mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 et 23 octobre 2023, M. G E, représenté par Me Frery, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2023, notifié le 18 octobre 2023 à 10 heures 30, par lequel le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur la commune d'Aurillac avec l'obligation de se présenter les lundis, mercredi et vendredis entre 8 heures et 9 heures au commissariat d'Aurillac ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Cantal de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle et du renoncement de son conseil à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et personnalisé de sa situation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut se faire soigner dans son pays d'origine ; l'absence de prise en charge pouvant entraîner des conséquences importantes sur son état de santé physique ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2023, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 octobre 2023 à 14 heures 00 :
- le rapport de Mme D,
-les observations de Me Frery, représentant M. E, qui fait valoir que l'avocat de ce dernier en Arménie a entamé des démarches en vue d'obtenir les documents de preuve nécessaires pour le recours devant la Cour nationale du droit d'asile.
Le préfet du Cantal n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant arménien, est entré régulièrement sur le territoire français le 7 mars 2023 muni d'un visa court séjour, accompagné de ses parents. Par une décision du 19 juillet 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 10 octobre 2023, notifié à l'intéressé le 18 octobre 2023, le préfet du Cantal lui a retiré sa demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur la commune d'Aurillac avec l'obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis entre 8 heures et 9 heures au commissariat d'Aurillac. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. C F, préfet du Cantal. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté. En outre, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation du requérant avant de prendre les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et personnalisé de sa situation personnelle doit être écarté.
4. En troisième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation et du respect des droits de la défense ne sont pas assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
Sur la légalité du titre de séjour :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable () ".
6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. E, le préfet du Cantal s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Ofii en date du 26 septembre 2023 qui indique, que l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers le pays d'origine. Pour contester cette appréciation, le requérant fait valoir qu'il souffre d'anxiété suite à des évènements traumatiques subis dans son pays d'origine et que l'absence de prise en charge médicale va entrainer des conséquences importantes sur son état de santé tandis qu'il lui est impossible de se faire soigner dans son pays d'origine au regard de l'origine même de sa pathologie. Toutefois, le seul certificat médical du 20 octobre 2023 produit par le requérant relate les déclarations de l'intéressé et est insuffisant à remettre en cause l'appréciation du préfet. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. D'autre part, le requérant qui est entré en France avec ses deux parents et son frère n'allègue ni n'établit être particulièrement intégré. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, le préfet n'a pas, en lui refusant le séjour, porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté. Le préfet n'a pas davantage, pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel l'étranger est envoyé.
Sur la légalité de l'assignation à résidence :
9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment, que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur les conclusions à fin de suspension :
10. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
11. Si M. E fait valoir que son avocat est en train de réunir des documents de preuve en Arménie en vue de les présenter devant la Cour nationale du droit d'asile, il n'apporte aucun élément sérieux permettant d'établir qu'il existerait un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de refus d'asile opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français en litige ne peuvent qu'être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède, que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2023, ou, à tout le moins, sa suspension. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
13. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 7 de cette loi : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive () ". Ces dispositions ont pour objet d'éviter que soient mises à la charge de l'Etat les dépenses afférentes aux actions qui, de manière manifeste, apparaissent dépourvues de toute chance de succès.
14. Il résulte des points précédents que la requête de M. E ne comporte que des moyens de légalité externe manifestement infondés et des moyens stéréotypés non assortis d'éléments circonstanciés. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n'y a pas lieu de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du
Cantal.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.
La magistrate désignée,
C. D La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026