jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302498 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, Mme B C épouse D, représentée par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) d'ordonner au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer l'entier dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ;
2°) d'annuler la décision du 7 août 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;
3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement, au profit de son conseil, de la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision relative au délai de départ de trente jours :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas motivée ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Mme C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2023.
Par une ordonnance du 15 février 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée au 25 mars 2024.
Des pièces ont été produites par le préfet du Puy-de-Dôme le 21 juin 2024 et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Nivet a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse D, ressortissante albanaise, est entrée de manière irrégulière sur le territoire français le 2 mai 2017. Par une décision du 9 novembre 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 mai 2018. La requérante a fait l'objet d'une première décision de refus de délivrance de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français le 25 juin 2018, confirmée par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 20 septembre 2018. Mme C épouse D s'est maintenue sur le territoire français et a formulé une nouvelle demande d'admission au séjour le 6 avril 2022. Par décisions du 7 août 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme C épouse D demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur la demande de communication par le préfet de l'entier dossier du requérant :
2. Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de la requérante détenu par l'administration, l'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :
3. La décision attaquée est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme en vertu d'une délégation accordée le 21 juillet 2023, régulièrement publiée le même jour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que, dans le cadre de sa demande de titre de séjour, la requérante a pu présenter à l'administration l'ensemble des éléments relatifs à sa situation privée et familiale et notamment les éléments relatifs à son ancienneté de séjour en France, à la scolarisation de ses enfants et à son intégration dans la société française. Elle n'apporte, par ailleurs, aucun élément supplémentaire à ceux pris en compte par le préfet permettant de révéler que la procédure aurait pu aboutir à un résultat différent. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision a été prise en méconnaissance du droit de la requérante à être entendu doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, épouse D, est entrée en France de manière irrégulière en mai 2017 et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après avoir fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour et d'une première obligation de quitter le territoire français prononcés le 25 juin 2018. La requérante est mariée avec M. A D, ressortissant albanais, avec lequel elle a trois enfants mineurs, de nationalité albanaise. Si elle se prévaut de la scolarisation de ses enfants en France, de sa maîtrise du français ainsi que d'une activité professionnelle en France, au demeurant exercée de manière illégale, ces éléments ne permettent pas d'attester de l'existence de liens stables, intenses et durables sur le territoire français auxquels le refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision portant refus de titre de séjour n'est, pour les mêmes motifs, pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En second lieu, selon l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Si la requérante invoque l'intérêt supérieur de ses enfants, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de ses parents. Ainsi, et alors qu'il n'est pas démontré que la scolarisation des enfants ne pourrait pas se dérouler normalement dans leur pays d'origine, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, Mme C, épouse D, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de séjour pris à son encontre, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement.
11. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9 du présent jugement.
En ce qui concerne les décisions octroyant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, Mme C, épouse D, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de décisions lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant son pays de destination.
13. En second lieu, la décision octroyant un délai de départ volontaire comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme C, épouse D, n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions contestées prises à son encontre par le préfet du Puy-de-Dôme le 7 août 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction, sous astreinte, ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée sur leur fondement par Mme C, épouse D.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C, épouse D, est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D, et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302498
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