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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302651

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302651

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 novembre 2023 et le 29 mars 2024, Mme A B, représentée par l'AARPI Ad'Vocare, Me Bourg, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 29 juin 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, en tout état de cause, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 48h00 à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale en raison du fait que le préfet n'établit pas que l'ensemble des règles de procédure relatives à la délivrance de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont été respectées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet ;

- et les observations de Me Gauché, susbtituant Me Bourg, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, est entrée sur le territoire français le 17 janvier 2018. Le 10 février 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par décisions du 29 juin 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 14 mars 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de ces dispositions, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser la demande de titre de séjour, le préfet du Puy-de-Dôme, au regard de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 avril 2023, a considéré que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et au caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire, l'intéressée pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Mme B indique être atteinte d'un syndrome de stress post-traumatique sévère compliqué par des éléments anxio-dépressifs ainsi que de pathologies physiques gravement invalidantes. Au titre de ces pathologies, Mme B déclare souffrir d'un lipome de la cuisse droite ainsi que d'un kyste épidermoide de la jambe droite, d'une arthrodèse tibiotarsienne et de sous-taliennes avec déminéralisation ainsi que d'une hypothyroïdie et d'un diabète de type 2. D'une part, Mme B soutient que le trouble psychique dont elle est atteinte ne peut être soigné dans son pays d'origine en raison du lien entre sa pathologie et les évènements traumatisants qu'elle aurait vécus au Maroc. Elle produit, à l'appui de cette allégation, un certificat médical établi le 8 novembre 2023 par un médecin psychiatre qui indique suivre l'intéressée pour un syndrome de stress post-traumatique compliqué d'éléments anxio-dépressifs. Ce document reprend les déclarations de l'intéressée selon lesquelles les éléments symptomatiques sont en lien avec des conflits familiaux survenus dans son pays d'origine et conclut qu'un retour au Maroc aura des conséquences dramatiques sur l'état de santé de la requérante. Toutefois, ce document ne permet pas d'établir, par des éléments circonstanciés, les raisons pour lesquelles le traitement médical suivi, dont le caractère accessible n'est pas sérieusement contredit, serait inefficace au Maroc. D'autre part, si la requérante soutient qu'elle n'a pas la capacité financière pour supporter le coût des traitements dont elle doit faire l'objet au titre de ses autres pathologies, elle n'apporte aucun élément sur la nature de ces traitements, ni n'établit qu'elle ne pourrait en bénéficier de manière effective. Au demeurant, comme le soutient le préfet en défense, le régime marocain de sécurité sociale prévoit un régime d'assistance médicale qui prend en charge les soins médicaux des personnes les plus démunies. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon les dispositions de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Selon l'article 6 du même texte : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. /Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est prononcé au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 17 avril 2023, émis préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige. Cet avis a été émis par trois médecins composant le collège, les docteurs Fresneau, Triebsch et Vanderhenst régulièrement désignés. Il ressort par ailleurs du bordereau de transmission produit par le préfet, que le médecin chargé du rapport médical ne faisait pas partie du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par ailleurs, en se contentant de soutenir qu'il n'est pas établi que la procédure prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 27 décembre 2016 a été respectée, ni que le rapport médical a été établi conformément à l'annexe C de cet arrêté, la requérante n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'absence de régularité de la procédure suivie par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

8. En troisième lieu, au regard de ce qui a été précédemment, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, ni que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

10. La requérante n'apporte, au soutien de son moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, aucun élément autre que ceux présentés précédemment. Par suite, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2023 prise par le préfet du Puy-de-Dôme. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302651

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