jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2302619 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 novembre 2023,
le 24 novembre 2023 et le 6 décembre 2023, Mme E C B, représentée par Me Frery, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 octobre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a procédé au retrait de son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour, et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;
- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit d'observations en défense mais des pièces enregistrées le 4 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 décembre 2023 :
- le rapport de Mme D ;
- Me Frery, avocate de Mme C B, présente et assistée de M. A, interprète par téléphone.
Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante colombienne, est entrée en France le
8 juin 2022. Elle a présenté une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dont le rejet a été confirmé par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 septembre 2023. Par une décision du 17 octobre 2023, notifiée le
31 octobre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a procédé au retrait de son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français avec un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, Mme C B demande l'annulation de ces décisions.
2. En premier lieu, l'acte en litige a été signé par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 9 octobre 2023 pris par le préfet du Puy-de-Dôme et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Puy-de-Dôme du même jour, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'acte attaqué, dans l'ensemble des décisions qui le composent, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle,
Mme C B n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. Au cas d'espèce, Mme C B se borne à faire valoir que l'acte attaqué, dans l'ensemble des décisions qui le composent, portent une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, elle n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir que le préfet, par la décision attaquée, porterait au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Mme C B soutient, qu'en cas de retour dans son pays d'origine, elle encourt des risques réels pour sa vie du fait des agissements de membres d'un groupe armé, responsables de la disparation de son frère et de son conjoint en 2016 et déclare avoir subi plusieurs agressions au cours des années 2020 à 2022. La requérante fait également valoir que la CNDA a reconnu la cohérence des faits ainsi relatés mais a considéré qu'elle n'apportait pas la preuve de l'incapacité des autorités colombiennes à assurer sa protection. A cet égard, il ressort des pièces du dossier, notamment de la décision de la CNDA rendue le 29 septembre 2023, que " les éléments présentés à l'appui de sa demande et les déclarations de Mme C B [] n'ont pas permis de tenir pour établie la réalité des faits à l'origine de son départ de Colombie. En effet, si [] la disparition de son conjoint et de son frère n'est pas contestée par la Cour, en revanche, elle n'a livré aucun élément étayé et crédible sur son ciblage allégué de la part des responsables de la disparition de ses proches. ". De plus, s'il n'est pas contesté qu'elle a été victime de graves sévices, la Cour précise que " rien n'indique que ces crimes de droit commun aient été en lien avec la disparation de ses proches ". Dans ces conditions,
Mme C B, qui n'établit pas se trouver dans l'impossibilité de bénéficier d'une protection des autorités colombiennes dès lors qu'il apparaît que ces dernières ont traité de manière effective ses différentes plaintes, n'apporte aucune précision ni aucun élément nouveau permettant d'établir qu'elle serait réellement et actuellement exposée à des risques réels et sérieux de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité invoqué à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 17 octobre 2023. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023
La présidente,
S. D Le greffier,
D. MORELIERE
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
AC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026