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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302520

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302520

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantCARNOT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2302520 le 30 octobre 2023 et le 18 mars 2024, M. F C A, représenté par Me Sztajnberg, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 100/2023 du 30 août 2023 par lequel la maire de la commune de Châtel-Montagne l'a mis en demeure, dans un délai d'un mois, de réaliser les travaux prescrits de mise en sécurité de l'immeuble situé 12 rue Julien Charpentier, cadastré n°A1706, ainsi que de procéder à l'évacuation de cet immeuble ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Châtel-Montagne de procéder à une main levée partielle concernant la partie habitable de l'immeuble en cause ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Châtel-Montagne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la situation de danger dans la partie constituant le garage n'est pas caractérisée ;

- l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il lui interdit l'accès à la partie habitable de l'habitation, pour laquelle aucun péril n'a été constaté.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 janvier 2024 et le 4 octobre 2024, la commune de Châtel-Montagne, représentée par la SELARL Carnot Avocats, Me Arnaud, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.

II- Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n°2302690 le 21 novembre 2023 et le 18 mars 2024, M. F C A, représenté par Me Sztajnberg, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2023.122 du 16 novembre 2023 par lequel la maire de la commune de Châtel-Montagne a mis en œuvre à son encontre une astreinte administrative de 500 euros par jour de retard dans l'exécution des travaux de réparation et de l'évacuation de son habitation située situé 12 rue Julien Charpentier, cadastrée n°A1706 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Châtel-Montagne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il a été édicté en l'absence de mise en place d'une procédure contradictoire ;

- la mise en place d'une astreinte n'est pas nécessaire dès lors qu'il a entrepris les travaux demandés ; elle est disproportionnée eu égard à ses ressources ;

- l'arrêté du 16 novembre 2023 est fondé sur l'arrêté du 30 août 2023, lui aussi illégal ; il est insuffisamment motivé ; la situation de danger dans la partie constituant le garage n'est pas caractérisée ; l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il lui interdit l'accès à la partie habitable de l'habitation, pour laquelle aucun péril n'a été constaté ; il porte une atteinte disproportionnée à son droit de propriété.

Par un mémoire enregistré le 20 décembre 2023, M. C A a, en application des dispositions de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, déclaré maintenir sa requête.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 janvier 2024 et le 4 octobre 2024, la commune de Châtel-Montagne, représentée par la SELARL Carnot Avocats, Me Arnaud, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Arnaud, représentant la commune de Châtel-Montagne, qui fait valoir que M. C A n'a effectué aucun des travaux prescrits à ce jour et qu'il existe un péril grave et imminent au regard d'un effondrement prévisible de l'immeuble cet hiver d'après le bureau d'étude de la commune.

M. C A n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A est propriétaire de la parcelle cadastrée n°A1706 située au 12 rue Julien Charpentier à Châtel-Montagne (Allier). Suite au constat de fissures sur la façade de l'immeuble en cause, par une ordonnance n° 2301273 rendue le 13 juin 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a diligenté une expertise et a désigné M. B en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été déposé le 15 juin 2023. Par un courrier du 26 juillet 2023, la commune de Châtel-Montagne a invité M. C A à faire connaître ses observations quant à la mise en œuvre d'une procédure de péril imminent, fondée sur les articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation. Par un arrêté du 30 août 2023, la maire de la commune de Châtel-Montagne a mis en demeure M. C A de prendre les mesures prescrites, comprenant la réalisation de travaux et l'évacuation de l'immeuble en cause, dans un délai d'un mois. Par un arrêté du 16 novembre 2023, la maire de la commune de Châtel-Montagne a mis en œuvre à son encontre une astreinte administrative de 500 euros par jour de retard dans l'exécution des travaux de réparation et d'évacuation de son habitation. Par ses requêtes, M. C A demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2302520 et n° 2302690 concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024 pour l'instance n°2302520, et par une décision du 11 avril 2024 pour l'instance n°2302690. En conséquence, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

