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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302387

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302387

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 octobre 2023 et le 25 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Gauché (AARPI Ad'vocare), demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer le dossier sur la base duquel la décision contestée a été prise ;

3°) d'annuler la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encore une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision du 25 septembre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français ;

5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne les obligations de résidence et de présentation :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance du principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas été interrogée sur sa situation personnelle et qu'elle a déposé un recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration s'est estimée en situation de compétence liée suite au rejet de sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle craint de subir des traitements inhumains et dégradants de la part de sa famille maternelle et qu'elle ne peut compter sur la protection des autorités géorgiennes en cas de retour en Géorgie ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est borné à reprendre les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, accompagnées d'une motivation type.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire mais a communiqué des pièces, enregistrées le 3 novembre 2023.

Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 12 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 novembre 2023 :

- le rapport de Mme E ;

- Me Gaucher, avocat de Mme C, présente et assistée de Mme F, interprète au téléphone.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne, est entrée en France le 12 novembre 2022 et a présenté une demande d'asile le 5 janvier 2023, rejetée le 18 juillet 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par une décision du 25 septembre 2023, notifiée le 5 octobre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'acte en litige a été signé par M. D A, sous-préfet d'Issoire, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 20231466 du 31 août 2023 pris par le préfet du

Puy-de-Dôme et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Puy-de-Dôme du même jour, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet, directeur de cabinet du préfet du Puy-de-Dôme, assurant l'intérim du secrétaire général du Puy-de-Dôme, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Mme C n'établissant pas que le secrétaire général et le directeur de cabinet précités n'étaient pas absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, l'acte attaqué, dans l'ensemble des décisions qui le composent, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit, ou à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité des effets sur sa situation personnelle, Mme C n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, Mme C fait valoir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été interrogée sur sa situation personnelle et qu'il est mentionné une absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C a pu exposer sa situation personnelle à l'occasion de l'entretien qui s'est tenu le 30 novembre 2022 lors de la présentation de sa demande d'asile. De plus, si la décision mentionne, à tort, que la requérante n'a formé aucun recours contre la décision de rejet de sa demande d'asile, il ressort des pièces du dossier que ce recours a néanmoins été introduit devant la Cour nationale du droit d'asile que le 26 septembre 2023, soit postérieurement à la décision en litige. Ainsi, cette circonstance, qui ne relève pas d'un défaut d'examen, est sans incidence dès lors que le recours devant la Cour nationale du droit d'asile ne revêt pas, en l'espèce, de caractère suspensif. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé lié par la décision de rejet de sa demande d'asile pour fixer le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, la demande d'asile de Mme C a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui a notamment considéré que " les déclarations convenues et peu éclairées de l'intéressée n'ont pas permis d'établir les motifs présentés comme étant à l'origine de son départ de Géorgie. En effet, de manière générale, elle a livré un discours confus et peu contextualisé sur les origines de ce conflit intrafamilial dans lequel elle a affirmé avoir été impliquée. ". Si l'intéressée fait valoir, à l'appui de sa requête, qu'elle a fait l'objet de menaces et de violences intrafamiliales, que sa famille était opposée à son union avec son époux, que ce dernier a été attaqué physiquement et menacé de mort par son oncle et qu'elle a été victime de violences psychologiques de la part de son oncle, Mme C se borne pour le reste, à évoquer des éléments de portée générale sur le manque d'indépendance et d'impartialité des juges et la situation de corruption en Géorgie et n'apporte aucune précision ni aucun élément permettant d'établir qu'elle serait réellement et actuellement exposée à des risques réels et sérieux de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En septième lieu, les moyens tirés de ce que l'interdiction de retour serait entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit ne sont pas assortis des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité invoqué à l'encontre des obligations de résidence et de présentation doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

12. La requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, fait valoir qu'elle craint un retour en Géorgie en raison d'un conflit intrafamilial. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 9 qu'elle ne produit dans la présente instance aucun élément permettant d'établir qu'il existerait un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de refus d'asile opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Elle n'est par suite pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023

La présidente,

S. E Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

AC

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