vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DROBNIAK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et un mémoire enregistrés les 11 et 13 novembre 2023, M. B D, représenté par Me Drobniak, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 9 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer le dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises, de faire procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient, dans sa requête sommaire, que :
- il ne peut pas quitter le territoire français dès lors que l'un de ses enfants bénéficie en France d'un suivi médical qui ne peut pas être interrompu ;
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente pour le faire ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense ;
- le préfet méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Il soutient, dans son mémoire complémentaire, que :
Les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle et familiale ;
Le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui le fonde ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
L'assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 novembre 2023 à 10 heures :
- le rapport de M. Panighel,
- et les observations de Me Drobniak pour M. D, qui déclare abandonner les moyens soulevés dans la requête sommaire et reprend les moyens soulevés dans le mémoire complémentaire.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, de nationalité albanaise, demande au tribunal d'annuler les décisions du 9 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, d'autre part, assigné à résidence dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
4. Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de M. D tendant à la production par le préfet du Puy-de-Dôme de son entier dossier, dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté. Par suite, ces conclusions sont rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions en litige :
5. Les décisions contestées sont signées par Mme C A, directrice de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture du Puy-de-Dôme, qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du 26 septembre 2023, régulièrement publié le même jour, d'une délégation de signature à l'effet de signer " tous actes administratifs () relatifs aux affaires entrant dans les attributions et compétences de la direction de la citoyenneté et de la légalité ". Ainsi, Mme A bénéficiait d'une délégation de signature pour signer l'ensemble des décisions du 9 novembre 2023 en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme n'aurait pas procédé à l'examen complet de la situation personnelle du requérant avant de prendre la décision attaquée.
7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D vit en France avec sa compagne albanaise, les deux enfants de cette dernière nés en 2008 et 2011 d'une précédente union, et leur enfant commun, né le 20 août 2023 à Clermont-Ferrand. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la compagne du requérant fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, édictée le 3 novembre 2022 par le préfet du Puy-de-Dôme, dont la légalité a été confirmé par jugement du 30 janvier 2023 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal. Si le requérant se prévaut de ce que l'état de santé du fils aîné de sa compagne nécessite un suivi médical et une scolarité adaptée inaccessibles en Albanie, les documents médicaux produits, qui attestent uniquement de la nécessité de réaliser un bilan neuro-pédiatrique et neuropsychologique de l'enfant ainsi qu'un avis génétique, ne permettent pas d'établir ses allégations. Il ne ressort pas d'avantage des pièces du dossier que la fille de la compagne de M. D, scolarisée en classe de cinquième à Riom, ne peut pas poursuivre sa scolarité en Albanie. Dans ces conditions, la cellule familiale du requérant peut se reconstituer en Albanie. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. D, qui s'est soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 3 novembre 2022, est entré récemment sur le territoire français, en avril 2022. Le requérant n'établit pas être dépourvu de toutes attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine et ne justifie pas d'une insertion suffisante dans la société française. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
10. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. M. D soutient qu'il a fui son pays d'origine avec son compagne au motif qu'ils n'ont pas pu être protégés par les services de police et de justice albanais des menaces dont ils ont fait l'objet de la part de l'ex-époux de cette dernière. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la compagne du requérant a obtenu de la justice albanaise le prononcé d'ordonnances de protection immédiate à l'encontre de son ex-époux, la dernière datant du 1er mars 2022, et aucun élément du dossier ne permet d'établir que ces mesures n'ont pas été respectées. Dans ces conditions, M. D, qui n'établit pas se trouver dans l'impossibilité de bénéficier d'une protection des autorités albanaises, n'est pas fondé à soutenir que sa vie ou sa liberté sont menacées en Albanie ou qu'il est exposé dans ce pays à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est par suite pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
15. La décision d'interdiction de retour comporte l'énoncé des conditions de droit et de fait qui en constituent le fondement. La motivation de cette décision atteste de la prise en compte par le préfet, au vu de la situation de M. D, de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant n'est par suite pas fondé à soutenir que cette décision n'est pas suffisamment motivée.
16. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la cellule familiale de M. D peut se reconstituer dans son pays d'origine dès lors qu'en particulier, aucun élément du dossier ne permet de corroborer les allégations du requérant selon lesquelles le fils aîné de sa compagne ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Albanie. M. D ne justifie pas entretenir des liens anciens, intenses et stables sur le territoire français en dehors de sa cellule familiale, ni être particulièrement inséré au sein de la société française et n'allègue pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
17. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 9 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
L. PANIGHEL La greffière,
N. BLANC
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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03/08/2026