et de spécialiste de crypto-monnaies s'effectuaient " à distance ", ce qui lui permettait au demeurant de voyager. Par suite, M. C G ne démontre pas qu'il a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français et n'est donc pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation.

5. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C G n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

7. M. C G fait valoir qu'il présente des garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il dispose d'une résidence effective, qu'il a entrepris de renouveler son passeport, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ne peut utilement se prévaloir de ces deux dernières circonstances dès lors que la décision portant refus de délai de départ volontaire en litige n'est pas fondée sur ces éléments. Par ailleurs, et alors même qu'il aurait déposé une demande de renouvellement de son passeport, il n'en demeure pas moins qu'à la date de la décision en litige, il était dépourvu de tout document de voyage en cours de validité, n'avait pas davantage déposé de demande de titre de séjour pour régulariser sa situation et avait déclaré ne pas vouloir rentrer dans son pays d'origine. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. C G ne justifie pas d'une résidence effective et stable. Par suite, M. C G n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est entachée " d'erreur manifeste d'appréciation " .

8. En cinquième lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français en litige comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, M. C G n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. En dernier lieu, si M. C G soutient que la décision portant assignation à résidence en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C G n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Par suite la requête de M. C G, doit être rejetée y compris ses conclusions présentées sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

12. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.

13. Il résulte des points précédents que les conclusions présentées par M. C G, qui au demeurant a indiqué lors de l'audience publique qu'il disposait de ressources conséquentes lui permettant de vivre et de voyager, sont manifestement infondées. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B H C G, au préfet de la Savoie et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie et au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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