mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2301998 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire enregistrée le 19 août 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 19 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 26 juillet 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et l'a astreint à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter aux services de police les lundis et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions en litige :
- les décisions en litige sont entachées d'incompétence ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas vérifier s'il entrait dans l'un des cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour ou s'il pouvait prétendre à une admission au séjour pour des motifs humanitaires ou de santé;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas recueilli l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation au regard d'une motivation stéréotypée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle et médicale ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de recueil de l'avis du collège des médecins de l'OFII et au regard des conséquences sur sa situation personnelle et médicale ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est inexistante dès lors qu'elle n'est pas reprise dans le dispositif ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation, la durée de la mesure étant disproportionnée ;
Sur la décision portant assignation avec obligation de présentation :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme n'établit ni même n'allègue que les mesures d'astreinte à résidence et à présentation seraient nécessaires, adaptées et proportionnées ;
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces le 30 août 2023.
M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 18 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le
20 septembre 2023 à 10 heures, en présence de M. Morelière, greffier d'audience :
- le rapport de Mme D ;
- Me Drobniak, avocate de M. B, qui n'était pas présent, en présence de M. C interprète en langue albanaise sollicité par le requérant.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant albanais, est entré le 17 décembre 2019 sur le territoire français et s'est vu refuser le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 août 2020 dont la demande de réexamen a été rejetée par une décision du 26 juin 2023. Par une décision du 26 juillet 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office, l'a astreint à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand avec l'obligation de se présenter aux services de police les lundis et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision du 26 juillet 2023 a été signée par
M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme en vertu d'une délégation accordée 21 juillet 2023, régulièrement publié le même jour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté en litige comporte, dans toutes les décisions qu'il édicte, les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
5. Au cas d'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du
Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de M. B. En outre, le requérant ne saurait sérieusement, ni utilement, se prévaloir des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il souffrirait de diverses pathologies faisant obstacle à son éloignement, dès lors qu'il n'établit, ni même n'allègue, avoir informé le préfet de son état de santé. Il n'établit pas davantage avoir sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé ou qu'il serait dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que M. B est entré récemment en France. Au demeurant, il ne fait état d'aucun élément permettant de démontrer l'existence de liens personnels et familiaux anciens, stables et intenses sur le territoire français. En outre, si M. B se prévaut de la présence de sa fille majeure en France, cette dernière, dont la carte de séjour est arrivée à expiration le 26 avril 2023, a vocation à faire sa vie indépendamment de son père. Au surplus, il n'établit ni n'allègue que son épouse, qui se trouve dans la même situation administrative que lui, ne serait pas en mesure de le suivre en Albanie. Dans ces conditions, et au regard de ce qui a été dit précédemment, le requérant, qui n'allègue ni n'établit davantage être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 60 ans, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme a commis une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français.
7. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens soulevés, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et assignation à résidence avec obligation de présentation ne peuvent qu'être écartés.
8. En sixième lieu, au regard de ce qui a été dit au point 5, M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En septième lieu, et contrairement à ce que M. B soutient, il ressort de la décision attaquée, notamment de son titre et de ses motifs, que le préfet du Puy-de-Dôme a pris à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le dispositif de la décision mentionne, au demeurant, que l'intéressé est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
10. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision contestée que le préfet du Puy-de-Dôme s'est, pour prendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée et en fixer la durée, fondé sur les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a tenu compte des critères cités à l'article L. 612-10 précité dès lors qu'il précise que si M. B n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il est toutefois entré récemment en France où il n'a pas de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables. Par suite, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet a édicté cette mesure de manière systématique et non motivée, de sorte que le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté. Dans ces conditions, et au regard de tout ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que cette interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En neuvième lieu, si M. B, dont le suivi médical est organisé dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand, fait valoir que la décision l'astreignant à résider dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'apporte toutefois aucune précision ni aucun élément de nature à établir que les modalités des mesures contestées, dont la durée est limitée au délai de départ volontaire de trente jours qui lui a été accordé et à l'obliger à se présenter à l'hôtel de police nationale situé 106 avenue de la République à Clermont-Ferrand les lundis à 10 heures, entraineraient des conséquences sur sa situation personnelle et médicale. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
13. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.
14. Il résulte des points précédents que la requête de M. B ne comporte que des moyens de légalité externe manifestement infondés et des moyens stéréotypés non assortis d'éléments circonstanciés. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au
préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
La présidente,
S. D Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
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