jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302569 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Loiseau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
Par un courrier du 26 juillet 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a été mis en demeure de produire des observations en défense dans un délai de trente jours.
Le préfet du Puy-de-Dôme a produit des pièces, enregistrées le 20 août 2024.
Par une communication enregistrée le 16 octobre 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a produit un arrêté du 22 août 2024 portant assignation à résidence et un arrêté du 8 octobre 2024 portant renouvellement d'assignation à résidence.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaffré, première conseillère, pour statuer sur le litige.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 30 octobre 2024 à 10h en présence de Mme Petit, greffière d'audience, Mme Jaffré a lu son rapport et entendu les observations de Me Loiseau, qui reprend ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant kosovien, déclare être entré en France le 18 septembre 2020. Le 21 octobre 2021, M. B a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 26 avril 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par une décision du 22 août 2024, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelée par décision de la même autorité du 8 octobre 2024 pour une durée supplémentaire de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
3. Pour rejeter la demande de titre de séjour formée par M. B, le préfet du Puy-de-Dôme s'est approprié l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a estimé, le 7 juillet 2022, que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale et qu'un défaut de soins pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard aux caractéristiques du système de santé kosovar, il peut y bénéficier effectivement d'une prise en charge appropriée, l'avis précisant que le requérant peut voyager sans risque vers son pays d'origine.
4. Il ressort des pièces du dossier et en particulier d'une lettre du chef de service oto-rhino-laryngologie chirurgie de la face et du cou du centre hospitalier universitaire (CHU) de Clermont-Ferrand du 4 janvier 2024 et d'un certificat médical d'un chirurgien cervico-facial du CHU de Clermont-Ferrand du 26 août 2024, lesquels rendent compte de l'historique et de l'évolution de la pathologie de M. B depuis plusieurs années, que celui-ci souffre d'une méningo-encéphalocèle dans la mastoïde qui se surinfecte régulièrement et qui réalise régulièrement un cholestéatome pour lequel le requérant a été opéré à plusieurs reprises. Les médecins constatent le caractère agressif et complexe de la maladie et prévoient la nécessité d'une nouvelle intervention de M. B qu'ils considèrent comme un cas difficile. Le certificat médical du 26 août 2024 précise qu'au vu de l'agressivité de la maladie, il est dangereux pour le requérant de quitter le territoire français dans les prochains mois alors que son état nécessitera probablement une nouvelle intervention chirurgicale. Par ailleurs, le requérant produit plusieurs rapports publiés par l'organisation suisse d'aide aux réfugiés décrivant le système de soins du Kosovo, et notamment ses dysfonctionnements liés à l'absence de couverture maladie universelle, les obstacles à l'accès aux soins liés au coût élevé de ceux-ci et les délais important dans la programmation de certaines interventions chirurgicales. Dans ces circonstances, et alors qu'un suivi médical régulier et des interventions chirurgicales sont indispensables à M. B, le refus de titre opposé par la préfète apparaît ici entaché d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour du 26 avril 2023 doit être annulée. Par voie de conséquences, l'ensemble des décisions contestées et l'arrêté portant assignation à résidence du 8 octobre 2024 doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et en l'absence de changement dans la situation de l'intéressé, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à M. B un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Loiseau avocate du requérant, d'une somme de 1500 euros. Conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la perception de cette somme vaudra renonciation au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet du Puy-de-Dôme du 26 avril 2023 et du 8 octobre 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Loiseau, avocate de M. B, la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La magistrate désignée,
M. JAFFRÉLa greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302569JC
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