jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302584 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 et le 9 novembre 2023, le 29 février 2024 et le 14 mars 2024, M. C, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive depuis leur cessation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- elle est illégale en raison de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;
- le contenu du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile tel que fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 ne permet pas d'apprécier la vulnérabilité d'un demandeur d'asile en respect des dispositions des articles L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation en l'absence de prise en compte de sa situation de vulnérabilité ;
- la décision est dépourvue de base légale et méconnaît le champ d'application de la loi dès lors qu'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil ne peut être motivée par un refus d'offre d'hébergement ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a pas été absent de son hébergement pendant plus d'une semaine et qu'il justifie son départ de l'hébergement par un motif légitime tenant à son état de santé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste en ce qu'elle ne module pas les effets de la cessation des conditions matérielles d'accueil.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant sri-lankais, a présenté une demande d'asile enregistrée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 août 2023. Le 4 septembre 2023, après avoir fait l'objet d'une évaluation de sa situation, le requérant a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 8 septembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé que la cessation des conditions matérielles d'accueil dont M. B bénéficiait sera confirmée. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise le motif de suspension des conditions matérielles d'accueil. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. () ".
4. Il ressort de la décision du 8 septembre 2023 que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé le requérant qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour faire valoir ses observations et justifier des motifs pour lesquels il avait quitté son lieu d'hébergement. Si M. B soutient qu'il n'a pas pu présenter d'observations faute d'avoir été destinataire de cette décision, il ressort des pièces du dossier qu'il a signé, le même jour, une attestation sur l'honneur, transmise à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, indiquant, d'une part, les raisons pour lesquelles il quittait le logement proposé et, d'autre part, être informé des conséquences de cette décision. S'il soutient qu'il a signé ce document sans avoir été en mesure de le comprendre, aucune disposition légale ou réglementaire n'imposait, dans ces circonstances, de recourir à un interprète. Ainsi, M. B a pu présenter ses observations écrites à l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant la cessation des conditions matérielles d'accueil. Dans ces circonstances, le requérant n'a pas été privé d'une garantie. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de respect du principe du contradictoire doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
6. Si le requérant soutient qu'il n'est pas établi que l'agent ayant effectué l'évaluation de sa vulnérabilité a été formé à cette fin, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité réalisée 4 septembre 2023 que l'entretien a été conduit par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant la qualité d'auditeur et dont seules les initiales sont mentionnées. La seule circonstance que l'identité de l'agent qui a réalisé cet entretien ne figure pas sur ce document ne suffit pas à faire douter de la réalité de la formation spécifique suivie par cet agent. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en raison de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité doit être écarté.
7. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, pour l'application duquel la décision attaquée n'a pas été prise et qui n'en constitue pas la base légale.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Selon les dispositions de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ". Aux termes de l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si, à l'occasion de l'appréciation de la vulnérabilité, le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ils sont examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité le 4 septembre 2023. Si, à cette occasion, il a indiqué avoir des problèmes respiratoires et être sous traitement, il n'a fait état d'aucun élément permettant de caractériser une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Le requérant n'a également présenté aucun document à caractère médical en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que sa situation de vulnérabilité n'a pas été prise en compte, ni que la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'aucun avis médical d'un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a été sollicité.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Il peut être mis fin () aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; () ". Aux termes de l'article R. 551-21 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 551-16, un demandeur d'asile est considéré comme ayant quitté son lieu d'hébergement s'il s'en absente plus d'une semaine sans justification valable. "
11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a accepté, le 4 septembre 2023, l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil ainsi que le logement qui lui était proposé à Clermont-Ferrand et que le 8 septembre 2023, il a informé l'administration qu'il refusait son orientation et indiqué qu'il avait une solution d'hébergement chez un ami en région parisienne. Ainsi, la circonstance qu'il ne s'est pas absenté du lieu d'hébergement depuis plus d'une semaine est sans incidence sur la légalité de la décision au regard de son intention, dépourvue d'ambiguïté, de quitter son logement. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil est entachée d'erreur de droit.
12. En septième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une demande d'asile enregistrée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 30 août 2023. Le 4 septembre 2023, il a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité avec l'aide d'un interprète au cours duquel il a pu indiquer avoir des problèmes respiratoires et être sous traitement. Le même jour, il a accepté le logement qui lui était proposé à Clermont-Ferrand. Le 8 septembre 2023, M. B a quitté le logement proposé. A cet égard, il ressort de l'attestation sur l'honneur signée le jour de son départ qu'il a indiqué ne pas pouvoir " vivre en cohabitation en raison de (ses) soucis de santé ". Dans ses écritures, il soutient désormais qu'il a quitté son hébergement parce que celui-ci était situé au 6ème étage sans ascenseur et que sa condition physique ne lui permettait pas de s'y transporter. Toutefois, le requérant ne produit aucun certificat médical de nature à établir la réalité des problèmes respiratoires dont il se prévaut. Ainsi, au regard des dispositions de l'article L. 551-16 précitées, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur d'appréciation et l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas tenu de " moduler " les effets de la cessation des conditions matérielles d'accueil.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 septembre 2023. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais du litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2302584
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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