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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302456

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302456

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantRODRIGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt du 19 octobre 2023, la cour administrative d'appel de Lyon a annulé le jugement n° 2201482 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand et renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Clermont-Ferrand pour qu'il soit statué sur la requête de M. B.

Par une requête enregistrée les 1er juillet 2022 et des mémoires enregistrés les 17 avril 2023, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 1er novembre 2023, M. B, représenté par Me Rodrigues, demande au tribunal :

1°) d'ordonner son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner avant-dire droit la vérification par les autorités guinéennes de l'ensemble des actes qu'il a produits ;

3°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

4°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer sur ses conclusions aux fins d'annulation " jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se soit prononcée définitivement sur la question de savoir si la déclaration de nationalité souscrite devait effectivement faire l'objet d'un enregistrement " ;

5°) d'enjoindre l'administration à lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours, et ce à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

6°) à titre subsidiaire, d'enjoindre l'administration à réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, avec droit au travail, à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

7°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Allier, dans l'hypothèse d'un sursis à statuer, de lui délivrer une autorisation de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours, à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, à verser à Me Rodrigues au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de lui verser directement la somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée :

- le préfet a insuffisamment examiné les documents relatifs à son état-civil ;

- le préfet a commis une erreur de fait et une erreur de droit, dès lors qu'il n'apporte pas d'élément suffisant à renverser la présomption d'authenticité des actes d'état-civil étrangers posée par l'article 47 du code civil ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 432-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit toutes les conditions pour se voir délivrer un titre sur ce fondement ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du même code ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre ;

- il doit être sursis à statuer, dès lors qu'il est dans l'attente de la décision du tribunal judiciaire sur sa déclaration de nationalité française ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaffré,

- et les observations de M. B.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 30 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, est entré en France en juillet 2017, selon ses déclarations. Par un arrêté du 10 mars 2022, le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024. Par suite, les conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions des articles L. 435-3 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde et comporte une appréciation des documents d'état civil de l'intéressé et des éléments de sa situation en France et conclu qu'aucun titre de séjour ne peut lui être délivré. Elle comporte, ainsi, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions doivent être écartés comme étant inopérants.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire (), l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance () au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil () sur son insertion dans la société française. ". Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", lequel dispose que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". L'article 47 du code civil pose ainsi une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Il ne résulte en revanche pas de ces dispositions que l'administration française doit nécessairement et systématiquement solliciter les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état-civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié. Il en résulte que la force probante d'un acte d'état-civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état-civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état-civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

7. Pour refuser à M. B le titre de séjour qu'il avait sollicité sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de l'Allier a estimé, au vu des rapports établis par les services spécialisés de la police aux frontières datés du 23 juillet 2021, que M. B se prévalait de l'identité d'une tierce personne, si bien qu'il n'établirait pas la réalité de son état-civil et remplir par conséquent les conditions d'âge prévues par l'article L. 423-22 susvisé.

8. Il ressort des deux rapports des services d'analyse de la police aux frontières datés du 23 juillet 2021 portant sur l'analyse du jugement supplétif et de l'extrait d'acte de naissance de M. B, que les agents de la police aux frontières n'ont relevé aucune non-conformité permettant de remettre en cause l'authenticité des documents d'état civil présentés par M. B mais ont émis un avis défavorable en raison de l'instruction d'un précédent dossier, en 2018, sous les mêmes identité et filiation. Dans le cadre de la présente requête, le requérant produit différents jugements supplétifs et rectificatifs et des jugements du tribunal judiciaire de première instance de Dixinn annulant de précédents jugements supplétifs et leur retranscription. Toutefois, l'accumulation de ces documents qui auraient été obtenus depuis la France par le requérant dans des délais, pour certains, très brefs, n'est pas de nature à conférer à ces derniers documents une valeur probante et, par suite, à infirmer l'appréciation portée par le préfet de l'Allier sur l'incapacité du requérant à établir son état-civil. Par suite, le requérant ne démontre pas que le préfet de l'Allier aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de son état civil. Le seul motif tiré de l'absence de document d'état civil démontrant l'état civil de M. B suffisait pour rejeter toute demande de titre de séjour de l'intéressé. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 432-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B, déclarant être né le 2 août 2002, est arrivé en France en 2017. Il a été placé le 6 mars 2018 auprès de l'aide sociale à l'enfance de l'Allier et a suivi une scolarité jusqu'à sa majorité. Il ressort également des pièces du dossier que M. B est célibataire sans enfant et que son père réside toujours en Guinée. Eu égard à la situation de M. B, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme.

11. En sixième lieu, selon les paragraphes 1 et 2 de l'article 8 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York : " Les Etats parties s'engagent à respecter le droit de l'enfant de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales, tels qu'ils sont reconnus par la loi, sans ingérence illégale. / Si un enfant est illégalement privé des éléments constitutifs de son identité ou de certains d'entre eux, les Etats parties doivent lui accorder une assistance et une protection appropriées, pour que son identité soit rétablie aussi rapidement que possible ". Ces stipulations créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, M. B ne peut utilement s'en prévaloir et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention internationale des droits de l'enfant doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour litigieuse est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ne peut être accueilli.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, il n'y a pas lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du tribunal judiciaire de Lyon saisi d'une déclaration de nationalité française au bénéfice de M. B.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour litigieuse est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 mars 2022 présentées par M. B doivent être rejetées. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B aux fins de bénéficier à titre provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302456

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