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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302011

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302011

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de Mme C, ressortissante algérienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination. La requérante invoquait notamment les violences conjugales subies et l'application de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Le tribunal a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée, que le préfet avait procédé à un examen sérieux de sa situation, et que les moyens soulevés, faute de précisions suffisantes, n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2023, Mme A C, représentée par Me Sibiaud, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 juillet 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour et de " mettre à néant les interdictions de séjour, () obligation de quitter le territoire français et autres décisions accessoires. ".

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont " entaché[es] d'irrégularités et ne respecte[nt] [pas] les principes essentiels du droit français " ;

- c'est à tort que l'administration a estimé qu'elle ne remplit pas les conditions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; si elle n'a déposé que des mains-courantes à l'encontre de son mari, ce n'est pas pour couvrir la rupture d'un mariage blanc, mais pour établir si nécessaire le bien-fondé de sa demande de divorce et de son départ du foyer ;

- les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient dû s'appliquer en l'espèce dès lors qu'il est établi qu'elle a été victime de violences de la part de son époux, justifiant ainsi une demande de divorce ;

- elle est depuis longtemps en situation régulière sur le territoire français ; elle travaillait, avant que la décision attaquée ne lui soit notifiée, auprès du centre communal d'action sociale de Clermont-Ferrand ainsi qu'auprès de personnes âgées maintenues à domicile ;

- les décisions en litige sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le refus de titre de séjour qui lui a été opposé ne repose sur aucun texte ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire ne tient pas compte de sa situation personnelle ;

- elle est incohérente et rédigée dans des conditions inacceptables eu égard aux valeurs de la République française.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées le 31 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Debrion a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne née en 1995, est entrée régulièrement en France le 5 avril 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour portant la mention " famille B ", valable du 3 mars 2016 au 29 août 2016. Elle s'est vu délivrer un certificat de résidence en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Le 24 mai 2022, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par des décisions du 13 juillet 2023, notifiées le 24 juillet suivant, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de faire droit à la demande de Mme C, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions du 13 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si Mme C a entendu soutenir que la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour est insuffisamment motivée en droit, il ressort toutefois des termes de la décision attaquée que cette dernière vise les textes applicables à la situation de la requérante, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte qu'une telle décision comporte l'ensemble des considérations de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme C avant de prendre les décisions en litige.

4. En troisième lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'irrégularités, qu'il ne respecte pas les principes essentiels du droit français, qu'il est incohérent, " rédigé dans des conditions inacceptables eu égard aux valeurs de la République française " et, que les motifs retenus par l'autorité préfectorale ne sont pas pertinents et n'ont fait l'objet d'aucune vérification autre qu'une vague appréciation à distance. Toutefois, à supposer que ces allégations constituent des moyens, ils ne peuvent qu'être écartés dès lors qu'ils ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies ".

6. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Si une ressortissante algérienne ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au renouvellement du titre de séjour lorsque l'étranger a subi des violences conjugales et que la communauté de vie a été rompue, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, et notamment des violences conjugales alléguées, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressée.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui s'est mariée le 13 février 2020 avec un ressortissant français, s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien, pris sur le fondement des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien précité, valable du 12 juin 2021 au 11 juin 2022. Il ressort également des pièces du dossier que le divorce entre les époux a été prononcé le 10 mai 2022 par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Meaux (Seine-et-Marne). Ainsi, à la date de la décision portant refus de titre de séjour en litige, la communauté de vie entre Mme C et son époux avait cessé, de sorte qu'elle ne pouvait pas prétendre à un premier renouvellement de son certificat de résidence au titre du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé l'a été en méconnaissance de ces stipulations.

8. D'autre part, en se bornant à soutenir que la valeur d'une main courante est la même que celle des procès-verbaux et qu'elle est valable jusqu'à la preuve contraire, Mme C n'établit pas la réalité des violences conjugales qu'elle prétend avoir subies de la part de son ex-époux. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si Mme C se prévaut de sa situation personnelle et professionnelle sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, divorcée à la date de la décision attaquée, est sans enfant et n'établit pas avoir noué des liens personnels particulièrement intenses en France. Par ailleurs, si la requérante se prévaut d'expériences professionnelles qu'elle a pu avoir à Clermont-Ferrand, elle n'en établit pas la réalité. Enfin, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Par suite et, à supposer même que la requérante ait entendu soulever ce moyen, c'est sans méconnaître les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet du Puy-de-Dôme a édicté les décisions en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 13 juillet 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302011

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