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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302508

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302508

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 octobre 2023 et le 10 novembre 2023, Mme B A C, représentée par Me Bourg, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre la décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de la carte de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un récépissé valant autorisation de séjour avec autorisation de travailler dans un délai de vingt-quatre heures, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme d'adopter une nouvelle décision relative à sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- s'agissant de la condition d'urgence, cette dernière est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre ; l'exécution de la décision porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle dès lors que son dernier document justifiant du droit au séjour est expiré depuis le 13 juin 2023, qu'elle a été contrainte d'arrêter sa formation professionnelle et qu'elle a perdu la quasi-totalité de ses revenus ; une décision implicite de refus de renouvellement existe ;

- s'agissant du doute sérieux, la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son état de santé n'a pas changé ; son pays d'origine n'a pas développé de nouvelle offre de soin lui permettant d'y vivre ; elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il appartient à l'autorité préfectorale d'apporter les éléments permettant de contrôler la régularité de la composition du collège de médecins ; elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 425-9 dudit code ne permet pas la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour mais uniquement la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ; elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'existe aucun refus implicite dès lors qu'une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois, valable du 14 décembre 2022 au 13 juin 2023, lui a été délivrée ;

- en sollicitant le renouvellement de son titre de séjour le 18 septembre 2023, soit après l'expiration de son titre, la requérante ne remplit pas la condition d'urgence requise.

Mme A C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le

27 octobre 2023.

Vu

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 15 juin 2023 sous le numéro 2301297 par laquelle Mme A C demande l'annulation de la décision attaquée

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2023 :

- le rapport de Mme D ;

- Me Bourg, avocate de Mme A C.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante nigérienne, a bénéficié de diverses cartes de séjour depuis son entrée régulière sur le territoire français le 6 octobre 2012, dont la dernière était valable jusqu'au 1er mars 2022. Elle en a sollicité le renouvellement auprès de la préfecture du Puy-de-Dôme le 28 janvier 2022. Par la présente requête, Mme A C demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant plus de quatre mois par les services préfectoraux sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que

Mme A C a sollicité, pour courrier du 28 janvier 2022, le renouvellement de la carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " qui lui avait été délivrée en qualité d'étranger malade. En l'absence de réponse à cette demande pendant un délai de quatre mois, le préfet du Puy-de-Dôme doit être regardé comme ayant implicitement rejeté cette demande. A cet égard, l'autorisation provisoire de séjour valable du 14 décembre 2022 au 13 juin 2023 qui a été accordée à Mme A C ne peut être regardé comme une réponse positive à sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire telle que prévue par les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme A C, qui a sollicité en vain le renouvellement de sa carte de séjour en qualité d'étranger malade avant sonexpiration, peut se prévaloir de la présomption d'urgence.

8. En troisième lieu, en l'état de l'instruction, à la date à laquelle la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour est née, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Puy-de-Dôme sur la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A C et ce, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ".

11. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet du

Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme A C et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique en mettant à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 900 euros, sous réserve que Me Bourg renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Puy-de-Dôme sur la demande de délivrance de titre de séjour de Mme A C est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de Mme A C et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versa à Me Bourg une somme de 900 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour celle-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Fait à Clermont-Ferrand, le 16 novembre 2023.

La présidente du tribunal,

juge des référés

S. D

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

AC

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