jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302485 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | DMMJB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 octobre 2023 et le 8 avril 2024, MM. D et A B, représentés par la SCP Langlais Brustel Ledoux et Associés, Me Langlais, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Vichy a délivré un permis de construire à la société Immobarry en vue de surélever et rénover deux immeubles de logements situés 44 boulevard Gambetta à Vichy, ainsi que la décision explicite de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vichy la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- la requête est recevable en raison du respect du délai de recours contentieux et de leur intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté contesté ;
- l'arrêté en litige méconnaît l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur des constructions :
- il porte atteinte aux valeurs architecturales et patrimoniales de la ville de Vichy ;
- il autorise une toiture terrasse excédant quatre mètres au-dessus du terrain naturel ;
- il autorise un ouvrage technique à l'extérieur du bâtiment ;
- il autorise la création d'ouvertures qui portent atteinte au plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, la commune de Vichy, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Martins Da Silva, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- à titre principal, que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et du défaut d'intérêt pour agir des requérants ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Nathalie Luyckx, rapporteure publique,
- et les observations de Me Brustel, représentant les requérants, et de Me Martins Da Silva, représentant la commune de Vichy.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 9 mai 2023, le maire de la commune de Vichy a délivré un permis de construire à la société Immobarry en vue de surélever et rénover deux immeubles de logements situés boulevard Gambetta et rue Drichon à Vichy. Par lettre du 12 juin 2023, M. D B a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, recours rejeté par lettre du maire de Vichy du 14 juin 2023. Par lettre du 18 juillet 2023, MM. A et D B ont exercé un recours gracieux à l'encontre du même arrêté, recours également rejeté par lettre du maire de Vichy du 4 septembre 2023. Par la présente requête, MM. B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 mai 2023 ainsi que la décision explicite de rejet de leur recours gracieux du 4 septembre 2023.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir des requérants :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que le projet s'implante sur la parcelle cadastrée n° 194 qui se situe au 44 boulevard Gambetta et fait l'angle avec la rue Drichon. Il consiste en la rénovation et la surélévation de deux bâtiments. Les requérants, propriétaires d'un ensemble immobilier situé sur la parcelle cadastrée n° 193, située à proximité immédiate du projet peuvent être regardés comme voisins immédiats du projet. Toutefois, si l'immeuble des requérants jouxte la partie du projet située boulevard Gambetta, les deux immeubles sont situés sur le même alignement et les requérants ne démontrent pas que le projet est susceptible d'affecter les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. Ils n'établissent notamment pas, autrement que par leurs seules allégations, que la construction projetée conduira à la création de nouvelles vues sur leur immeuble ou une perte d'ensoleillement, y compris par la création d'un escalier extérieur à l'arrière. Dans ces conditions, la commune de Vichy est fondée à soutenir que la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt pour agir des requérants.
5. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté en litige ainsi que l'annulation de la décision de rejet de leur recours administratif.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par les requérants, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de la commune, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Vichy et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de MM. B est rejetée.
Article 2 : MM. B verseront à la commune de Vichy une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, M. A B, à la SCI Immobarry et à la commune de Vichy.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caroline Bentéjac, présidente,
M. Jean-Michel Debrion, premier conseiller,
M. Christophe Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. C
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302485
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