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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2302747

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2302747

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2302747
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 novembre 2023 et le

11 décembre 2023, M. D A, représenté par Me Frery, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2023 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas renouvelé son attestation de demandeur d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées en droit et en fait ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il s'est opposé au régime taliban et qu'il justifie d'une insertion professionnelle d'un an sur le territoire français ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision de placement en rétention administrative :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas produit d'observations en défense mais a communiqué des pièces, qui ont été enregistrées le 4 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 décembre 2023 :

- le rapport de Mme C ;

- Me Frery, avocate de M. A, présent et assisté de M. B, interprète.

Le préfet du Puy-de-Dôme n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, est entré en France le 16 juillet 2019. Il a présenté une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dont le rejet a été confirmé par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le

23 février 2022. Une mesure portant obligation de quitter le territoire français a été édictée à son encontre par le préfet de l'Allier le 28 juin 2022. Les demandes de réexamen formées par l'intéressé ont été à nouveau rejetées par l'OFPRA puis la CNDA. Par décision du 13 novembre 2023, notifiée le 17 novembre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme a décidé de ne pas renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces actes.

2. En premier lieu, les décisions attaquées du 30 octobre 2023 ont été signées par M. Jean-Paul Vicat, secrétaire général, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 9 octobre 2023 pris par le préfet du Puy-de-Dôme et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Puy-de-Dôme du même jour, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, l'acte attaqué, dans l'ensemble des décisions qui le composent, comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, M. A soutient que la décision de placement en rétention administrative est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle décision aurait été adoptée à son encontre. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait entachée d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle, M. A n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En se bornant à alléguer s'être opposé au régime taliban en refusant de poser des bombes pour eux dans la capitale, alors que sa demande d'asile et sa demande de réexamen ont été définitivement rejetées par la CNDA, M. A n'établit pas qu'il encourt personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.

7. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. M. A fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision portant interdiction de retour portent une atteinte manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il justifie d'une insertion professionnelle d'environ un an sur le territoire. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a conclu, à compter du 23 novembre 2022, un contrat de travail à durée indéterminée, qu'il dispose d'une carte d'identification professionnelle provisoire et qu'il a fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche par son employeur. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à établir qu'il justifie de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France. Dans ces conditions, il n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir que le préfet, par la décision attaquée, a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige est illégale. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La présidente,

S. C Le greffier,

D. MORELIERE

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

AC

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