mardi 26 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302148 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MUSCILLO RAPHAËL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une ordonnance du 12 septembre 2023, le tribunal administratif de Lyon a renvoyé la requête de Mme D E A qui a été enregistrée le 13 septembre 2023 au tribunal. Par cette requête enregistrée sous le n°2302148, Mme D E A, représentée par Me Muscillo demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités néerlandaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de son rendez-vous en préfecture aux fins de dépôt de sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié que le guide du demandeur d'asile lui a été remis dans une langue qu'elle comprend en méconnaissance de l'article 4 du règlement européen du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas justifié qu'elle a bénéficié d'un entretien avec une personne qualifiée en méconnaissance de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013 ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
II. Par une ordonnance du 12 septembre 2023, le tribunal administratif de Lyon a renvoyé la requête de M. F B qui a été enregistrée le 13 septembre 2023 au tribunal. Par cette requête enregistrée sous le n°2302150, M. F B représenté par Me Muscillo demande au tribunal:
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités néerlandaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de son rendez-vous en préfecture aux fins de dépôt de sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié que le guide du demandeur d'asile lui a été remis dans une langue qu'il comprend en méconnaissance de l'article 4 du règlement européen du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas justifié qu'il a bénéficié d'un entretien avec une personne qualifiée en méconnaissance de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013 ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la préfète n'a pas fait usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 20 septembre 2023 à 10 heures à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée :
- le rapport de Mme C ;
- et les observations de M. B, par l'intermédiaire d'un interprète en langue arabe qui indique qu'il dispose de membres de sa famille à Aurillac, où il souhaite s'installer et fuir ainsi la guerre au Soudan.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A et M. B, ressortissants soudanais, sont entrés régulièrement en France, selon leurs déclarations, le 10 mai 2023. Il est apparu, après consultation du fichier VIS, que les intéressés ont obtenu un visa délivré par les autorités néerlandaises valide du 8 juin 2022 au 8 juin 2023. Les autorités néerlandaises ont été saisies le 16 juin 2023, d'une demande de prise en charge en application de l'article 18 du règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013. Le 10 août 2023, les autorités néerlandaises ont expressément accepté de reprendre en charge les intéressés, en application de l'article 22 du règlement n° 604/2013. Par deux arrêtés du 29 août 2023, la préfète du Rhône a décidé de les transférer vers les Pays-Bas comme étant l'Etat responsable de l'examen de leur demande de protection internationale. Par les présentes requêtes, Mme A et M. B demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2302148 et 2302150 concernent la situation d'un couple, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé que : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite () dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () ", notamment en lui communiquant des brochures standardisées d'information relatives à l'application de ce règlement, aux critères de détermination de l'Etat responsable, à l'entretien individuel, à la possibilité de contester la décision de transfert, et aux règles concernant la collecte et l'accès aux données informatisées. Ces informations sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Aux termes de l'article 5 du règlement UE n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A et M. B se sont vus délivrer, à l'occasion de l'enregistrement de leurs demandes, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces brochures, qui ont été délivrées en arabe, langue officielle du Soudan, que les intéressés ont déclaré savoir lire, constituent les documents mentionnés à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et contiennent l'intégralité des informations prévues par cet article. Enfin, elles ont été remises en temps utile à Mme A et M. B le 26 mai 2023 avant que n'interviennent les décisions en litige. Aucun élément du dossier ne permet d'établir que ces entretiens individuels n'auraient pas eu lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité, ni qu'ils auraient été menés par un agent non qualifié en vertu du droit national, les diverses pièces du dossier mentionnant au contraire que ceux-ci ont été réalisé en langue arabe par un agent de la préfecture du Rhône, qui doit être regardé comme une personne qualifiée en vertu du droit national pour mener cette procédure, avec l'appui d'un interprète, sans que les intéressés ne présentent d'élément de nature à contredire ces mentions. Il suit de là que les requérants se sont vus dûment délivrer les informations prescrites à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et ont été reçu à un entretien individuel dans les conditions prescrites à l'article 5 du même règlement. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
6. En dernier lieu, Mme A et Mme B invoquent une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes desquels : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Néanmoins, les requérants, dont le séjour en France est particulièrement récent, et qui ne justifient nullement avoir créé de liens particuliers sur le territoire national, ne peuvent valablement se prévaloir de l'atteinte disproportionnée portée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale par l'autorité préfectorale. S'ils se prévalent de la présence de leur enfant mineur à leurs côtés, cette circonstance n'est pas de nature à faire échec à l'application du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Dans ces conditions, Mme A et M. B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elles seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A et M. B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés en litige. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
8. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.
9. Il résulte des points précédents que les requêtes de Mme A et de M. B ne comportent que des moyens de légalité externe manifestement infondés et des moyens stéréotypés non assortis d'éléments circonstanciés. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de leur accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A et de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E A, à M. F B et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.
La présidente,
S. C
Le greffier,
D. MORELIERE La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 ; 2302150
ZR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026