mercredi 13 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302509 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 et 31 octobre 2023, Mme N'nakadi A, représentée par Me Gauché, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer le dossier sur la base duquel la décision contestée a été prise ;
3°) d'annuler la décision du 17 octobre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an ;
4°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été édictée en méconnaissance du principe du contradictoire tel que garanti par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle relève qu'elle n'a pas d'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet s'est estimé à tort lié par le rejet de sa demande d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle méconnaît les articles L 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les critères sur lesquels s'est fondé le préfet pour édicter une telle mesure ne sont relatifs qu'à la fixation de la durée de cette mesure mais ne permettent pas de justifier son principe.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 7 novembre 2023.
Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 31 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 décembre 2023 :
- le rapport de Mme B,
- Me Gauché, avocat de Mme A.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne, est entrée en France le 23 avril 2021. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 juillet 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile le 20 février 2023. Par une décision du 17 octobre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'un an. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
5. Mme A fait valoir qu'à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la demande d'asile présentée au nom de sa fille, née le 22 décembre 2022, était en cours d'examen par l'Office de protection des réfugiés et apatrides. A cet égard, si le relevé Telemofpra produit par le préfet en défense fait état d'une décision de rejet de l'OFPRA intervenue le 13 janvier 2023 concernant la fille de la requérante, soit le jour même d'enregistrement de sa demande d'asile, aucune mention n'est faite de la date de notification d'une telle décision, l'encart réservé à cette information étant vierge. En revanche, il ressort des pièces versées au dossier par la requérante que par un courrier du 9 novembre 2023, l'OFPRA a informé l'intéressée que l'entretien prévu le 13 novembre 2023 pour la demande d'asile de sa fille était annulé et qu'elle serait ultérieurement reconvoquée. Dans ces conditions, l'OFPRA doit être regardé comme ne s'étant pas encore prononcé sur la situation de l'enfant de Mme A et notamment sur les risques d'excision encourus par cette dernière en Guinée. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'à la date de la décision litigieuse, la demande présentée au nom de sa fille était toujours en cours d'examen par l'OFPRA et que sa fille bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français au moins jusqu'à la notification de la décision à intervenir de cet office. Par suite, la décision d'éloignement en litige, qui aurait pour effet de séparer la requérante de sa fille, porte atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant, méconnaissant ainsi les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 17 octobre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligée à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, les décisions subséquentes du même jour, lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, fixant le pays de destination et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, doivent être également annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement de la requérante aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, ainsi que la délivrance à Mme A d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente qu'il soit justifié de l'issue de l'instruction de la demande d'asile de sa fille. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme d'y procéder sans délai.
Sur les frais de l'instance :
8. Mme A a été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gaucher, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Gaucher de la somme de 900 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 17 octobre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme, d'une part, de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour, d'autre part, de procéder à l'effacement du signalement de Mme A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Gaucher renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Gaucher une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme N'nakadi A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.
La présidente,
S. BLe greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No2302509
JC
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