4. Les arrêtés en litige comportent les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté du 30 août 2023 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation : " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : 1° Les risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants ou des tiers ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que l'expert a relevé, lors de sa visite du 11 juillet 2023, qu'au niveau du faitage, l'assemblage faisant la liaison entre l'arbalétrier avant et le poinçon est " devenu très fragile ", l'arbalétrier étant " parti vers l'avant " et ayant " entraîné un mouvement général de la toiture vers le bas ce qui a provoqué une poussée sur le haut du mur et les fissures que nous pouvons observer en façade ". Il ajoute que les fissures ne résultent pas d'un décollement d'enduit, mais d'un décalage du mur, et conclut qu'une rupture complète de l'assemblage " pourrait entrainer un effondrement de la toiture et du mur de façade ". Pour contester les termes de cette expertise, M. C A, qui n'a pas fait réaliser de contre-expertise, se borne à produire des observations peu circonstanciées d'un artisan qui a relevé que l'arbalétrier n'aurait pas besoin d'être réparé. Par ailleurs, s'il soutient que l'immeuble en cause était déjà dans cette situation lorsqu'il l'a acquis en 2017, si bien qu'il n'y a pas d'urgence à prendre l'arrêté en litige, il n'apporte toutefois, au soutien de ses allégations, aucun élément, et en tout état de cause, cette circonstance est sans incidence sur la caractérisation d'un péril imminent. Dans ces conditions, M. C A n'est pas fondé à soutenir qu'aucun péril ne menace l'immeuble en cause.

7. En deuxième lieu, si l'expert n'a relevé aucun problème technique majeur s'agissant de la partie habitable, il ressort des pièces du dossier que l'effondrement du toit ainsi que du mur de façade du garage aura nécessairement des conséquences sur la partie habitable de l'immeuble, indissociable. Dans ces conditions, M. C A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est disproportionné dès lors qu'il déclare l'état de péril pour l'ensemble de l'immeuble en cause et lui interdit l'accès à son habitation.

8. En dernier lieu, M. C A soutient que l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit de propriété. Toutefois, les restrictions au droit de propriété découlant des dispositions du code de l'habitation et de la construction précitées, sont justifiées par l'intérêt général s'attachant à la protection de la sécurité des occupants ou des tiers aux édifices n'offrant pas de garanties de solidité suffisantes. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux porte une atteinte excessive à son droit de propriété.

En ce qui concerne l'arrêté du 16 novembre 2023 :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 30 août 2023 le mettant en demeure de réaliser des travaux et d'évacuer l'immeuble en cause est illégal. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'arrêté du 16 novembre 2023 mettant en œuvre une astreinte de 500 euros par jour de retard à son encontre.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-15 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " I.- Lorsque les mesures et travaux prescrits par l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité n'ont pas été exécutés dans le délai fixé et sauf dans le cas mentionné à la première phrase du dernier alinéa de l'article L. 511-11, la personne tenue de les réaliser est redevable d'une astreinte dont le montant, sous le plafond de 1 000 € par jour de retard, est fixé par arrêté de l'autorité compétente en tenant compte de l'ampleur des mesures et travaux prescrits et des conséquences de la non-exécution. () ".

11. Si M. C A soutient que l'arrêté en litige n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire, alors qu'il n'invoque la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire, aucune disposition n'impose la réalisation d'une telle procédure antérieurement à l'édiction de l'arrêté mettant en œuvre l'astreinte prévue par l'article L. 511-15 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En troisième lieu, M. C A soutient que la mise en place d'une astreinte administrative à son égard n'était pas nécessaire dès lors qu'il est de bonne foi, a quitté son logement et réalise des démarches nécessaires à l'exécution de l'arrêté. Si M. C A a envoyé des demandes de devis à diverses entreprises, il ne justifie toutefois pas avoir démarché des sociétés spécialisées dans la réparation d'arbalétriers. Dans ces conditions, et alors qu'il est constant qu'aucune mesure de réparation n'a été entreprise dans le délai d'un mois fixé par l'arrêté du 30 août 2023, la maire de la commune de Châtel-Montagne était fondée à prononcer une astreinte administrative à l'encontre du requérant. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

13. En dernier lieu, si M. C A soutient que le montant de l'astreinte est disproportionné eu égard à ses ressources, il n'apporte au soutien de cette allégation aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés en litige. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation entraine, par voie de conséquence, celui des conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge la commune de Châtel-Montagne, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C A la somme demandée par la commune de Châtel-Montagne au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Châtel-Montagne présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C A et à la commune de Châtel-Montagne.

Copie en sera adressée, pour information, à M. D B, expert.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La présidente,

S. E Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2302520, 2302690JC

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