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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302636

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302636

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 16 novembre 2023, M. A B, représenté par l'AARPI Ad'Vocare, Me Gauché, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 13 novembre 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de communiquer le dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises, de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen, de justifier des diligences entreprises en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement et de lui délivrer un récépissé dans un délai de deux jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;

- l'assignation à résidence est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'erreurs de fait ;

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit d'observations en défense mais des pièces enregistrées le 16 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Panighel, premier conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 novembre 2023 à 10 heures :

- le rapport de M. Panighel,

- et les observations de Me Demars, substituant Me Gauché, représentant M. B, qui reprend les moyens de la requête et du mémoire complémentaire et soutient en outre que l'assignation à résidence méconnait l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions du 13 novembre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. A B, ressortissant tunisien, à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois et l'a assigné à résidence. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 13 novembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :

4. En premier lieu, les décisions en litige sont signées par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme qui disposait, en vertu d'un arrêté du 9 octobre 2023 pris par le préfet du Puy-de-Dôme et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Puy-de-Dôme du même jour, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées comportent les considérations en droit et en fait qui les fondent. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français le 13 juillet 2019 muni d'un visa de long séjour en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française, avec laquelle il déclare être en instance de divorce. L'intéressé se prévaut de la relation qu'il entretient avec une autre ressortissante française depuis le mois d'avril 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que cette relation présente un caractère récent à la date de la décision attaquée et ne présente pas d'intensité particulière, le requérant alléguant lui-même demeurer à Montpellier (Hérault) où il exerce une activité salariée et ne rend visite à cette dernière que ponctuellement. M. B n'allègue pas, par ailleurs, être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par le préfet du Gard le 22 mars 2021. Dans ces conditions, compte tenu du caractère récent de son séjour en France, et alors même qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu à compter du 17 novembre 2019, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. B n'est pas fondé à soutenir que la relation qu'il entretient depuis le mois d'avril 2022 avec une ressortissante française est constitutive d'une circonstance humanitaire justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent dès lors être écartés.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre du refus de délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de renvoi et de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision du 13 novembre 2023 portant assignation à résidence :

11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

12. Il ressort des pièces produites par M. B que ce dernier ne se rend que très ponctuellement dans le département du Puy-de-Dôme pour rendre visite à sa nouvelle compagne française et réside principalement à Montpellier (Hérault), commune à destination de laquelle il se rendait lorsqu'il a été interpellé le 13 novembre 2023 à 6h30 par les services de gendarmerie nationale d'Issoire. Par suite, en assignant à résidence le requérant dans l'arrondissement de Clermont-Ferrand, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés contre l'assignation à résidence, que M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui annule seulement la décision du 13 novembre 2023 portant assignant à résidence, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme au bénéfice du requérant ou de son avocat en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 13 novembre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a assigné à résidence M. B est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

L. PANIGHEL La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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